‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 58 sur 151 · Lettre du 16 août · texte numérisé non relu

Lettre du 16 août

LES EÎ^NEMIS DE BOILEÂU. 105

nom, si, par ses critiques et plus tard par ses apologies, il n'avait réussi à rattacher au nom de Fauteur d'il n(2romaque^ de Bérénice et de Phèdre.

La réputation de l'abbé de Villars ne dut pas moins à la censure de Bérénice. Né en 1635, près de Toulouse, Tabbé Montfaucon de Villars, neveu du savant bénédictin, vint à Paris vers 1667. La légèreté mondaine de son esprit et de ses ouvrages, la hardiesse et la bizarrerie de ses opinions, ne s'accordaient guère avec le caractère ecclésiastique; et Ton s'explique sans peine l'interdiction dont il fut frappé, en 1670, après la publication d'un roman qui porte ce titre : Entretiens du comte de Gabalis sur les sciences. Villars y développait d'étranges idées sur les êtres surnaturels et fantastiques, dont il semblait admettre l'existence. M"* de Sévigné, qui en parle évidemment par ouï-dire, désigne le critique de Bérénice comme l'auteur des Sylphides, des Gnomes et des Salamandres. Il est probable, cependant, que la bizarrerie du comte de Gabalis aurait moins ému l'autorité ecclésiastique sans la réputation que Villars dut à la critique de Bérénice, sans le bruit que fit ce jugement, qui courut les salons et divisa en deux camps les gens du monde et les gens de lettres. Outre une critique de la Bérénice de Corneille, qui dut bien déconcerter M"** de Sévigné, Villars composa aussi d'autres ouvrages d'imagination ou de polémique ^ Il fut assassiné sur la route de Lyon : au rapport de Vigneul de Marville^», les plaisants dirent que c'étaient des gnomes et des sylphes qui avaient fait le coup, pour se venger de celui qui avait révélé les mvstères de leur existence.

1. Une apologie du P. Bouhours (1671) contre les Sentiments de déanthe, par Barbier d'AUcour, autre ennemi de Racine.

2. Bonaventure d*Argonne» Mélanges d^histoire et de littéralure^ t. I.

Il ne serait pas juste de compter parmi les adversaires de Racine un autre écrivain ecclésiastique, labbé de Villiers*, auteur d'un Entretien sur les tragédies du temps, publié à l'occasion de Vlphigénie, L'abbé de Villiers reconnaît hautement le mérite de l'œuvre et du poète , et ses attaques, qui s'étendent aux tragédies de Corneille comme à celles de Racine, portent uniquement sur le rôle de l'amour dans le théâtre moderne. Outre cet écrit qui, au mérite de vues très-justes, joint celui d'une modération rare à cette époque et plus encore chez un jeune homme de vingt-trois ans, l'abbé de Villiers a composé plusieurs ouvrages didactiques en prose et en vers : ils sont oubliés, et, d'après le jugement d'un critique du xvni* siècle, Sabatier de Castres', ils méritent de l'être.

Les Subligny, les Villars, et quelques autres écrivains de même valeur ont été spirituellement raillés par Racine dans la préface de Bérénice : « Toutes ces critiques ï> sont le partage de quatre ou cinq petits auteurs infor- » tunés, qui n'ont jamais su par eux-mêmes exciter la » curiosité du public. Us attendent l'occasion de quelque » ouvrage qui réussisse pour l'attaquer ; non point par 'jalousie, car sur quel fondement seraient-ils jaloux? » mais dans l'espérance qu'on se donnera la peine de » leur répondre, et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs j> propres ouvrages les auraient laissés toute leur vie. » Certes Subligny et Villars méritaient ces paroles mordantes, et Racine avait le droit de châtier ainsi l'arrogance de leurs attaques. Mais son caractère ardent et susceptible, cette sensibilité d'âme qui lui rendait la critique insupportable, l'entraînèrent souvent à des représailles

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