Le$ Entreliens iTAriste et d'Eugène
temps; et si Ton compare ses vers et même sa critique aux lettres de Robinet, on n*a pas de peine à les trouver infiniment supérieurs. Enfin, aux yeux de ceux qui ont vanté cette satire, elle avait encore un autre mérite, celui d'attaquer et de dénigrer Racine ; et^ plus peutêtre que les Sentiments de Cléanthey elle contribua à ouvrir à son auteur les portes de TÂcadémie, où il entra en 1683, la même année que Boileau et que la Fontaine. Cependant, à cette époque, Racine était devenu Tarai, le défenseur de Port -Royal; on peut croire que les rapports qui unissaient Barbier d'Aucour aux bons solitaires lui firent. oublier V Apollon vendeur de Mithridale, et qu*cn donnant sa voix à un ancien adversaire, il acheva Texpiation de ses torts envers ses maîtres.
La verve railleuse et la susceptibilité de Racine parurent en bien d'autres circonstances de sa vie. Louis Racine, en avouant, d'après M. de Valincour, ce défaut de son père, en cite différents traits, et nous montre en même temps l'influence heureuse qu'exerça sur ce point comme sur tous les autres l'amitié de Boileau. Un jour, dans un débat littéraire, Racine, entraîné par la chaleur de la discussion, poussa très loin la vivacité des répliques, et, dit Louis Racine, « accabla de railleries son con-
> tradicteur. — Avez- vous eu envie de me fâcher? » lui dit Boileau à la fin de la dispute. — Dieu • m'en garde! répond son ami. — Ëh bien! reprit » Boileau , vous avez donc tort , car vous m'avez » fâché. » Une autre fois, ce fut en ces termes qu'il ramena Racine à la modération : a Ëh bien ! oui, j'ai tort, » mais j'aime mieux avoir tort que d'avoir orgueilieu-
> sèment raison. >
Comme les conseils de Boileau, les sentiments et la pratique d'une piété sévère tempérèrent cette disposition
d'esprit. On peut croire, d'après un passage des Mémoires de son fils *, que dans ce portefeuille brûlé peu de temps avant sa mort, il se trouvait beaucoup d'épigrammes. Celles que nous possédons prouvent qu'il y excellait. Elles sont bien plus vives et plus acérées que celles de Boileau, et il a dû quelquefois les payer bien cher. L'épigramme sur VAspar fut pour beaucoup dans l'implacable haine de Fontenelle ; Le Clerc, Coras, Boyer, ne durent pas être moins blessés de celles qu'il lança contre eux. La défense à*Andromaque lui en inspira deux fort piquantes contre le maréchal de Créqui et le comte d'Olonne, amîs de Saint-Évrçmond *, et comme lui, à ce qu'il parait, mal disposés pour le nouveau poète tragique :
La vraisemblance est peu dans cette pièce, Si Ton en croit et d'Olonne et Créqui, Créqui dit que Pyrrhus aime trop sa maîtresse, D'Olonne qu*Androraaque aime trop son mari.
Le poète, pour venger son injure, ne reculait pas devant une allusion directe aux mœurs et à la famille des deux personnages. En effet, suivant un commentateur : « Le maréchal de Créqui n'avait pas la réputation » d'aimer trop les femmes ; et quant à M. d'Olonne, il » n'avait pas lieu de se plaindre d'être trop aimé de la » sienne. » L'autre épigramme ne portait pas un coup moins sensible à M. de Créqui, dont on n'avait pas oublié la malencontreuse ambassade à Rome. Racine rappelle, avec une hardiesse qui étonne, la fameuse