‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 64 sur 151 · Deuxième partie · texte numérisé non relu

Deuxième partie

% C'est au marquis de Créqui que Saint-Évremond adressait la fa* meuse lettre qui amena sa disgrâce. En 1656, il dédiait au comte d'Olonne sa satire du Cercle

querelle provoquée * par l'arrogance du noble seigneur :

Créqui prétend qu'Oreste est un pauvre homme, Qui soutient mal le rang d'ambassadeur.

Et Créqui de ce rang connaît bien la splendeur ! Si quelqu'un Tentend mieux, je Tirai dire à Rome.

Le poète, en composant ces épigrammes, était dans toute l'ardeur de l'âge et de la passion ; mais c*est après sa conversion qu'il attaqua YAspar de Fontenelle, la Judith de Boyer, le Sésostris de LongepieiTe, la Troade et le Germanicus de Pradon. Il ne se guérit donc jamais complètement de cette malignité, dont on trouve encore des traces dans sa correspondance avec Boileau, et il donna ainsi prétexte à ce mot envenimé de Fontenelle : « Boileau était dévot et méchant, Racine était plus dévot et plus méchant. » Remarquons toutefois que ces épigrammes n'étaient que des représailles: Créqui et d*OIonne n'avaient-ils pas attaqué AndromaqtiefYonienelle, dès son arrivée à Paris, n'avait-il pas mis sa plume au service du Mercure galant? Enfin, Le Clerc et Coras par leur Iphigénie, et Pradon par sa Phèdre, ne s'étaientils pas donné des torts graves envers Racine? Bien longtemps après cette affaire, Pradon, dans ses pamphlets en prose et en vers contre Boileau, dans les préfaces de ses tragédies, ne saisissait-il pas toutes les occasions de dénigrer le poète qu'il avait si lâchement offensé? Quand les agresseurs étaient si ardents et si injustes et ne rougissaient pas d'employer des moyens si misérables, peut-on faire un crime à Racine de s'être défendu avec vivacité, et d'avoir retourné contre ses adversaires celte arme du ridicule bien plus puissante dans sa main que dans la leur?

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