‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 122 sur 156 · Britannicus, acte III, se · texte numérisé non relu

Britannicus, acte III, se

Souhailez-le, c'est luul co que je pais vous dire*

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et la jalousie fait nattre en elle des tourments qu'elle exprime par ce vers pathétique :

Je suis dans un état affreux, épouvantable !

On voit encore ici une trace évidente des plagiats de Pradon. Racine avait renouvelé le caractère et la passion de Phèdre par ce ressort original et sublime de la jalousie, qui est la meilleure justification de l'épisode d'Àricie et d'Hippolyte ; Pradon a voulu que sa Phèdre éprouvât aussi de la jalousie. La grande différence, c'est que, chez Racine, cette passion est naturelle dans sa cause, autant que saisissante et terrible dans ses effets, tandis que Pradon fait le plus pauvre et le plus inepte emploi des ressources qu'il a volées.

Subligny insiste peu sur les autres caractères. II trouve qu'Hippolyte « est un bon et simple jeune » homme », qu'OEnone est « copiée d'après la nourrice j> d'Euripide » ; quant aux autres personnages, ils ne valent pas « qu'on s'y arrête ». Le rapprochement de rilippolyte grec avec celui de Racine aurait fourni cependant bien des observations; mais Subligny n'était pas de force à comprendre la beauté de THippolyte' d'Euripide. Ajoutons qu'à cette époque il eût été difficile, même à des juges plus éclairés et plus instruits, de goûter complètement ce caractère, et que Racine devait presque nécessairement le modifier, c Pourquoi a-t-il » fait son Hippolyte amoureux?» disait Amauld. Mais Hippolyte, n'ayant d'autre sentiment que son amour pour la chasse et son culte idéal pour Diane, eût été bien froid pour notre scène ; et quand Racine répondait: « Qu'auraient dit nos petits-maîtres, si j'avais fait Hip- » polyte insensible? » il ne se justifiait pas aussi fortement qu'il eût pu le faire et qu'il l'avait fait déjà dans sa préface.

Après ces observations générales, Subligny prend scène par scène les deux pièces, et surtout celle de Racine, dont il trouve moyen de censurer le plus souvent et la conduite et le style. A part quelques observations justes, mais gâtées par une forme blessante et grossière, ces critiques sont petites et puériles, ou révoltantes d'injustice.

Voici en )juels termes Subligny apprécie l'admirable scène de la confidence: a Cette languissante conversation » de Phèdre et d'Œnone est prise tout entière et mot » pour mot d'Euripide ; mais elle n*en est pas moins » belle, et j'estimerais autant celte traduction qu'une » chose inventée, si elle n'était point ennuyeuse. » Pénètre qui pourra la pensée du critique, pour qui le beau peut s'allier avec le languissant et l'ennuyeux. Nous ne chercherons pas à expliquer cette contradiction; nous nous étonnerons seulement de cette appréciation singulière d'une des scènes les plus saisissantes et les plus pathétiques de la tragédie. Il est vrai que Racine, sans l'avoir prise « mot pour mot » à Euripide, en a puisé les principaux traits dans ce poète. Mais, puisque Subligny aime tant la rapidité, il aurait dû remarquer du moins que Racine a réduit beaucoup les proportions de l'original. Sans doute cette différence a ses raisons, et la situation, telle que la prolonge le poète grec, est partout intéressante et animée comme dans le cadre plus restreint de l'auteur français. Mais on voit sans peine que Subligny connaît peu Euripide et Sénèque. S'il vante leur œuvre, ce n'est pas qu'il soit capable de l'apprécier, c'est qu'il veut rabaisser celle de Racine.

Arrivé à la magnifique confidence de Phèdre, le critique, au lieu d'être ému, trouve que « la reine fait un » énorme détail de tous les mouvements de sa tendresscf » criminelle », et voilà tout ce que lui inspire cet admi-

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rable récit, où les emportemeuts de Tamour sont peints avec une force qui égale ou surpasse Sapho et Virgile.

On a souvent apprécié et loué comme ressort dramatique la supposition de la mort de Thésée, incident si heureusement emprunté à Sénèque. Subligny juge que celte mort « n'est ni judicieusement préparée, ni solide- » ment établie ». Et pourtant, depuis six mois, on est sans nouvelles de Thésée ; c'est en vain que Théramène a parcouru, pour s'informer de lui, toutes les parties de la Grèce. D'ailleurs, nous le saurons par le héros luimême, il n'échappera que par hasard aux cachots du roi d'Épire, qui a fait périr cruellement Pirithoùs. De plus, Hippolyte ne croit pas sans réserve à cette nouvelle : il espère encore en la protection de Neptune ; dès qu'il apprend qu'on peut douter, il recommande de tout écouter, de ne négliger aucun bruit *. Quant à Œnone et à Phèdre, cette nouvelle les arrache à une situation terrible; elle les sauve comme par miracle : elles s'y attachent avec toute l'ardeur du désir et du besoin.

Nous abandonnons plus volontiers la déclaration d'Hippolyte. Subligny n'a pas tort de trouver le jeune homme trop élégant pour un amoureux si novice et si honteux de lui-même, et de juger « qu'il excuse bien » galamment et en bien bon style la rudesse de ses » expressions champêtres ». Ce qu'on pourrait dire, c'est que la peinture de cet amour frais et pur repose agréablement du délire et des agitations fiévreuses de Phèdre, et que les traits gracieux d'Aricie font un heureux contraste avec la figure ardente et passionnée de sa rivale.

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