DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Racine est par excellence le poète de Tâge de Louis XIV : sa carrière dramatique, si tôt interrompue, est renfermée tout entière dans la partie la plus brillante du règne personnel du grand roi, dans cette seconde moitié du xyii"^ siècle qu'on a si justement distinguée de la première. Parmi les grands écrivains du temps, il n'en est pas qui ait eu plus de part aux encouragements et à la faveur de Louis XIV, et dont le génie ait plus de conformité avec le caractère et les goûts du maître et de la cour qui se réglait sur le maître. Il semble que ses œuvres, par leurs qualités comme par les taches qu'on y peut relever, soient l'image la plus fidèle et la plus complète de cet âge politique et littéraire. A ne consulter que la vraisemblance, on croirait donc que les tragédies de Racine ont triomphé sans efforts et sans luttes, et qu'aucune protestation ne s'est mêlée aux suffrages des contempo-
XYIII PREFACE
rains. On sait pourtant qu'il n'en fut pas ainsi^ et rhistoire de la vie du poète nous le montre, depuis ses débuts jusqu'à son dernier chef-d'œuvre, attaqué sans cesse par des ennemis qui réussirent à troubler, quelquefois même à compromettre son succès, qui lassèrent son courage, et, au* moment où il atteignait à peine la maturité de son âge et de son talent, le chassèrent du théâtre ; qui, enfin, lorsqu'il rentra dans la lice avec un génie retrempé à des sources nouvelles, plus pur et plus vigoureux que jamais , lui ravirent un triomphe si légitimement espéré, et le condamnèrent à mourir en doutant de son œuvre la plus parfaite.
Quelles furent les causes de ces inimitiés si persévérantes? Quels intérêts, quelles passions les ont fait naître? Quel a été le caractère de ces attaques? Quelle a été la valeur de ces critiques ? Ont-elles exercé quelque influence sur la marche et les progrès du génie de Racine ? Il nous a semblé intéressant de le rechercher. Sans doute, plusieurs incidents de ces luttes sont déjà connus. Comment se flatter d'être nouveau en parlant d'un poète qui, depuis un siècle et demi, a fixé l'attention de la critique, et dont les œuvres, analysées avec tant de justesse et de sensibilité par Voltaire, Vauvenargues, La Harpe, ont inspiré encore de nos jours à d'éminents écrivains des travaux pleins de délicatesse et de pénétration ? Mais les éléments de cette question sont encore épars. Depuis les Mémoires de Louis Racine, précieux sans doute^ mais, à tant d'égards, si insufli-