‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 98 sur 156 · Lettre du 25 février · texte numérisé non relu

Lettre du 25 février

«46 HITHRIDATE.

tère de Mithridate ; mais n'a-t-il pas toute licence, et n'est-il pas, quoi qu'il fasse, assuré de plaire? « Quoi- D qu'il ne se soit quasi servi que du nom de Mithridate, » et de ceux des princes ses fils et de celui de Monime, D il ne lui est pas moins permis de changer la vérité des n histoires anciennes pour faire un ouvrage agréable, » qu'il lui a été d'habiller à la turque nos amants et nos » amantes. Il a adouci la grande férocité de Mithridate, » qui avait fait égorger Monime sa femme, et, quoique » ce prince fût barbare, il Ta rendu en mourant un des » meilleurs princes du monde. Il se dépouille en faveur D d'un de ses enfants de l'amour et de la vengeance, » qui sont les plus violentes passions où es hommes » soient sujets, et ce gi*and roi meurt avec tant de » respect pour les dieux qu'on pourrait le donner pour D exemple à nos princes les plus chrétiens, p Visé conclut par des louanges ironiques comme son début : a Ainsi M. Racine a atteint le but que doivent se pro- > poser tous ceux qui font de ces sortes d ouvrages, et M les principales règles étant de plaire, d'instruire et de » toucher, on ne saurait donner trop de louanges à cet » illustre auteur, puisque sa tragédie a plu, qu'elle est y> de bon exemple, et qu'elle a touché les cœurs. » Il semble que ce dernier trait soit une allusion à la préface de Bérénice. Racine y disait à propos des règles, au nom desquelles on attaquait sa pièce : a la principale » règle est de plaire et de toucher; toutes les autres ne » sont faites que pour parvenir à cette première. » A la règle de plaire et de toucher. Visé ajoute à dessein celle d'instruire. Mithridate l'a si bien remplie! La mort de ce roi est si chrétienne, et la tragédie tout entière, qui nous enseigne à vaincre les passions les plus violentes, est de si bon exemple !

Voyons cependant ce qu'il faut penser des deux ori-

Page 1