‹ Les ennemis de VoltaireChapitre 4 sur 30 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

propre le plus délicat cédera plus facilement à la critique faite avec décence et modération, que l'auteur le plus modeste, à la critique impertinente ou grossière. Dans ce cas, c'est l'auteur vain qui se cor* rige et l'auteur modeste qui persévère. D'où on peut voir de quelle importance est le ton dans la critique, et combien il est essentiel, pour donner crédit à cet art difficile, que le journaliste ne sacrifie pas par exemple à l'unique plaisir de faire briller son esprit, la justice et les égards qu'il doit aux auteurs, afin qu'on ne le soupçonne pas d'avoir moins voulu juger un livre sérieusement et de bonne foi, que saisi l'occasion de ce livre pour donner une idée avantageuse de son propre mérite.

Ce défaut est très-commun dans Desfontaines et Fréron. L'abus qu'ils font de l'ironie en est une preuve. Rien ne montre mieux que cette figure, laquelle n'a pas toujours, il s'en faut, l'avantage d'être convainquante , qu'on manque de raisons solides contre les auteurs dont on a entrepris la critique, et qu'on couvre son impuissance à la faveur de jeux d'esprit qui ne sont la plupart du temps que des jeux de mots.

Aussi , n'est-ce pas comme critiques ayant su à merveille se défendre contre leur adversaire et encore mieux l'attaquer ; ce n'est pas comme journalistes n'ayant pas craint de se ménager des succès par le scandale et de se faire assez d'amis parmi les médiocrités littéraires qu'ils ont prônées pour imposer aux hommes de talent qu'ils ont déchirés ; ce n'est pas non plus comme ayant été très-habiles à

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