VÎT! PRÉFACE
manier l'ironie, le seul tempérament qu'ils apportassent à leurs critiques; ce n'est pas sous ces différents aspects qu'il faut les considérer ; ils sont dignes qu'on cherche, sinon qu'on établisse ailleurs les fondements de leur renommée. C'est par leur goût sévère, par leur inviolable respect pour la tradition littéraire du xvir siècle, par leur méthode de critique, toujours excellente, quand ils sont de sangfroid et désintéressés , qu'il faut les juger. Il est tels passages de leurs copieux écrits qui ne dépareraient pas trop un cours de littérature ; et pour ma part, j'ai toujours regretté qu'on n'ait pas fait pour Fréron ce que l'abbé de La Porte a fait pour Desfontaines. C'est dans les feuilles de ce journaliste que l'abbé a puisé tous les morceaux dont il a composé le recueil intitulé : Esprit de Desfontames. Il y a dans ce recueil classé suivant un ordre méthodique, intelligent, des morceaux très-remarquables. Fréron méritait qu'on l'honorât d'un pareil recueil , ne fut-ce que pour sa critique de théâtre, qui est fine et savante, quoiqu'un peu prolixe, et où il surpassait Desfontaines.
Au reste, ce livre n'est que le commencement d'un travail que je me suis proposé d'achever un jour sur tous les écrivains qui ont eu des démêlés avec Voltaire et qu'on est convenu d'appeler ses ennemis.
I" Janvier 1853.