‹ Les ennemis de VoltaireChapitre 9 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Cette fois-ci, c'était l'Académie française qui tombait (le tout le poids de ses quarante membres sur le corps du pauvre Desfontaines.

On venait de publier une barangue fictive de l'abbé Segui, où cette illustre et alors très-vindicative compagnie avec plusieurs personnes de distinction se trouvaient directement insultées.

Tout le monde attribua cette pièce à Desfontaines. Sur le cri public, et à l'instigation des plus grosses perruques de la compagnie, le lieutenant-criminel le fit arrêter et conduire au Châtelet.

Dans une lettre adressée à l'abbé d'Olivet, et qui fut lue publiquement à l'Académie, Desfontaines protesta sur son bonneur qu'il n'avait point eu part à ce libelle. Mais, interrogé juridiquement, il confessa qu'il en était l'auteur.

L'abbé De la Porte dit qu'il eût pu facilement se tirer d'affaire, en nommant la personne de qui il tenait cet écrit. Si cela est vrai, s'il est vrai, ainsi que Desfontaines le publia dans la suite, qu'il prit sur son compte une affaire si délicate, pour ne point trabir le secret d'un ami, on ne saurait assez le louer de sa générosité.

76 l'abbé desfontàines.

Mais Desfontàines en était-il bien capable? Rien dans sa conduite antérieure ne le prouve, tandis que sa mauvaise grâce à reconnaître un service qu'il avait reçu prouverait bien plutôt qu'il n'était pas d'humeur à se sacrifier pour le service d'autrui, cette complaisance devant surtout entraîner la perte de sa liberté.

Quoi qu'il en soit, il fut convaincu à la Chambre de l'Arsenal d'avoir vendu trois louis, au libraire Ribou, ce libelle qu'il avait désavoué sur son honneur, et fut condamné.

Voltaire, qui avait d'excellentes raisons d'en vouloir à l'Académie, n'ayant pas pu se faire agréer par elle, pensa que Desfontaines avait eu tous les droits du monde de s'en moquer, et qu'un pareil acte était plus digne de récompense que de châtiment.

Aussi, à peine est-il informé que Desfontaines est en prison, prêt à être conduit aux galères pour avoir tourné en ridicule l'Académie, « et ainsi châtié de ses crimes pour avoir fait une bonne action » (A Thiriot, 25 janvier 1736), qu'il écrit à l'abbé Asselin, et lui recommande de ne pas faire usage d'une lettre qui lui avait été confiée, dans laquelle M. et madame du Châtelet se plaignaient vivement de Desfontaines, et le menaçaient, selon toute apparence, de le déférer aux tribunaux. « L'abbé Desfontaines, ajoute-t-il, est malheureux, et dès ce moment je lui pardonne. Si vous savez où il est, mandez-le-moi; je pourrai lui rendre service et lui faire voir, par cette vengeance, qu'il ne devait pas m'outrager. » (A l'abbé Asselin, 29 janvier 1736.;

l/ABni': DESFONTATNFS. 77

En vérité, peu s'en faut qu'on ne pardonne à Desfontaines son ingratitude, quand il semble que Voltaire ne mette tant d'acharnement à le servir que pour multiplier les occasions de le diffamer.

Il se donnait encore ce plaisir, dans le temps même qu'il s'offrait de tirer Desfontaines de prison, et, dans une ode sur V Ingratitude, adressée au maréchal de Richelieu, il écrivait les vers suivants :

Quel monstre plus hideux s'avance ?

La nature fuit et s'offense,

A l'aspect de ce vieux Giton ;

Il a la rage de Zoïle,

De Gacon l'esprit et le style,

Et l'âme impure de Chausson.

C'est Desfontaines, c'est ce prêtre, Venu de Sodôme à Bicêtre, De Bicetre au sacré vallon ; A-t-il l'espérance bizarre Que le bûcher qu'on lui prépare.

Soit fait des lauriers d'Apollon?

Il m'a dû l'honneur et la vie, Et dans son ingrate furie, De Rousseau lâche imitateur, Avec moins d'art et plus d'audace, De la fange où sa voix coîsse.

Il outrage son bienfaiteur.

Quand Voltaire eut écrit ces vers, un remords le saisit, mais un remords singulier. « Je vous envoie l'ode sur V Ingratitude, dit-il à Berger (février 1736);

78 l'abbé desfontaines.

j'ai dédaigné de parler de Desfontaines; il n'a pas assez illustré ses vices. »

D'où venait cet accès d'indulgence? De ce que Desfontaines, qui, grâce à quelques protections puissantes, avait recouvré la liberté de sa personne et de sa plume, avait tout d'abord fait usage de celle-ci pour dire du bien de la tragédie à'Alzire.

« La tragédie à'Alzire de M. de Voltaire, lit-on au tome IV, page 1 41 de ses Observations, a eu un trèsgrand succès. J'y prends toute la part possible comme son admirateur et son ami... J'aurai soin de vous rendre compte de cette pièce au premier jour et je ferai mes efforts pour en parler dignement. Je serai le panégyriste de cet illustre écrivain lorsque je croirai qu'il le mérite, c'est-à-dire, que je le serai presque toujours. Pourrais-je avoir jamais la pensée de ternir la gloire d'un auteur qui contribue en son genre à celle de ce règne? On me mande que les principales beautés de cette tragédie consistent dans des situations admirables, dans des surprises bien ménagées, dans des peintures du plus parfait et du plus baut coloris et dans la noblesse des caractères bien soutenus, surtout de ceux d'Alvarès etdeZamore. On ajoute quele cinquième acte est au-dessus de tout.»

Sauf quelques petites restrictions qui durent produire sur Voltaire l'effet de la pile de Volta sur les corps qu'on galvanise, le poète n'eût pas mieux dit, s'il se fut loué lui-même. Une si grande complaisance de la part de Desfontaines en appelait une autre. Voltaire la lui témoigna, en faisant rentrer les trois stropbes dans son portefeuille.

l'arri': desfontaines. 79

Cette marque de défianee peint bien l'homme. En eflet, ({uand après avoir ressenti une joie vive des louanges de Desfontaines, Voltaire, refroidi, se mit à en peser les termes, il trouva d'abord que les restrictions du journaliste étaient quelque peu impertinentes; puis, que ces mêmes louanges, dont la douce fumée lui avait un moment monté au cerveau et amolli le cœur, n'étaient que l'écho du bruit public recueilli par Desfontaines; que celui-ci n'avait eu garde d'en prendre l'initiative et qu'il conservait sans doute l'arrière-pensée de les modifier, de les tempérer, selon qu'il jugerait que le poète l'aurait plus ou moins mérité.

Alors, il se sut bon gré de la précaution qu'il avait prise et du doute qu'il avait conçu de la sincérité de Desfontaines.

Toutefois, avant de rétablir ses strophes veng^ resses, il attendit le compte-rendu auquel s'était engagé le critique. Jusque-là il jouit du succès de son Alzire, bravant les parodies et les chansons satiriques dont elle était l'objet et dont celle qui suit n'est pas la moins plaisante :

Pour Montez

Alvarez

Est en peine :

Car son fils, fier et brutal, Traite horriblement mal La race Américaine.

Vers pompeux,

Deux à deux

80 l'abbé desfontatnes.

Il débite :

D'ailleurs tout manque au sujet ; Clarté, vraisemblance, et

Conduite.

Tendre Alzire, tu déplore

Ton triste hymen, quand Zamorc

Sort d'un trou :

Mais par où ?

On l'ignore.

Mis au cachot, il arma Dans les bois mille ma-

Ta mores.

En amour, C'est un tour Trop précoce, Qu'aller loin de son époux, Courir le guilhuloux • La nuit même des noces.

Mal en prend A Gusman, Qui pour preuve De foi chrétienne en sa fin, Lègue à son assassin Sa veuve.

Mais, soit qu'il eût oublié son engagement, soit, ce qui est plus probable, qu'il craignît qu'en examinant ^/^«V^^ quelque réflexion maligne ne lui échappât et ne vînt gâter son impartialité, Desfontaines ne se pressa point cle vérifier si le bien qu'on lui avait dit de cette tragédie était vrai et garda pour le moment du moins le silence.

l'abbé desfont.unes. 81

Voltaire devina sa pensée, et dès lors n'eut plus de scrupule.

Ces strophes, que par égard pour les vices trop obscurs de Desfontaines, il avait cru devoir supprimer, il les rétablit tout-à-coup, en en donnant à son ami Thiriot une raison qui n'était pas précisément la véritable, mais qui, si elle lui épargne l'aveu d'une faiblesse, découvre en môme temps toute la profondeur de sa méchanceté.

« J'avais ôté, dit-il, ce monstre subalterne d'abbé Desfontaines de l'ode sur V Ingratitude : mais les transitions ne s'accommodaient pas de ce retranchement, et il vaut mieux gâter Desfontaines que mon ode, d'autant plus qu'il n'y a rien de gâté, en relevant sa turpitude. Je vous envoie l'ode, chacun est content de son ouvrage ; cependant je ne le suis pas de m'être abaissé à cette guerre honteuse. » (A Thiriot, le 23 septembre 1738.)

Diffamer un homme qui, bien que décidément ennemi, n'en observe pas moins aux yeux du public la conduite d'un ami, et le sacrifier à la crainte de gâter une ode, est une licence qui n'avait point encore, que nous sachions, été pratiquée ni surtout recommandée en poésie. Le malheur est que l'ode de Yolaire n'en fut pas meilleure. Mais Voltaire faisait peu de cas de ce genre, et il avait ses raisons pour être si dédaigneux.

C'en était assez de cette ode pour qu'enfin Desfontaines éclatât et fît voir à Voltaire que les effets de la vengeance ne sont pas moins terribles dans un journaliste que dans un philosophe. Mais l'ode avait été adressée au maréchal de Richelieu sous la condition

82 l'abbé DESFONTAINES.

apparemment qu'elle ne serait pas divulguée. Il est douteux néanmoins qu'elle n'ait pas circulé en manuscrit, ces sortes de pamphlets volants pouvant toujours être désavoués, d'autant que la signature de l'auteur n'y figurait jamais. Desfontaines n'avait donc pas à répondre à ce qu'il ne connaissait pas par la voie de l'impression, ni à ce qui n'étant qu'une pièce manuscrite et anonyme, rentrait dans la catégorie de ces libelles méprisables qui paraissaient chaque jour contre lui et qu'il dédaignait de réfuter. Aussi ne changea-t-il rien à ses procédés à l'égard de Voltaire. On remarque seulement dans sa critique non pas plus de sévérité, mais je ne sais quoi de railleur et de provoquant; d'où l'on infère que Desfontaines, soupçonnant que la patience de Voltaire serait bientôt à bout, jugeait à propos de lui faire pressentir par un ton un peu plus dégagé qu'auparavant, qu'on l'attendait de pied ferme et qu'on avait bec et ongles pour se défendre.

La comédie de YEnfant prodigue venait d'être représentée. Voltaire n'ayant pas voulu livrer son nom au parterre, tout Paris s'évertuait à deviner l'auteur, la plupart des gens n'ayant que cette ressource pour pouvoir prononcer en connaissance de cause sur le mérite de la pièce ; seul Desfontaines le découvrit, et voici en quels termes il en fit part au public :

« J'ai vu les sentiments partagés au sujet de Fauteur inconnu de la comédie dont il s'agit. Pour moi, je ne me suis pas mépris un instant, et, sans prétendre ainsi dévoiler le mystère, je dirai seulement que le grand poète peut quelquefois se dé-

L'ABRIi DKSFONTAINES. 83

grader, en offrant du bas et du trivial; qu'il peut mettre sur la scène des rôles insipides qu'il a crus de bon goût dans son cabinet, et débiter de froides plaisanteries qui ont ri à son imagination écbauffée. Mais, au milieu de toutes les défectuosités qui frappent les connaisseurs, le génie distingué et rare perce. On reconnaît en général la singularité du talent de l'auteur cacbé, à la légèreté du style, à l'enjouement du dialogue, à la finesse de quelques traits, à l'élégance caractéristique de plusieurs vers frappés de main de maître. » (Observations, t. VI, pag. 312.)

Voltaire, qui n'était peut-être pas très-éloigné de ces sentiments sur sa propre pièce, persista dans un silence qu'on pouvait regarder jusqu'à un certain point comme un désaveu, affectant de craindre d'être découvert et prenant toutes les précautions pour ne l'être pas.

« Est-il vrai, dit-il à Berger (29 novembre 1736), que ce monstre d'abbé Desfontaines ait parlé de VEnfaut prodigue? Ce brutal ennemi des mœurs et de tout mérite saurait-il que cela est de moi ? »

Il n'en douta bientôt plus, à la manière perfide avec laquelle Desfontaines parle des affaiblissements fit des illusions des grands poètes, et surtout à la lecture de ces louanges épigrammatiques et subtiles dont la délicatesse ressemble si fort à une injure; il n'en douta pas non plus, quand Desfontaines y eut ajouté cette appréciation ironique de sa modestie :

« On dit que l'autruche, pressée par les chasseurs, cache sa tète derrière un arbre, et que parce qu'elle ne voit pas, elle s'imagine n'être pas vue. L'auteur de

V Enfant prodigue, qu'on est bien loin de vouloir rabaisser par cette comparaison, fait à peu près la même cbose, et lorsque tout Paris est persuadé que cette pièce est une des productions de l'auteur de la Henriade^ il prend le parti de la désavouer. A-t-il craint qu'elle ne fût jugée digne de lui? Le succès des représentations a dû le rassurer... Il est vrai que quelques personnes, trompées par les défauts qui s'y trouvent, n'ont pu y reconnaître l'auteur de la Henriade; mais enfin, le voile est levé. Les comédiens et les propres amis de l'auteur ne font aucune difficulté de reconnaître la Henriade et V Enfant prodigue, pour les enfants du même père. Cet auteur aurait-il voulu imiter la Galatée de Virgile : Et fiigit ad salices? Sa seule orthographe pour laquelle, d'ailleurs, il a soutenu une espèce de thèse, suffirait pour le trahir, s'il avait eu une vraie intention de se cacher. » (Observations, t, XI, p. 289.)

Mais un événement imprévu l'empêcha de se préoccuper davantage de cet incident.

Voltaire étant venu de Cirey à Paris, fut obligé, au bout de trois mois, d'en partir tout-à-coup, à cause de son Mondain qui souleva contre lui les âmes pieuses, et, ce qui était plus grave, quelques philosophes d'une austérité un peu trop chatouilleuse. Ils obtinrent de M. de Chauvelin et du cardinal de Fleury, que l'auteur et le livre fussent poursuivis.

Averti à temps du danger. Voltaire reprit en toute hâte la route de Cirey, d'où il partit le 4 novembre 1736 pour la Hollande.

De toutes les poursuites dont il avait été l'objet,

l'abbé desfontaines. 85

celle-ci lui fut la plus sensible. Le Mondain^ en effet, ne méritait pas cette rigueur; c'est un éloge assez gai du luxe, de la mollesse, de tous les arts et de tous les plaisirs. Le scandale était venu de ce qu'en regard de cette peinture séduisante de tout ce qui chatouille et ravit les sens, Voltaire avait esquissé en termes assez lestes, la vie d'Adam et d'Eve dans le paradis terrestre.

Le souvenir de cette persécution ne cessa de troubler sa bile durant toute sa vie. « Il y a quinze ans, dites-vous, écrit-il à d'Argental (28 août 1730), que cela s'est passé. Non, il y a un jour; ces injustices atroces sont toujours des blessures récentes. »

Son premier soin, dès qu'il fut à Leyde, fut de chercher quel pouvait être son dénonciateur. 11 résulta de ses informations, lesquelles ne firent sans doute que justifier ses pressentiments, que le coupable était Desfontaines.

« Les curieux d'anecdotes, dit-il dans la note finale du Mondain, seront bien aises de savoir que ce badinage fut composé immédiatement après le succès à'Alzire. Ce succès anima tellement les ennemis littéraires de l'auteur, que l'abbé Desfontaines alla dénoncer la petite plaisanterie du Mondain à un prêtre nommé Couturier, qui avait du crédit sur l'esprit du cardinal de Fleury. Desfontaines falsifia l'ouvrage, y mit des vers de sa façon, comme il avait fait à la Henriade. L'ouvrage fut traité de scandaleux, et l'auteur de h Henriade, de M ér ope et de Zaïre, fut obligé de s'enfuir de Paris. »

Voltaire articule contre Desfontaines deux impu-

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tations graves : celles de dénonciateur et de falsificateur. La seconde serait la plus vraisemblable, Desfontaines étant sujet à caution. Néanmoins, dans les choses de cette nature, il est toujours permis, il est même d'obligation stricte de douter des allégations de Voltaire, alors même qu'en y mêlant des noms propres , c'est-à-dire en indiquant des témoignages à l'appui de sa parole , il sollicite le lecteur à en contrôler la véracité. Or, parmi les gens de lettres de ce temps-là, ceux qui, dans leurs querelles , croyaient devoir garder publiquement quelque mesure, n'avaient pas honte , quand ils désespéraient d'avoir raison les uns des autres par la seule puissance du talent , de se dénoncer réciproquement à la police comme de vils coquins ; ils s'entr'accusaient ensuite de ce sale procédé, sans qu'aucun d'eux se mit fort en peine d'en être lui-môme plus ou moins convaincu, ni de le vérifier dans les autres. La trop grande prodigalité dont on usait dans l'échange de ces sortes de compliments en émoussait la pointe, et la protection dont chacun avait besoin auprès du pouvoir, pour la libre publication de sa pensée, s'achetait volontiers à tout prix.

Les récréations de Voltaire, pendant son séjour à Leyde, étaient de corriger ses ouvrages de belles-lettres; mais son occupation sérieuse était d'étudier Newton et de tâcher de réduire ce géant à la mesure des nains ses confrères. C'est ce qu'il appelait mettre Briarée en miniature. Sa grande affaire était donc que les traits fussent ressemblants, besogne difficile à laquelle il achèverait, pensait-il, de perdre sa santé

l'abbk desfontaines. 87

déjà fort menacée ; mais cette considération ne le découragea pas.

Il travaillait donc avec ardeur à ses Eléments de la Philosophie de Newton, lorsqu'informé par les hôtes de Cirey qu'il n'avait plus à craindre en France pour sa sûreté personnelle, il résolut d'y revenir, sans prendre môme le temps de finir son travail.

Toutefois, avant de se mettre en route, il remit au libraire Leydet, en Hollande, les premiers chapitres à^^ Éléments, et partit, emportant le reste du manuscrit. Le libraire fit achever l'ouvrage par un mathématicien du pays, et mit en vente le volume contenant vingt-cinq chapitres, après avoir ajouté au titre donné par Voltaire ces mots : mis à la portée de tout le monde.

Cette réclame, si innocente en elle-même, si rebattue, et qui ferait moquer de lui le libraire assez étranger à son siècle pour l'employer aujourd'hui, cette réclame fut le point qui, de même que l'aimant attire la foudre, attira immédiatement la critique , en lui inspirant une de ces cruelles plaisanteries si chères à l'esprit français, et qui suffisent pour frapper de déconsidération un ouvrage tout entier.

On dit donc que la formule ajoutée au titre renfermait une faute d'impression, et que ce n'était pas mis à la portée qu'il fallait lire, mais mis à la porte de tout le monde.

On attribua ce méchant mot à Desfontaines qui n'avait fait sans doute que le répéter, mais qui, pour cette seule indiscrétion, mit le comble à la haine que lui avait vouée l'auteur des Éléments.

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Cela ne renipêclia pas de parler de cet ouvrage dans ses feuilles, et d'apprécier en ces termes la nouvelle tentative de Voltaire :

«Il serait ridicule, ce me semble, qu'un philosophe renonçât à la philosophie dans un âge un peu avancé , afin de s'adonner à la poésie; mais il sied, au contraire, à un poète de renoncer aux vers à cet âge pour devenir philosophe. Turpe senex vates. Je ne suis donc pas de ceux qui trouvent mauvais que M. de Voltaire se soit à la fin dégoûté d'emprisonner ses pensées et de mesurer des mots, et qu'il ait voulu donner un noble essor à son esprit, en l'élevant aux sublimes objets de la philosophie... C'est dommage qu'il ait donné dans le newtonianisme qui est une mauvaise physique , réprouvée de tous les bons philosophes de l'Europe... Il faut d'ailleurs être né géomètre ou physicien pour réussir dans la géographie et dans la physique, comme il faut être né poète pour acquérir de la gloire sur le Parnasse moderne. M. de Voltaire a incontestablement reçu de la nature le talent de la poésie; mais la nature est-elle si prodigue de ses dons, et n'y a-t-il pas quelque incompatibilité entre le génie des vers et le génie de la philosophie? Les premiers progrès qu'on fait dans quelque science ont coutume de flatter l'amour-propre. On travaille avec ardeur, on lit avec assiduité, on écrit pour soi-même et on conclut aisément que ce qu'on écrit pour s'instruire peut servir à instruire les autres. Tels sont, selon les apparences, les motifs qui ont porté M. de Voltaire à écrire sur le newto-

L*ABRlî DESFONTAINES. 89

nianisinc, et à publier ensuite ce qu'il a écrit. » (Observations, t. XV, pages 49 et 73.)

Après avoir ainsi, par une allusion injurieuse et très-déplacée à l'âge de Voltaire , qui n'avait alors que quarante-quatre ans, après avoir ainsi loué le poète de son renoncement à la poésie pour consacrer son temps et ses forces à l'étude de la pliilosophie, et néanmoins après lui avoir en même temps contesté qu'il fut propre à traiter cette sorte de matière. Desfontaines attaque avec une grande vivacité le système de Newton, et le déclare hors d'état d'obtenir jamais en France la popularité qu'on prétend lui ménager. Une bonne partie des sarcasmes qu'il prodigue au philosophe anglais viennent s'abattre sur la tète de l'interprète français, d'autant moins mesurés et d'autant plus amers qu'il fait plus d'efforts pour mettre ce dernier hors de cour et que le besoin de sa cause l'y ramène à chaque instant.

Convaincu enfin qu'il n'y avait rien k gagner avec ce détracteur incorrigible, et qu'il fallait, pour se sauver lui-même, le perdre dans le public où son crédit s'étendait et se fortifiait de plus en plus. Voltaire brocha le Préservatif et le livra à l'impression.

CHiPITllE VIL

En examinant la conduite de Voltaire dans ses querelles avec ses ennemis ou avec ses critiques, lesquels il ne distinguait pas les uns des autres, on s'étonne du soin qu'il mettait d'abord à se dissimuler, lorsqu'il se décidait à repousser leurs attaques, et ensuite de son opiniâtreté dans le mensonge, quand il était démasqué.

On voit bien, il est vrai, parce qu'il le répète à satiété, qu'il méprisait trop ses ennemis pour les combattre de sa personne, et qu'à cet égard il s'en reposait sur le zèle de ses amis; on voit encore qu'il proteste à chaque instant de son dégoût pour les batailles livrées sur le terrain de la littérature, de son horreur pour les libelles dont il n'a jamais écrit, dont il n'écrira, dit-il, jamais un seul; du respect enfin qu'il se doit à lui-même et des soins dont il n'est pas libre de frustrer les objets sérieux qui le réclament tout entier. Néanmoins, comme il se prétendait déshonoré, toutes les fois qu'en le critiquant on ne s'était pas renfermé dans les bornes trèsétroites qu'il avait prescrites lui-même, on ne comprend pas son dédain pour des attaques qui eussent

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appelé la répression des lois, si elles eussent été aussi énormes qu'il le déclarait, de même qu'on ne s'explique pas ses désaveux, toutes les fois que son style, ses indiscrétions et la notoriété publique le signalaient comme ayant répondu.

C'est apparemment qu'avec tout son orgueil, Voltaire avait conscience des fautes que ses critiques relevaient dans ses écrits, et que, n'ayant pas le pouvoir de démontrer d'une manière victorieuse que ses fautes n'en étaient pas, d'une part, il couvrait son impuissance du prétexte commode que les censures dont il était l'objet étaient autant de diffamations, de l'autre, à la faveur de ses libelles anonymes et pseudonymes, il échappait à une accusation directe et personnelle de ne dire tant d'injures à ses adversaires que parce qu'il manquait de bonnes raisons à leur opposer.

Ajoutez à cela une crainte excessive de se commettre, rendue nécessaire par le souci de sa liberté individuelle continuellement menacée, et par la nature délicate de quelques relations, comme celles qu'il avait avec madame du Châtelet, une soif de vengeance inextinguible, une colère d'autant plus bruyante qu'elle succédait à un silence longtemps et violemment comprimé, et vous aurez le secret de toutes les contradictions, de toutes les imprudences et de ces démentis effrontément donnés aux vérités les plus évidentes, qu'on remarque dans ses œuvres en général, et en particulier dans sa correspondance.

Le principal exemple de cette audace dans le mensonge, glorifié d'ailleurs par Voltaire et qu'il éleva

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jusqu'à la hauteur d'une théorie, est sans contredit le Préservatif. C'est une petite brochure de quarante et quelques pages, rédigée, suivant les expressions mêmes de Voltaire (À d'Olivet, 29 janvier 1739) , en forme de table de matières , et divisée en trente numéros. Les vingt-six premiers , réfutation souvent juste et non pas toujours spirituelle de quelques jugements des Observations de Desfontaines, ne sont, à vrai dire, qu'un prétexte, un acheminement au vingt-septième, lequel est l'histoire détaillée de la fameuse aventure de Desfontaines, de son ingratitude et de son déshonneur. Voltaire en fit parvenir le manuscrit au chevalier de Mouhi , qu'il autorisait à en tirer le meilleur parti possible et à s'en déclarer l'auteur. Ce plan fut arrêté et soutenu constamment par les parties intéressées.

Pendant qu'on imprimait le Préservatif, Voltaire, pour tromper son impatience, et surtout pour alléger son cœur d'une partie du ressentiment qu'y avaient fait naître les dernières railleries de Desfontaines sur les Éléments de Newton, Voltaire décocha contre son ennemi cette épigramme :

Pour l'amour anti-physique Desfontaines flagellé, A, dit-on, fort mal parlé Du système newtonique.

Il a pris tout à rebours La vérité la plus pure, Et ses erreurs sont toujours Des péchés contre nature.

L'ABBli DESFONTAINKS. 93

Cette épigramnie circula dans le public; elle servit comme d'introduction au Préservatifs lequel parut enfin, vers le milieu de 1738, et, ainsi qu'il avait été convenu, sous le nom du chevalier de Moulîi.

Une estampe ignoble était jointe à la brochure. Elle représente Desfontaines à genoux, recevant le fouet de la main d'un homme qui le lui donne à tour de bras. Au-dessus de ce groupe repose, sur un nuage, et entre deux amours, dont l'un a laissé tomber son flambeau, une déesse qui semble présider à l'exécution et qui paraît être Vénus se vengeant des outrages faits à son culte.

Au bas de l'estampe, on lisait cette inscription qu'il importe de reproduire en respectant l'orthographe :

Jadis curé, jadis jésuite, Parloul connu, partout chassé, Il devint auteur parasitte, Et le public en fut lassé.

Pour réparer le temps passé

Il se déclara s ;

A Bissêtre, il fut bien fessé ; Dieu récompense le méritte.

Il est des épreuves contre lesquelles la patience la plus exercée ne saurait tenir. Celle-ci était terrible; un saint y eût échoué, et bien loin d'être un saint. Desfontaines n'était qu'un prêtre indigne, de mœurs plus qu'équivoques, déconsidéré parmi ses concitoyens, et tout plein de rancune et de fiel.

Il fut transporté de douleur et de rage, et annonça

94 l'abbé desfontaines.

hautement rintentioii de se venger. Thiriot en informe Voltaire. Il lui mande que Desfontaines prépare une réponse au Préservatif; mais il ne lui dit pas qu'interrogé par les amis de Desfontaines sur V Apologie de Voltaire^ c'est-à-dire, sommé de déclarer s'il avait, ainsi qu'on l'avançait dans le Préservatif, affirmé à Voltaire que Desfontaines avait, en effet, écrit ce libelle en 1724, au sortir de Bicêtre, et que le même Desfontaines avait, sur son injonction, jeté au feu le manuscrit, il ne dit pas qu'il répondit d'une manière si vague, si embarrassée, que Desfontaines en conclut que Thiriot démentait le fait cité dans le Préservatif, et se proposa d'exploiter ce démenti, pour confondre le diffamateur.

Cependant, Thiriot semble avoir demandé à Voltaire ce qu'il avait à faire dans cette circonstance, comme s'il n'était pas de sa loyauté, de son devoir d'agir immédiatement, d'agir sans conseil, et de venir en aide à son plus ancien ami.

Voltaire entrevoit la lâcheté de Thiriot, et il lui répond :

« Vous ferez comme il vous plaira à l'égard de ce monstre d'abbé Desfontaines; mais vous pouvez assurer que je n'ai pas d'autre part au livre trèsfort qui vient de paraître contre lui, que d'avoir écrit, il y a deux ans, à M. Mafféi, la lettre qu'on vient d'imprimer. » ( A Thiriot , 24 novembre 1738.)

Eh ! c'est justement cette lettre à Mafféi, qui irrite Desfontaines, et qui est le fondement de la réplique qu'il prépare. Il s'inquiète bien, vraiment, des autres

l'abbk desfontainrs. 98

attaques que le Préservatif diiige contre lui ; il se soucie bien d'y être traité de sot, de présomptueux et d'ignorant; que ces injures viennent ou non de Voltaire, que lui importe? Ce qui le touche, c'est d'être représenté dans une lettre écrite et signée de la main de Voltaire, et dans une estampe qui le dispute d'énergie avec cette même lettre, comme un homme flétri par la main du bourreau, pour le plus sale, le plus infâme de tous les vices, comme un misérable qui déchire son bienfaiteur le lendemain même du jour où il en a reçu le bienfait.

Voltaire prend donc sciemment le change sur la susceptibilité de Desfontaines; aussi ajoute-t-il bien vite, et comme persuadé que Thiriot non plus que Desfontaines ne se paieraient de cette monnaie :

« Assurez-le, d'ailleurs, que j'ai en main de quoi le confondre et le faire mourir de honte, et que je suis un ennemi plus redoutable qu'il ne pense. »

Ces rodomontades n'effrayaient guère Desfontaines. Elles l'encourageaient au contraire, parce que, outre qu'elles trahissaient la peur de Voltaire, celui-ci, à moins de l'accuser de vol ou d'assassinat, ne pouvait dire, contre lui, pis qu'il ne l'avait fait dans sa lettre scandaleuse à Mafféi.

Il poursuivit donc son entreprise; il y travailla avec ardeur.

Plus le danger approchait, plus Voltaire l'appréhendait, plus il s'eflbrçait de le conjurer. Tantôt il regrettait d'avoir été trop loin, tantôt il menaçait d'aller plus loin encore. Mais par-dessus tout la conduite de Thiriot le désolait.

96 l'abbé desfontàînes.

« Je ne sache pas, dit-il, qu'on ait imprimé rien de mes lettres à Mafféi; mais ce que j'ai écrit, soit à lui, soit à d'autres, sur l'abbé Desfontaines, a beaucoup couru. Si on m'avait cru, on aurait plus poli, plus aiguisé cette critique (le Préservatif). Il était nécessaire de réprimer l'insolente absurdité avec laquelle ce gazetier attaque tout ce qu'il n'entend point ; mais je ne peux être partout, et je ne peux tout faire. » ( A Thiriot, 6 décembre 1738.)

Après ces précautions prises en vue de dépister Thiriot et de le persuader qu'il n'est pas l'auteur du Préservatif; après ce témoignage de défiance donné à un ami dont il commençait à bon droit de suspecter la fidélité. Voltaire continue :

« Au reste, je ne crois pas que vous balanciez entre votre ami et un homme qui vous a traité avec le mépris le plus insultant dans le Dictionnaire néologique... Il ne m'a jamais ni écrit, ni parlé de vous que pour nous brouiller; jamais il n'a employé sur votre compte un terme honnête. Si vous aviez la faiblesse honteuse de vous mettre entre un tel scélérat et votre ami, vous trahiriez également et ma tendresse et votre honneur. Il y a des occasions où il faut de la fermeté. C'est s'avilir de ménager un coquin. Il a trouvé en moi un homme qui le fera repentir jusqu'au dernier moment de sa vie ; j'ai de quoi le perdre : vous pouvez l'en assurer. »

Thiriot, qui était aussi fin que Voltaire, mais qui était plus prudent, n'était pas dupe des protestations

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ot dos rocommandations de son ami. Il craignait d'ailleurs que Voltaire ne s'engageât trop avant et ne rentraînât avec lui. Or, il aimait son repos pardessus tout, et sa philosophie ne lui avait pas appris que le repos acquis par le sacrifice de l'amitié est une lâcheté.

Il essayait donc de calmer Voltaire, et il se défendait d'avoir à se plaindre de Desfontaines, en alléguant que les outrages dont il était l'objet dans le Dictionnaire néologiqne y avaient été introduits par un éditeur de Hollande, qui avait imprimé ce livre à l'insu de Desfontaines, et que Desfontaines le désavouait.

« Je ne me rends point sur le Desfontaines, lui réplique Voltaire, et je vous soutiens que le piedplat dont vous me parlez, qui vous a si indignement accoutré dans son libelle néologique, c'est luimôme; mais je ne vous dis que ce que vous savez. Vous cherchez à ménager un monstre que vous détestez et que vous craignez. J'ai moins de prudence ; je le hais, je le méprise, je ne le crains pas, et je ne perdrai aucune occasion de le punir. Je sais haïr, parce que je sais aimer. Sa lâche ingratitude, le plus grand de tous les vices, m'a rendu irréconciliable. » (A Thiriot, 10 décembre 1738.)

Enfin, le 14 décembre 1738, parut chez Chaubert la Réponse au Préservatif, sous le titre de La Voltairomanie ou Lettre d'un jeune avocat, en forme de Mémoire,

A l'imitation de Voltaire , qui avait publié le Pré-

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servatif sous le nom du chevalier de Mouhy, Desfontaines se déguisa sous la qualité d'avocat, avec l'intention dérisoire de paraître instruire d'office contre Voltaire un procès dont ce soi-disant Mémoire serait la première pièce.

Ce libelle étant aussi curieux que rare, et l'effet qu'il produisit ne pouvant être bien compris des lecteurs, s'ils n'en connaissent au moins quelques passages, on donnera ici ceux qui ont été les plus sensibles à Voltaire, avec une courte analyse du reste.

L'avocat commence par exposer que Desfontaines étant d'un âge et d'un caractère qui pardonnent trop aisément les injures, lui, qui est son ami, s'est chargé de punir, dans la personne de M. de Voltaire, un homme accoutumé à être autrement payé de ses sottises.

Ceci est une allusion aux coups de bâton du chevalier de Rohan.

Il remarque que le sceau du sieur de Voltaire est imprimé sur chaque page de son infâme écrit , et il se demande si un écrivain sensé se serait jamais livré à de pareils excès.

« Quand M. l'abbé Desfontaines (dit-il pages 6-7), serait tel qu'il a l'audace de le dépeindre, s'ensuivra-t-il que Voltaire est un honnête homme et un grand orateur? Passera-t-il moins chez tous les connaisseurs pour ignorer absolument le théâtre, où il n'a jamais été applaudi que pour la vaine harmonie de ses pompeuses tirades et pour sa hardiesse satirique ou irréligieuse? Sa Henriade serat-elle moins un chaos éblouissant , un mauvais

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tissu tic fictions usées ou déplacées, où il y a autant de prose que de vers et plus de fautes contre la langue que de pages? Son Temple du Goût serat-il moins la production d'une petite tête ivre d'orgueil? Son Charles XII ne passera-t-il pas toujours pour l'ouvrage d'un ignorant étourdi , écrit dans le goût badin d'une caillette bourgeoise qui brode des aventures?... Ses Lettres (philosophiques) où il ose porter ses extravagances jusqu'à l'autel, le tiendront-elles moins éloigné de Paris toute sa vie, dans l'appréhension des recherches dangereuses ordonnées par le sage arrêt du parlement qui a condamné ce monstrueux ouvrage au feu?... Les Éléments de Newton seront-ils jamais autre chose que l'ébauche d'un écolier qui bronche à chaque pas, et qu'un livre ridicule?... Enfin, Voltaire sera-t-il moins un homme déshonoré dans la société civile par ses lâches impostures, par ses fourberies, par ses honteuses bassesses, par ses vols publics et particuliers et par sa superbe impertinence qui lui a attiré jusqu'ici de si flétrissantes disgrâces ? »

Suit dans une note Ténumération de ces disgrâces :

« 1° Le digne châtiment qu'il reçut à Sèvres, dans temps de la Régence, châtiment dont il se crut bien dédommagé par les mille écus que son avarice reçut pour consoler son honneur. %"" Le célèbre traitement de la porte de l'hôtel de Sully, en conséquence duquel il fut chassé de France pour les folies que cette noble bastonnade lui fit faire.

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