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ont la force de mener la vie dure qu'ils mènent.
Un protestant, nullement hostile
aux prêtres catholiques, me disait naguère : ‘“ Je ne comprends pas qu'un
homme intelligent, comme sont la plupart de vos prêtres, puisse se réscudre à être Curé de campagne. Ces pauvres Curés sont tout seuls ; ils n’ont point d'intérieur, puisqu'ils ne sont pas maiés. Où puisent-ils le courage de vivre ainsi?” Où ils le puisent ? D’abord et avant tout, dans l'amour de Jésus-CHRIsT, et dans le dévouement sacerdotal; mais aussi dans ces bonnes et fraternelles relations avec leurs voisins. Encore une fois, où est le mul ?
Et, quand un Curé reçoit ainsi un ou deux confrères, n'est-il pas tout naturel qu’il les traite un peu mieux que lui-même quand il est seul ? N’en faites-
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vous pas autant quand vous recevez quelque ami ?
Quant à ces “ gros dîners,” dont on affecte de parler chaque fois qu'il est question de la table des Curés, qui ne sait que ces grandes occasions se représentent une fois à peine tous les ans ou tous les deux ans ? C’est, par exemple, le jour de la visite pastorale, où, pour faire honneur à son Evêque, le Curé invite nécessairement les cinq ou six confrères les plus voisins, ainsi que son maire, son adjoint, son président de fabrique, et quelques autres gros bonnets de l’endroit.
C’est encore le jour où la conférence ecclésiastique du canton se tient chez lui, et où il lui faut donner à dîner à ses confrères, toujours plus ou moins nombreux. Mais la visite de l'Evêque se fait tous les trois ou quatre ans et
le tour de la conférence ecclésiastique ne revient à chaque Curé que tous les dix-huit mois ou même tous les deux ans.
Et c'est trop heureux que ces grandes circonstances ne reviennent pas plus souvent; car les pauvres Curés ne pourraient y suffire. Avec la misérable indemnité de neuf cents ou neuf cent cinquante francs, qu'ils recoivent annuellement de l'Etat, et avec
leur casuel, toujours si restreint, souvent nul, comment pourraient-ils, je vous le demande, donner souvent de “ gros diners,” et faire bonne chère le reste du temps? Ils le voudraient,
qu'ils ne le pourraient matériellement pas.
Je voyais ces jours-ci un marchand de vins, de Bretagne, qui me parlait précisément de cela: Il me disait :
“ Je ne sais, en vérité, où l’on prend que les prêtres aiment et achètent les bons vins. Pour moi, qui fournis une bonne partie de la contrée, je n'ai pas de plus mauvaise pratique que MM.
les Curés ; ils me prennent toujours ce que j'ai de meilleur marché, et par conséquent de moins bons. S'ils se régalent avec cela, ils ne sont pas difficiles.”
Je le sais, en ces jours de grandes réunions, nos bons Curés mettent, comme on dit, les petits pots dans les grands, et se saignent à blanc pour faire honneur à leurs hôtes. Ils tirent de leur cave trois ou quatre bouteilles
de bon vieux vin échappées au déluge
et réservées pour la circonstance, à moins qu’elles ne lui soient données à cet effet par quelque bon paroissien ?
Qui aurait le courage de les en blâmer, sauf peut-être vous ?
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Maintenant, qu’à ces “ gros diners ” on reste un peu longtemps à table, c'est peut-être un tort, vu surtout les mauvaises langues des cabarets voisins ; mais outre qu'il n’y a pas moyen de diner aussi rondement quand on est douze ou quinze que quand on est seul, il ne faut pas s’imaginer que tout le temps se passe À boire et à manger :
on cause, on parle de mille affaires ; et si les prêtres rient volontiers quand ils sont ensemble, c’est qu’ils sont contents, non de festiner, mais de se trouver les uns avec les autres et de pouvoir parler à cœur ouvert.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait jamais eu le moindre excès dans ces sortes de réunions: ce serait un miracle. Mais ce qui est incontestable, c'est que les excès sont, DIEU merci !
rares et très-rares; que ceux qui, de
temps en temps, s’y laissent aller font très-mal, et que c’est une abominable calomnie de profiter de ces exceptions pour accuser {ous les prêtres d'aimer ‘ ]a bonne chère, le bon vin et les gros diners.”
C’est le contraire qui est vrai, Les prêtres font habituellement maigre et très-maigre chère, Ils sont sobres, presque tous par habitude, beaucoup
par vertu, tous plus ou moins par nécessité. [ls boivent de la piquette, ou du cidre, ou de la petite bière, surtout après ces diners qu'on leur reproche si injustement. Les pauvres gens, pour peu qu'ils y aient mis un peu d'amourpropre, se trouvent à moitié ruinés pour le reste de la saison. Et vous qui criez tant, vous seriez joliment attrappés si vous deviez vous contenter
alors de la maigre pitance de votre Curé.
Ici, comme toujours, c’est le voleur qui poursuit le gendarme ; ce sont messieurs les ivrognes, ce sont les piliers de cabaret qui, au lieu de travailler, passent leurs temps à déblatérer contre la prétendue intempérance des prêtres.
Ils mentent. Laissons-les dire.
Les Curés sont des gens dangereux, qui fourrent leur nez dans toutes nos affaires, et qui s’insinuent dans les famille.
Allons droit au fait; découvrons le pot-aux-roses. En bon français, toutes ces belles récriminations se traduisent ainsi: ‘“Je n'ose pas me confesser, parce que j'aurais trop à dire; et cela
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m'ennuie de voir ma femme se confesser, parce que cela me gêne. Et puis, je n'ai pas besoin de mon COuré pour savoir ce que j'ai à faire.” Une, deux, trois sottises,
Au fond, c'est à la confession, c’est au sacrement de Pénitence que s’en prennent les braves qui en auraient trop à dire. À les entendre, c'est la faute du Curé. Pourquoi confesse-t-il ?
Pourquoi nous poursuit-il partout, avec son confessional sur le dos ?
Et, en effet, ces gens-là ne peuvent pas voir un prêtre sans penser aussitôt à cette désagréable confession. Pour eux, le Curé qui passe, c’est le sacrement de Pénitence qui passe, et qui les regarde comme un créancier regarde son débiteur. C'est un vrai cauchemar.
Mais, mes braves, c’est précisément ce qui prouve le besoin urgent que vous avez de la confession ; et il n'y a
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que le prêtre qui puisse l'entendre, il doit l'entendre pour pouvoir vous réconcilier avec le bon Dieu. Confesser, ce n’est pas seulement son droit, c’est son devoir ; c’est son affaire. Vous confesser, c'est votre affaire, à vous parce que c’est votre devoir ; oui, votre devoir, :t pardessus le marché votre intérêt; à moins que vous ne préfériez aller en enfer.
À ce point de vue, “ vos affaires,” ce sont vos péchés; et si cela ne vous amuse pas que votre Curé “ mette son nos dans vos affaires,” c’est-à-dire entende l’aveu de vos péchés, cela ne l'amuse pas non plus, croyez-le bien.
Mais il le faut ; sans cela, vous êtes perdu.
C’est comme le médecin et le malade.
Quand un pauvre homme a un abcès ou un dépôt, ce n’est pas pour s’amuser qu’il a recours au médecin, .et ce
n’est pas davantage pour s'amuser que le médecin lui donne du bistouri, et lui travaille le corps, malgré ses cris.
Le prêtre est le médecin des âmes ; l’abcès, le dépôt, ce sont les péchés; l'opération, c’est la confession. Qui a jamais dit que ies médecins sont “ des gens dangereux,” parce qu’ils nous tâtent le pouls, nous questionnent, nous font montrer la langue,et ne craignent pas, pour nous guérir, de nous faire mal ?
Mais le prêtre ne ‘“ fourre pas son nez, comme vous dites si gracieusement, dans toutes vos affaires.” Il ne s'occupe que de ce qui le regarde directement ou du moins indirectement, c’est-à-dire des maladies de votre conscience, ou de ce qui pourrait ramener ces maladies. Ilne s'occupe pas du reste. AÀ .
quoi bon ?
Il confesse votre femme, si elle le veut, non certes pour ‘ s’insinuer dans votre famille,” ce dont il n’a nul besoin et nulle envie; mais uniquement pour lui rappeler ses devoirs, pour lui apprendre à vous demeurer fidèle, à .
être patiente et douce avec vous, à supporter vos défauts, à être une bonne mère de famille, bien dévouée, bien rangée, bien chrétienne. Voilà ce qu'il dit à votre femme quand elle vient se confesser ; voilà ce qu’elle rapporte du | confessionnal à la maison. Au lieu de vous plaindre de votre Curé, vous de.
vriez le remercier.
N'ai-je pas connu à Peris un banquier juif qui ne voulait avoir à son service que des domestiques catholiques, et bons catholiques ? Aux grandes fêtes, il leur rappelait, au he- | soin, la confession et la communion,