III. —— EXPÉRIMENTATION PERSONNELLE
Personnellement, nous avons essayé de voir si, par l’expérimentation, nous ne pourrions pas reproduire quelques aspects des disséminations bronchogènes. Le Professeur Agrégé M. LATARJIET et notre ami le Docteur TERNAMIAN nous ont apporté leur précieux concours dans cette tâche et nous ne saurions taire les remerciements que nous leur devons.
1° Technique.
Notre technique a été la suivante : prélèvement dun poumon aussi sain que possible, en prenant garde à ne pas blesser la plèvre. Injection d’air dans ce poumon par la trachée, à l’aide d’une soufflerie, genre soufflerie de thermocautère, pour vérifier les fuites pleurales possibles et éventuellement y parer. Ceci n’est pas toujours facile par suite de l'extrême fragilité de la plèvre post-mortem.
Repérage de la bronche apicale à laide d'un bronchoscope. Catéthérisme de la bronche avec une sonde urété-
Cages
rale n° 20 en matière plastiqué. Cette sonde, poursuivant son chemin dans la bronche apicale, perfore le dôme pleuralet est retirée à l’extérieur. On ne laisse en place dans la bronche apicale que l’extrémité caudale de la sonde.
Le poumon est à nouveau insufflé et on injecte par la sonde 2 à 3 cc. de lipiodol fluide, tout en donnant quelques coups de pompe. Des clichés sont tirés successivement de face, puis de profil.
A cause du peu de rigidité du,poumon, même après insufflation, il ne nous a pas été possible d’étudier les ensemencements croisés. Nous nous sommes donc borné à l'étude des ensemencements directs.
20 Résultats.
Diverses expérimentations nous ont donné les résultats suivants : | é
— dans une première expérience, nous avons injecté la bronche apicale d’un poumon droit, celui-ci reposant horizontalement par sa face ventrale sur le film radiographique. Le cliché tiré dans ces conditions montre que seul le lobe supérieur est imprégné de lipiodol. Cette imprégnation se localise dans le territoire de la bronche dorsale supérieure et dans celui des rameaux axillaires. Il ne pénètre absolument pas de lipiodol dans la bronche ventrale antérieure: Pourtant dans la position occupée par le poumon dans cette expérience, c’est cette bronche ventrale qui aurait due s’imprégner massivement si les seules lois de la pesanteur étaient en jeu.
— dans une seconde expérience, nous avons injecté la bronche apicale d’un poumon gauche, celui-ci reposant dans les mêmes conditions que précédemment. Les clichés ont montré également que le lipiodol n’imprègne que le lobe supérieur, alors que si l’on considère attentivement le cliché, on voit la bronche lobaire inférieure s'ouvrir seulement quelques centimètres plus bas que l’extrémité de la sonde. L’imprégnation de lipiodol se fait un peu dans les rameaux axilaires, mais surtout avec prédilection dans la
toibn fs.
NT. |; De
bronche de la lingula. Dans ce cas, les zones dorsale et ventrale supérieures sont entièrement respectées.
À l'opposé de ces expérimentations où le poumon reposait sur sa face ventrale lors de l'injection, nous avons in- Jecté des poumons reposant cette fois-ci, horizontalement sur leur face dorsale. Cette position représente en quelque sorte la position de l'individu en décubitus dorsal habituel.
— linjection dans la bronche apicale d’un poumon droit, nous a montré l’envahissement de la bronche dorsale supérieure, du rameau axillaire et de plusieurs bronches du lobe inférieur, surtout ventrales.
— l'injection de la bronche apicale d’un poumon gauche nous a montré l’envahissement de la bronche dorsale supérieure, de la lingula et de bronches ventrales du lobe inférieur.
3° Critique.
Cette expérimentation que nous avons entreprise ne va certes pas sans soulever certaines objections. Il est en effet difficile d’assimiler ces expériences cadavériques aux ensemencements bronchogènes tels qu’ils se passent chez le vivant. Le poumon est sorti de la cage thoracique et n’est plus soumis aux variations respiratoires ou aux efforts de toux. Ceux-ci créent chez le vivant des courants aériens qu’il n’est pas possible de reproduire. Ils chassent en outre les mucosités de l’arbre respiratoire. Ces mucosités et l’exsudation post-mortem encombrent, au contraire, plus ou moins le poumon cadavérique.
Le lipiodol fluide enfin que nous avons employé, ne peut être comparé que dé loin aux sécrétions bronchiques et cavitaires qui sont le véhicule des B.K. et la cause des ensemencements bronchogènes.
Nous avons eu l’occasion d’essayer de réduire une partie de ces critiques, en injectant du lipiodol dans une cavité apicale, chez un adulte vivant. Cette cavité, inactive et sans BK., siégeait au sommet du lobe supérieur gauche. L’injection de lipiodol fut faite derrière l’écran radiosco-