‹ Les entrepreneurs; comédie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 18 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

JOBIN, ROSALIE, JÀOUINARD, sous le nom de Di'PLATRàS. // a un chapeau à cornes, perruque à catogan, habit bleu clair, pantalon idem, gilet blanc très-long, une canne faisant toise, et un rouleau de papier à la main.

ROSALIE

Monsieur, voilà mon papa.

duplatraSj regardant Johin.

Je vois qu'on ne m'a pas trompé en me désignant monsieur Jobin ; une teinte de gaîté sur la figure et une perruque sur la tête.

JOBIN

Et vous, Monsieur, l'habit poudreux, la toise à la main , vous êtes ?

DUPLATRAS.

Pierre Duplatras, maître maçon, et je viens vous proposer une entreprise superbe, votre terrain est à moi. JOBIN.

Pas encore.

DUPLATRAS.

Emplacement admirable! une société d'entrepreneurs voulait y établir un bourg; moi, je fais mieux, j'y bâtis une ville.

JOBIN

En vérité !

DUPLATRAS.

Une jolie ville, à l'instar de toutes celles que l'on bâtit autour de Paris.

JOBIN

Diable! ma fille , une ville au milieu d'un village ! Mais ma maison de campagne ?

DUPLATRAS.

Je l'élève de deux étages , et cela vous fait un hôtel dans le bon genre; tenez, j'ai dressé mon plan. ( // déroule le papier qu'il a à la main, et le met sur une table de jardin , et ils le regardent tous les trois. )

JOBIN

Je ne ne m'y connais pas, mais cela me paraît bien fait; regardez donc, ma fille.

rosalie, d'un air dédaigneux.

C'est joli!...

duplatras, m diquant dit doigt.

Voilà un faubourg , quatre places publiques et six principaux édifices.

JOBIN

Qu'est-ce que c'est que ce point tout vert?

DUPLATRAS. C'est le marché aux légumes...

JOBIN

Et ce carré jaune?

DUPLATRAS.

La municipalité où l'on fait les mariages.

JOBIN

Et ce grand rond tout noir ?

DUPLATRAS.

C'est l'école de médecine.

JOBIN

Et cette place-là?

DUPLATRAS.

Quelle place?

JOBIN

La place où je suis?

DUPLATRAS»

La place où vous êtes?... c'est la place aux veaux.

JOBIN

Ah ! ma foi, Monsieur, je vous en fais mon compliment bien sincère.

Air : Des Scythes.

Ce plan déjà mérite qu'on le loue.

DTJFLA.TRA.S.

Si l'on voulait me le faire changer, Avec regret, ici, je vous l'avoue , J'en pourrais bien enrichir l'étranger. (6**.)

JOBIS.

Un bon Français ne garde pas rancune ; A son pays il doit montrer son goût.

DVPlATRAS.

Moi , je ne veux que faire ma fortune ; « Je suis Français , mon pays avant tout. »■ (Us)

ROSALIE

G'esl d'un bon français.

DUPLATRAS.

Mais je ne vous ai pas tout dit (montrapison plan. ) .

voilà ici la grande rue qui traverse la ville; je veux qu'elle porte voire nom.

R.OSALIE.

Il ne manquerait plusque cela!

jobin, modestement.

Comment! elle s'appelerait rue Jobin ?... Ah! c'est trop fort!...

DUPL YTRAS.

C'est pourtant l'usage. Monsieur n'est - il pas propriétaire du terrain?

jobin, avec joie.

C'est vrai , au fait.

ROSALIE

Ne vous donnez pas ce ridicule , mon père.

DUPLATRAS. Ridicule, Mademoiselle!

Air : De la Lithographie.

D'une épithèle incivile Pourquoi frapper lestement L'homme qui, dans une ville, Ajoute à son agrément ?

Autrefois point de trottoirs; Mais des passages bien noirs , Où l'on pouvait recevoir.

L'eau, du malin jusqu'au soir.

Aujourd'hui sous rent arcades, Qu'éclairent de» feux brillans , Vous avez des promenades Sans craindre le mauvais temps.

Les noms étaieul autrefois :

Hue aux Ours et QuincampoLv , Bar-du-Bce et Transnonain , TA Mouton et Pïat-d'Étain ; Bertin-Poirèe , Aud vielle , C 'ourtau- Vilain , Bcaurcgara , Jean-Tison, Feminc-sans-Tcic , Pont-aux-Choux et Picrrc-au-Latd.

Ici vous conviendrez bien , Que ces noms ne disent rien :

On ne les regarde pas Sans sourire à chaque pas.

11 est plus juste de faire I'oitei aux lieux embellis Le nom du propriétaire Qui l'ait du bien dans Paris.

Vous serez un des notables de ma ville Si vous voulez, nous dînerons ensemble chez vous ou chez moi, et nous signerons au dessert , entre la poire et le fromage de Crie.

JOBIN

Si vous voulez dîner chez moi, j'aime mieux ta.

1>L PLATRAS. Et moi aussi, sans f.içon.

Air : Le bal, le bal. (De Guillaume, Gautici et Garguille.) C'est en dînant Que tout s'arrange ; Là , rien ne paraît étrange, El l'oji devient entreprenant Lorsque 1 on traite en dînant.

Ces! la qu'on est indépendant.

Qu'il survienne , l'iaisir ou peine , Un philosophe transcendant IV e perd jamais un coup de dent.

Or, en homme raisonnable , Je conclus de tout cela Qu'il faut toujours être à table, El je ne sors pas de là.

Ensemble.

C'est en dînant, etc.

( Du plairas sort in prenant la main de Joùin.)

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