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CHAPITRE IV

L'approfondissement graduel des labours : ses conséquences culturales. — La charrue ; principe sur lequel elle repose. — Surface labourée par journée de travail. — Relation entre le nombre des charrues et l'étendue des exploitations. — Labours de défoncement ; méthodes diverses employées pour les effectuer ; saison préférable pour leur exécution. — Défoncements aux cabestans. — Labourage à vapeur et à l'électricité. — Les instruments d'ameublissement du sol : Les herses, les scarificateurs, les rouleaux, les houes à cheval. — Valeur du matériel aratoire. — Les instruments de transport : Poids des marchandises à transporter, charrettes et chariots, chemins de fer portatifs.

Ce n'est pas assez que de jeter un coup dœil d'ensemble but les machines agricoles pour apprécier leur rôle et juger de leur utilité -, il faut les regarder de plus près. Sans s'arrêter à chacune d'elles, on peut les examiner avec profit par groupes principaux. Elles se répartissent assez naturellement d'ailleurs en un certain nombre de classes qui correspondent à des ordres d'opérations différentes.

L'exploitation du sol comporte, avant tout, son ameublis- 8ement. C'est la terre qui fournit aux plantes le point d'appui qui leur est nécessaire, c'est dans sa masse que leurs racines vont puiser les matériaux qui assurent leur nutrition. Sa

préparation est donc l'objet des premiers soins du cultivateur.

La couche de terre qui est désagrégée est la seule que la culture met à profit. Elle ne saurait, par conséquent, avoir trop de profondeur. C'est une espèce de magasin qui sert de logement pour les substances fertilisantes et de réservoir pour les eaux pluviales. Ses dimensions règlent ses approvisionnements, et c'est de leur importance que dépend, en grande partie, l'abondance de la production. L'approfondissement de la couche arable est donc une condition essentielle des améliorations agricoles. C'est par les travaux qui permettent d'y arriver qu'elles débutent et qu'elles se poursuivent. Le perfectionnement de la culture est ainsi intimement lié à celui des labours, dont il n'est que la conséquence.

Il ne faudrait pas croire cependant qu'il suffise d'attaquer énergiquement le sol à l'aide d'instruments puissants pour transformer immédiatement la situation d'un pays. Les changements des procédés d'exploitation ne s'improvisent pas. Sauf de rares exceptions, dont on aurait tort évidemment de ne pas chercher à profiter, ils n'exigent pas seulement des avances plus ou moins considérables, mais ils demandent encore beaucoup de temps. Tout se tient dans une organisation rationnelle, on ne touche pas à un détail sans être obligé d'en modifier d'autres. Si l'on veut augmenter l'intensité de la culture, en forçant le sol à donner de plus riches récoltes, il faut compter sur un accroissement de matériel, d'engrais, de bétail et de main-d'œuvre. L'accumulation des épargnes marche bien rarement avec une assez grande rapidité pour permettre d'aborder, sans danger, de coûteuses innovations. A chaque jour suffit une tâche modeste ; c'est s'exposer que de dépasser ses moyens. Disposerait-on de capitaux à discrétion, pourrait-on les puiser à

des sources étrangères à l'agriculture, proviendraient-ils des bénéfices réalisés dans l'industrie, qu'il serait nécessaire encore de marcher avec prudence. Le sol inerte, celui qui n'a pas subi l'influence des agents atmosphériques, n'est généralement pas favorable à la végétation. Son mélange aux surfaces supérieures est parfois très nuisible. Avant de le mettre à contribution, il est indispensable de lui communiquer les qualités qui lui manquent. Son incorporation à la couche arable ne doit s'opérer que graduellement, de manière à ne rien compromettre.

Dans les pays arriérés, pauvres et déshérités, on recule devant les difficultés que soulèvent les façons énergiques, et l'on se contente de cultures très superficielles. Le labour consiste simplement, dans ces conditions, à rompre la surface des champs auxquels on veut confier des semences. Il n'a d'autre effet que de diviser la terre sur place, de briser sa croûte, et les instruments les plus élémentaires suffisent à cette tâche. Avec de semblables méthodes de culture, les frais de production restent très faibles, mais les rendements n'atteignent jamais qu'à de très basses moyennes. C'est le Bystème des Arabes en Algérie, c'est celui de toutes les populations primitives.

On arrive à des résultats modestes encore, mais plus satisfaisants cependant, en retournant le terrain à une profondeur de 10 à 15 centim., comme on le fait dans nos départements du Centre, où la jachère nue occupe une large place. Aux instruments rudimentaires qui ne comportent qu'un soc en forme de pointe comme pièce travaillante, se substituent alors de véritables charrues. La disposition du sol enbillons, ouen planches plus ou moins bombées, le garantit contre les inconvénients des eaux pluviales.

Les agriculteurs qui demandent à la terre tout ce qu'elle peut donner multiplient les labours dans tous les sens; ils

les complètent en outre par d'énergiques défoncements qui reviennent, tous les trois ou quatre ans, remuer le sol jusqu'à une profondeur de trente à quarante centimètres. Sous une couche superficielle parfaitement ameublie, ils créent ainsi une couche immédiatement inférieure, accessible aux racines des plantes, aux engrais, à l'eau et aux agents atmosphériques. C'est autant de terrain conquis à la production.

L'épaisseur du sol actif supplée à sa limitation. C'est, en effet, du volume de terre mis en œuvre autant que de son étendue que dépend l'importance des récoltes. L'approfondissement des couches arables conduit donc au môme résultat que la réduction des jachères; elle se traduit par l'utilisation de terrains négligés et délaissés.

La charrue remplit dans la grande culture le môme rôle que les instruments à main dans la culture maraîchère et l'horticulture. Son travail est moins complet et moins parfait peutêtre, mais il est beaucoup plus expéditif. C'est à peine si un bon ouvrier peut remuer à la bêche, dans sa journée, deux ares d'un terrain de consistance moyenne ; il en laboure facilement trente-cinq à quarante, dans le même temps, avec une charrue attelée de deux chevaux. Il y a des machines qui réalisent des économies de forces humaines aussi considérables ; il y en a qui assurent des avantages plus importants encore, mais ce ne sont pas les plus nombreuses. Sous ce rapport du moins, nous pouvons le remarquer en passant, l'agriculture n'est pas si mal partagée, par rapport à l'industrie, que le croient beaucoup de personnes.

La bêche sert à retourner des mottes de terre et à les briser. La charrue ne fait que la première partie de ce travail. Elle procède d'un tout autre principe, comme du reste la plupart des machines qui remplacent des outils ordinaires. L'homme n'exerce guère ses forces que par des mouvements

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répétés et distincts les uns des autres ; on cherche, en mécanique, à obtenir des mouvements uniformes. A diverses reprises, on a émis l'idée de machines piocheuses. On y a toujours renoncé. La charrue rompt la cohésion du sol en détachant des bandes de terre qui sont renversées les unes sur les autres par leur inflexion en spirale sous la pression du versoir, après qu'elles ont été découpées horizontalement parle soc et verticalement par le coutre.

On a hésité, pendant un certain temps, sur la forme rationnelle à donner au versoir. Jefferson, le célèbre président des Etats-Unis, avait, nous apprend le comte de Gasparin, recommandé le versoir paraboloïde ; à son tracé on a préféré celui du versoir hélicoïde, qui est maintenant généralement accepté. C'est de la solution qui a été apportée au problème soulevé à cette occasion que date la charrue moderne, dont la vulgarisation est due à Mathieu de Dombasle. De* puis son époque, on a apporté bien des modifications secondaires à l'instrument qu'il a été le premier à construire sur des données rationnelles; on a imaginé des régulateurs, des socs et des avant-trains de modèles différents ; on s'est tenu, Pour la pièce essentielle, aux indications antérieures «

Le travail de la charrue résulte de la largeur de la bande de terre qu'elle retourne et du chemin qu'elle parcourt. Dans les labours ordinaires, on détache ordinairement du sol durci «ne bande de 0m,20, rarement plus, quelquefois moins. La vitesse des attelages varie dans d'assez grandes limites, suivant l'espèce et la nature des animaux employés, la résistance ^'éprouve l'instrument, et la durée du travail journalier. Cette vitesse est comprise cependant entre certaines limites assez étroites. On estime communément à lm,20 par seconde te parcours qu'on peut obtenir d'un cheval au pas avec une charge proportionnée à sa force, ce qui correspond à un peu plus de 4 kilo m. à l'heure; mais cette vitesse, qui peut

évidemment être atteinte, semble forte. L'industrie du roulage se contente de 3,500 met. environ, et quelquefois même d'un peu moins. Dans les travaux des champs, où Ton perd beaucoup de temps eu tournées, on ne va pas au delà de 2 kilom. de trajet utile à l'heure, c'est-à-dire de 20 kilora. par journée complète de dix heures. On reste d'ailleurs plus souvent au-dessous de ce chiffre qu'on ne le dépasse. En admettant ces bases, dont on peut se servir pour estimer le travail qu'on peut espérer de la plupart des instruments agricoles, on peut évaluer à 2,000x0,20, ou 40 ares, l'étendue de terrain que peut labourer en une journée complète de dix heures une charrue attelée de deux chevaux. L'allure des bœufs est moins relevée; elle est inférieure d'un quart environ.

Le nombre de charrues ordinaires qu'occupe une entreprise agricole dépend de l'activité des labours et de leur fréquence, on comprend qu'il varie d'une exploitation à l'autre. Chaque région a cependant des habitudes desquelles on ne s'écarte guère. Dans presque toutes, domine un système de culture qui est accepté, à quelques variantes près, de la généralité des fermiers. Le retour à intervalles plus ou moins rapprochés de la jachère en est l'élément caractéristique. Sur certains points de notre territoire, on laisse la terre en repos un an sur deux, sur d'autres un an sur trois seulement ; dans les milieux plus riches, avec l'association des céréales et des plantes sarclées, les récoltes se succèdent d'année en année sans aucune interruption.

Suivant le régime cultural qui est suivi, on compte, pour un domaine de cent hectares, sur trois, quatre ou cinq charrues, quelquefois môme sur six. Chacune correspond donc à une surface qui de 33 hectares peut s'abaisser à 17, mais qui est à peu près constante pour une situation donnée.Le rapport du nombre des charrues à l'étendue des exploitations est si

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bien connu dans la plupart des cas qu'on se base souvent sur ses termes pour jugerde leur importance relative. Il n'est pas toujours facile d'avoir des indications précises sur la superficie d'an domaine ; on retient difficilement les chiffres qui la représentent. La composition de son matériel reste mieux gravée dans la mémoire ; elle supplée à des renseignements phts précis en arrêtant les idées. C'est ainsi que les cultivateBrs distinguent, dans leurs environs, entre les fermes à trois charrues et les fermes à quatre ; elles répondent les unes et les autres à des productions proportionnelles aux moyens d'action dont elles disposent. Il est évident d'ailleurs que ce raisonnement ne s'applique qu'aux pays de labour, c'est-à-dire à ceux qui font une large place aux céréales, et non aux régions à herbages. Dans les grands vignobles du Midi, on compte sur une charrue traînée par une seule bête pour huit ou dix hectares de vignes.

Les labours de défoncement ne sont d'un usage régulier que dans les pays de culture intensive. Leur exécution ne s'effectue pas toujours par des procédés analogues, elle exige des instruments spéciaux. Tantôt les cultivateurs se bornent à désagréger sur place, sans la mélanger avec le terrain superficiel, la couche à ameublir ; ils se servent alors de fouilleuses à dents ou crocs d'acier qui suivent les charrues ordinaires en remuant le sol derrière elles. Tantôt ils attaquent, en une seule fois, avec de fortes charrues à avanttrain ou des Brabant doubles, le terrain à mettre en œuvre et mélangent intimement ses diverses parties. Tantôt, enfin ils bouleversent complètement leurs champs en remontant à l'air les couches inférieures et en enfouissant les supérieures. Des charrues ordinaires sont suivies, dans ce cas, de charrues dont le versoir est précédé d'un plan incliné pour remonter les terres avant qu'elles soient déversées au-dessus des autres. De ces trois systèmes de défoncement, le premier

convient aux pays qui ont à éviter le mélange de terres plus ou moins inertes aux parties superficielles; les deux autres sont préférés lorsque des dangers semblables ne sont pas à craindre, et partout où les masses profondes du terrain ont été améliorées par une longue succession de riches cultures.

Quelle que soit, du reste, la méthode choisie, le défoncement est un travail de force qui emploie plusieurs attelages et qui ne s'avance qu'avec une certaine lenteur. Les tournées sont difficiles, elles entraînent des pertes de temps ; des obstacles imprévus retardent la marche des appareils. Aussi, pendant qu'on arrive à labourer dans une journée de dix heures 40 ares environ avec un attelage, on ne défonce, avec des instruments traînés par deux, trois ou quatre paires d'animaux, qu'une étendue de terrain moindre d'un quart ou d'un tiers, et parfois même de moitié. Quand on attaque pour la première fois des terrains neufs, on met souvent six à sept journées pour un hectare. La petite culture, qui aborde résolument des travaux de ce genre à la bêche et à la pioche, surtout en vue de la création de vignobles, y consacre plusieurs centaines de journées. Dans le Nord, c'est l'hiver qui est la saison des défoncements ; ils occupent le bétail de trait à un moment où les terres sont libres et où d'autres travaux ne le retiennent pas; les gels et dégels qui agissent sur le sol complètent sa désagrégation. Le Midi choisit de préférence l'été pour ses labours profonds ; l'action du soleil y remplace celle du froid ; elle mûrit les terres, pour employer une expression consacrée par l'usage; elle favorise leur nitrification aux dépens de l'atmosphère, et détermine un ensemble de réactions physiques et chimiques dont on s'accorde pour reconnaître les heureuses conséquences.

Les charrues défonceuses exigent six, huit ou dix animaux, si môme ce n'est, plus. Elles ne se prêtent guère aux exigences de la potite culture, dont les domaines ne disposent

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ordinairement que d'une ou deux bêtes de trait de moyenne force. Longtemps sa situation a été très difficile en ce qui concerne les labours profonda. D'ingénieuses innovations lui ont permis, depuis quelques années, d'obtenir des résultats très satisfaisants. Leur réalisation est due aux efforts qu'a provoqués la reconstitution des vignobles du Midi. Si ce n'avaient été les nécessités de plantations rapides, elle se serait peut-être fait attendre longtemps encore. Sollicitée par un problème bien déterminé, l'attention des inventeurs a été portée vers les moyens d'arriver à sa solution, et leurs recherches ont été couronnées de succès.

On sait que la quantité d'un travail mécanique dépend de la force mise en œuvre et de la vitesse communiquée aux masses sur lesquelles cette force agit. Si cette quantité est déterminée, on peut la produire, théoriquement au moins, à son choix, en associant de puissantes forces à de grandes vitesses, de manière à gagner du temps, ou en se contentant de forces et de vitesses modérées avec des délais plus longs. On n'exprime pas d'autre idée quand on dit que ce que l'on gagne en force on le perd en vitesse. En principe, un cheval fait autant de travail en dix jours que dix chevaux en un jour, mais il n'est pas toujours possible de diviser l'effort pour le mettre à la portée des petites forces. Dans le cas des défoucements, en particulier, il semblait fort difficile de réduire sensiblement le tirage nécessaire pour déplacer les charrues employées. On y est parvenu cependant par l'emploi des cabestans Au lieu d'atteler directement l'animal à l'instrument à mouvoir, on l'attelle aux bras d'un manège actionnant un treuil qui permet de réduire indéfiniment les résistances. Pendant que le cheval marche à son allure ordinaire, l'instrument travaillant s'avance avec une vitesse six, huit ou dix fois moins grande. Il accomplit le même travail que les instruments ordinaires, mais moins vite.

L'idée de l'usage du treuil pour le labourage n'est pas nouvelle, mais le perfectionnement des détails en a seul fait un appareil pratique. M. de Beauquesne, ancien élève de l'École polytechnique, semble devoir en conserver le mérite. Ses essais de 1887 ont été couronnés d'un plein succès. D'autres constructeurs l'ont suivi dans la voie qu'il a tracée, et les propriétaires ont maintenant à leur disposition différents modèles également recommandables.

Imaginées pour l'utilisation des petites forces, les charrues à cabestans ont été adaptées aux plus puissantes. Après avoir débuté par utiliser un cheval ou une paire de boeufs comme moteur, on a imaginé d'employer la vapeur, si bien que ces instruments sont devenus, sur certains points, l'occasion d'un véritable matériel de labourage à vapeur à portée des moyennes exploitations.

Le labourage à vapeur est une innovation de date récente. Son application soulevait un problème compliqué, et ce n'est pas sans peine qu'on est arrivé à sa solution . Les moteurs à. vapeur ont des propriétés précieuses, mais ils ne satisfont pas à tous les besoins. On peut les déplacer, ils ne se déplacent pas d'eux-mêmes, du moins dans les conditions ordinaires. Ce sont de précieux générateurs de force, ce ne sont que de médiocres instruments de transport. Si les locomotives traînent d'énormes charges sur les voies ferrées avec des vitesses prodigieuses, les machines routières, qui circu lent sur des routes bien entretenues, présentent déjà beaucoup moins d'avantages. Les trajets à travers champs opposent aux appareils d'un poids énorme des obstacles presque insurmontables. Aussi, ne pouvait-on penser à atteler directement aux charrues une machine destinée à les tirer. Il fallait trouver un moyen de concilier, dans une certaine mesure, la stabilité du moteur qu'on se proposait d'employer avec la continuité du mouvement de progression de l'instru-

■ent de travail. Plusieurs systèmes ont été imaginés pour ■river à ce résultat. Deux semblent avoir définitivement ■révalu. Le premier ne comporte qu'une seule machine à ■bpeur. Une fois installée sur le champ à labourer, cette ■achine reste à la place qui lui a été assignée jusqu'au montent où son travail est achevé. La charrue est actionnée m l'aide de câbles qui s'enroulent et se déroulent alternativement, en courant sur des poulies de renvoi portées par des ancres automobiles fixées à chacune des extrémités des pièces à labourer. Son inventeur est M. Howard, le célèbre constructeur de Bedfort. M. Fowler, s 'inspirant d'une idée différente, emploie deux machines routières. Elles se déplacent parallèlement en se tenant constamment face à fyce, et elles tirent successivement à elles, à l'aide d'un câble qui s'enroule sur un treuil, une charrue qui court ainsi de Tune à Vautre. C'est cette dernière combinaison qui est maintenant préférée dans la pratique.

L'introduction du labourage à vapeur en France remonte au grand concours qui a eu lieu à Petit-Bourg, non loiude Paris, les 19 et 20 septembre 1867, à la suite d'une souscription provoquée par le Journal d'Agriculture pratique. La Société des agriculteurs de France est précisément sortie de la réunion à laquelle il a donné lieu, et sa fondation en rappelle l'époque. C'est de ce moment seulement qu'une opinion a pu se faire sur son utilité. Ses progrès n'ont pas été ce qu'on espérait. Aujourd'hui encore les exploitations qui usent régulièrement des appareils de labourage à vapeur ne sont que de rares exceptions. C'est à peine si Ton en signale cinq ou six, et encore parmi elles se trouvent des domaines qui ne sont que des annexes de vastes ateliers de construction, comme celui de M.Decauville, qui a précisément fourni les champs d'expériences de 1867. Le labourage à vapeur a été mieux accepté cependant dans quelques pays

étrangers, en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis notamment. C'est une installation qui convient spécialement à la très grande culture, que nous ne connaissons presque pas en France; on ne peut encore prévoir l'époque à laquelle ses perfectionnements permettront son adoption à la culture simplement grande.

Si le labourage à vapeur n'est pas entré dans les usages courants de l'agriculture, il a cependant rendu des services importants dans certaines situations spéciales et purement passagères. On a eu recours avec succès à son intervention, depuis 1884, pour activer les défoncements des terrains destinés à être replantés en vignes à la suite de l'invasion phylloxérique. Des entrepreneurs se sont établis dans les départements de l'Hérault, de l'Aude et des Bouches-du-Rbône, pour se mettre à la disposition des propriétaires, et quelquesuns ont été débordés par les demandes qui leur ont été adressées. Leurs appareils, dont la direction est confiée à d'babiles ouvriers, ont étonné les intéressés par la perfection de leur travail. Dans les sols de plaine de consistance moyenne, ils atteignent facilement à une profondeur de 0m,50; ils arrivent à 0m,60 dans ceux qui sont plus légers. L'opération à forfait, qui est possible pour des parcelles de trois ou quatre hectares seulement mais bien situées, revient de 250 à 300 fr. environ par hectare ; et ce prix ne paraît nullement excessif aux propriétaires qui pourraient disposer de bêtes de trait en nombre suffisant pour leurs travaux. Le défoncement à la vapeur est plus expéditif et meilleur que celui qu'on pourrait exécuter par d'autres moyens, mais on comprend qu'il ne doit avoir qu'un temps. La matière première ne tardera pas à manquer aux entreprises actuelles, qui seront obligées de se transporter dans de nouveaux milieux. Dans la Gironde, le défrichement de 600 hectares de landes à Cazan , près d'Arcachon, en vue de leur transfor-

lalion en vignes, a décidé aussi la Société qui a abordé cette opération à se servir d'un appareil double de 14 chevaux. Lvant, du reste, de prendre en France l'extension qu'il y a juise, le labourage à vapeur s'était développé dans d'imortantes proportions en Algérie, sous l'influence des mômes

|causes. Il semble môme qu'il y ait un plus long avenir parce

jue les plantations de vignes se poursuivront longtemps

encore, à moins d'événements difficiles à prévoir, et que la

propriété est constituée par de plus fortes unités territoriales.

Si le labourage à vapeur n'est pas commun, il est très

fconnu. On parle maintenant ou plutôt on a parlé, il y a quelques années, du labourage à l'électricité. De premiers essais ont été faits en 1879 à Sermaize, dans le département de la Marne, par deux ingénieurs, MM. Chrétien et Félix, qui ont imaginé de se servir d'une force qui était à peine connue. On sait que les machines Gramme, ou d'autres analogues, peuvent transformer le mouvement en électricité lorsqu'elles sont actionnées par un moteur quelconque, et transformer l'électricité en mouvement lorsqu'elles sont en communication avec une source d'électricité également quelconque. On peut donc avec deux machines de ce type créer une source d'électricité en un point donné, au moyen de forces mécaniques, transporter cette électricité en un point quelconque, distaut de 1,000, 2,000 met. et plus, et sur ce dernier point reconstituer la force première. C'est cette donnée rationnelle du transport facile de la force motrice à grande distance quia servi de base aux expériences de Sermaize. Elles sont d'autant plus intéressantes à constater qu'elles comptent parmi les premières applications citées du principe sur lequel elles reposent. On reproche assez souvent à l'agriculture son esprit de routine, pour qu'il ne soit pas inutile de relever les faits qui prouvent qu'elle ne dédaigne pas les nouveautés qui peuvent faciliter sa tâche.

En retournant la terre, la charrue ne la désagrège pas. Les masses qu'elle renverse, les unes sur les autres, sont plus ou moins brisées pendant leur déplacement. Suivant la longueur et la forme du versoir, suivant le degré de ténacité du sol, l'effet obtenu est très différent; mais jamais il ne se traduit par un ameublissement complet de la surface. Quand le laboureur à la boue a détaché du soi durci uae motte de terrain, il la pulvérise avec quelques coups de son instrument. Cette dernière partie de sou travail est celle qui incombe à la herse en grande culture. Les dents qui constituent ses pièces travaillantes émiettent les blocs de terre que la charrue a laissés après elle.

Les perfectionnements essentiels de la herse datent de 1820 à 1830 ; ils rappellent le nom de Valcourt comme ceux de la charrue rappellent celui de Mathieu de Dombasle. Ces deux agronomes s'occupaient, à la même époque et dans la même région, de Ja construction des instruments agricoles. Ils échangeaient fréquemment leurs idées et se tenaient au courant de leurs découvertes réciproques. Avant Valcourt, les herses se composaient ordinairement d'un bâtis de bois en forme de rectangle très allongé qui portait deux rangs parallèles plus ou moins espacés de dents de fer. Elles manquaient de stabilité et exigeaient une force de tirage mal utilisée. Leur amélioration a résulté de l'augmentation du nombre des lignes de dents et de la mobilité donnée aux diverses parties de Pappareil. Dans les herses de Valcourt, les dents ne heurtent pas toutes au même instant Pobstacle à surmonter; elles se répartissent les efforts qui leur sont imposés, et, comme l'instrument se divise en deux parties indépendantes, il suit assez exactement les dénivellements des terrains sur lesquels il fonctionne. C'est la herse rhomboïdale, celle qui est encore la plus répandue chez nous.

Depuis Valcourt, la herse a été l'objet de modifications ultérieures. On a construit des types spéciaux pour les façons légères et d'autres pour les façons plus énergiques. Le fer a remplacé le bois dans la construction des bâtis ; on a donné à l'ensemble plus de mobilité encore, etc. Des types nouveaux dont la pratique a fait son profit, le plus connu est celui de la berse en zigzag de Howard, que beaucoup de nos constructeurs fabriquent actuellement.

En voulant adopter la herse à des travaux de plus en plus énergiques, on est arrivé à en faire un instrument de quasi-labour. Il suffisait, pour y arriver, d'employerdes dents plus fortes; on a été amené peu à p3u à recourber leur extrémité en forme de soc pointu à ailes plus ou moins élargies. Il a fallu, pour leur donner une assiette solide, renoncer à la souplesse de l'ensemble, on est revenu aux bâtis fixes. De là, sont sortis, dès la première moitié de ce siècle, les scarificateurs, les extirpateurs et les cultivateurs, dont le nombre et la variété n'ont cessé d'augmenter depuis 1850. Les cultivateurs sont les plus puissants de ces instruments, ils sont particulièrement appréciés dans les exploitations qui ont adopté la culture à vapeur. Sous leur action, le sol est parfaitement ameubli en une seule opération. Aussi tendent-ils à remplacer la charrue pour la préparation des terres, mais ils ne peuvent s'y substituer pour l'enfouissement des fumures.

Les dents de fer ne pénètrent pas toujours sans difficulté dans les mottes de terre fortement durcies. On les attaque alors avec de lourds rouleaux à pointes qui les écrasent sous leur poids. Comme pour les berses, on a cherché à donner aux rouleaux une mobilité de leurs différentes parties aussi grande que possible. Le modèle dit Croskill est le plus estimé; fl se compose de disques indépendants portés sur un axe commun. On s'est avisé, depuis une dizaine d'années, de le compléter par un avant-train qui lui transmet la force

de traction, comme dans le système de MM. Demarly et Fouquart.

Les instruments destinés à assurer l'entretien du sol pendant le cours de la végétation des plantes cultivées se rapprochent des précédents. Ce sont les sarcleuses ou les bineuses, les buttoirs et autres analogues. Il y a longtemps qu'ils existent, mais leur vulgarisation, que semblait devoir encourager leur simplicité, n'a pas cependant marché bien vite. Les sarclages sont des opérations minutieuses, dont les cultivateurs n'apprécient bien l'utilité que lorsqu'ils visent à un degré déjà élevé de production. Pour beaucoup, les plantes à sarcler ne sont pas précisément des plantes de grande culture, et la surface qu'on leur accorde reste très limitée. L'emploi des instruments attelés à l'entretien des récoltes suppose d'ailleurs des semis en lignes, et ces semis sont lents et coûteux. Si, dans nos pays pauvres, on hésite à semer en lignes les plantes racines et celles qui doivent attendre un grand développement comme le maïs, on recule à plus forte raison devant l'adoption de ce mode d'ensemencement pour les céréales. Aussi les houes multiples d'importation anglaise, comme les houes Smith, Garrett, etc., qui sont le complément des semoirs, mécaniques, ne se retrouvent-elles que dans les exploitations les mieux tenues.

Des instruments destinés à agir sur le sol, les charrues sont les plus indispensables ; on les retrouve dans toutes les situations. Les herses ordinaires ne sont guère moins utiles ; on en compte presque partout un nombre égal. Les autres appareils que nous venons de passer en revue n'ont pas le même caractère de nécessité. On peut s'en passer, à la rigueur. Ce sont, dans une certaine mesure, des engios de luxe. Souvent ils manquent complètement. On n'en apprécie bien les services que lorsque la terre commence à manquer, et les épargnes à s'accumuler dans une assez forte proportion. Sans

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eux, la production agricole reste limitée à des quantités très faibles ; sans eux, on ne trouve plus d'emploi pour les capitaux économisés. Leur intervention permet seule d'aborder une culture de plus en plus intensive, elle s'impose à un moment donné.

Les charrues, les herses et les autres machines destinées à l'ameublissement et à l'entretien des terrains sont les instruments qui jouent le rôle le plus considérable de tous dans l'exploitation du sol ; ce ne sont cependant pas ceux dont l'acquisition entraîne les dépenses les plus considérables. On trouve des charrues de tout prix. Mais les plus communes, qui ne sont pas les moins bonnes, celles du type Dombasle sans avant-train, à âge en bois, ne valent guère qu'une quarantaine de francs la pièce; on paye à peu près autant les herses. C'est pour l'unité culturale correspondant à la surface que permet d'entretenir une charrue, soit vingt à trente hectares, une source de dépenses de 80 fr., ce qui correspond à 4 fr. ou 2 fr. 70 seulement par hectare, selon la richesse des milieux. Les pays à culture extensive, ceux dans lesquels la jachère nue conserve encore une très large place, n'ont, en instruments aratoires, que le strict nécessaire. Dans ceux qui occupent un matériel aratoire complet, composé d'instruments de fer et d'acier, de modèles très variés, les frais d'acquisition s'élèvent, à superficie égale, six ou sept fois plus haut; mais ils dépassent rarement dans leur ensemble 20 à 25 fr. par hectare. On pourrait, du reste, en établir Je compte avec assez de précision, et l'on s'assurerait que ces chiffres laissent une marge suffisante pour une installation très complète.

Après les labours, les charrois sont les principales opérations de l'agriculture, celles qui donnent le plus de travail aux attelages. Leur importance se mesure à celle des denrées à transporter et des distances à parcourir. Elle varie

naturellement avec la nature des cultures et l'élévation de leur production. De la ferme aux champs, on a à conduire des masses d'engrais qui, de 2,000 à 3,000 kilogr. à peine par hectare et par an, dans les situations où Ton n'emploie que de faibles fumures, peuvent atteindre 6,000 kilogr.,. '8,000 kilogr., 10,000 kilogr. et quelquefois môme 15,000 kilogr., dans les exploitations qui visent aux rendements maxima. Le poids des récoltes à ramener des champs à la ferme dépasse presque toujours celui des engrais employés. Les bonnes betteraves fourragères donnent de 50,000 à 60,000 kilogr. de racines à l'hectare ; les betteraves à sucre, 25,000 à 35,000 kilogr.; les trèfles et les luzernes récoltées en vert, 20,000 à ?0,000 kilogr.; les fourrages secs à deux coupes, 5,000 è 7,000 kilogr. de foin; le blé, 1,500 à 2,000 kilogr. de grain et 3,000 à 4,000 kilogr. de paille: la vigne, 2,000 à 4,000 kilogr. de raisin, sur les coteaux de la Bourgogne; 10,000 à 20,000 dans les riches plaines de l'Hérault. Certaines récoltes se consomment, pour ainsi dire, sur place ; d'autres s'écoulent sur les marchés voisins pour se distribuer ensuite aux environs, ou s'exporter au loin. La longueur des trajets à effectuer est très variable. Si généralement ils ne dépassent pas des limites assez étroites, ils comportent parfois des parcours, sur les routes, de vingt à trente kilomètres, et plus. Les marchandises à transporter sont d'espèces très différentes ; elles sont cependant, pour la plupart, encombrantes et représentent généralement un volume considérable par rapport à leur poids et à leur valeur. Quelles que soient, du reste, les conditions dans lesquelles ils se présentent, les charrois sont presque toujours pressés et ne supportent pas de retards. Si à certains moments toutes les forces disponibles d'une exploitation sont consacrées aux labours, elles le sont, à d'autres, aux transports. La résistance que doit vaincre la charrue dépend des

terrains sur lesquels elle fonctionne, elle est indivisible. Sans doute, on peut, à la rigueur, retourner des bandes de terre plus ou moins fortes ; mais il y a, en général, entre la profondeur du labour et sa largeur, des proportions qu'il ne convient pas de modifier et qu'on ne modifie pas. Les poids à transporter sont, au contraire, essentiellement divisibles ; on peut régler les chargements à son entière volonté, sans que leur diminution ou leur augmentation se traduise par des inconvénients sensibles. Aussi, dans un but de simplification, on emploie d'ordinaire aux véhicules le même nombre d'animaux qu'à la charrue. Suivant qu'on laboure avec deux ou trois chevaux, ou bien avec une ou deux paires de bœufs, on attelle aux instruments de transport deux ou trois chevaux, ou deux ou trois paires de bœufs. Dans les pays à betteraves, comme dans le département de l'Aisne, où les attelages sont de cinq chevaux, sur lesquels deux se reposent à tour de rôle, on met cinq chevaux aux traits. Ce n'est pas la force de l'attelage qui se proportionne aux poids à transporter, ce sont ces poids qui se proportionnent à la force des attelages. Sur de bonnes routes, on peut compter sur une charge utile de 1 ,000 à 1 ,200 kilogr. par cheval chargé, d'autant plus faible cependant que l'attelage compte plus d'animaux. Dans les mauvais chemins et dans les terres labourées, le poids traîné ne dépasse guère 600 à 800 kilogr. par tête.

Les véhicules de l'agriculture se divisent en deux grandes classes : les charrettes et les chariots. Les premiers ont deux roues ; les seconds, quatre. Par une bizarrerie de notre orthographe qu'on ne s'explique pas, les deux expressions, qui servent à désigner des appareils destinés aux mêmes usages, et qui ont la même origine, s'écrivent différemment. Charrette prend deux r; chariot, un seul. On a longuement et longtemps discuté sur les avantages comparés de nos deux

principaux instruments de transport, mais la pratique est restée indifférente à toutes les dissertations qui se sont produites à ce sujet, et n'a pas modifié ses habitudes.

Les charrettes sont les véhicules les plus répandus. Elles sont moins chères que les chariots, elles demandent un moindre tirage et elles tournent plus facilement. Ce sont leurs avantages. Elles exigent un chargement bien équilibré, et, si bien disposé qu'il soit, il pèse sur le cheval qui est placé en limon, ou le soulève, selon que la voiture descend ou gravit une rampe. Avec elles, il faut de robustes bêtes pour remplir l'office de limonier. Ce sont leurs inconvénients.

En fait, la charrette à deux chevaux domine dans le centre et le midi de la France ; le chariot à quatre ou cinq chevaux, dans le Nord. Il n'y a guère qu'une région assez limitée, comprenant la Bresse avec une partie de la Franche- Comté, qui ait adopté de petits chariots à roues antérieures et postérieures de diamètre à peu près égal, et traînés chacuu par une seule bête.

Pour avoir des instruments de transport aussi parfaits qu'on pourrait le désirer, il conviendrait d'en construire de spéciaux pour chaque produit. Dans l'impossibilité dans laquelle on se trouve d'augmenter indéfiniment son matériel, on se contente ordinairement de deux types distincts. En dehors des charrettes et des chariots, qui sont d'un usage courant, on emploie des tombereaux pour les matières dont les éléments n'ont pas de cohésion entre eux comme les tubercules, les racines ou les substances terreuses. Leur remplissage ne demande aucun soin particulier, et ils se vident automatiquement. Il est bien difficile de s'en passer, et l'on en trouve partout.

Comme à certains moments on occupe tousses animaux de trait aux charrois, de même qu'à d'autnes les labours les

retiennent tous, le nombre des chariots ou des charrettes et celui des tombereaux doit être au moins égal à celui des charrues. Il n'est môme pas sans intérêt d'avoir quelques véhicules de plus que d'attelages, ce qui permet de surseoir à leur déchargement immédiat et d'activer certaines opérations urgentes comme la rentrée des foins. On a donc à compter sur une charrette ou un chariot, et un tombereau au Œinimum, pour l'étendue de terrain qui correspond au service d'une charrue. C'est 400 à 500 fr. pour une charrette, 300 à 400 pour un tombereau. La dépense qui résulte de cette acquisition s'ajoute à la valeur de la charrue et de ses accessoires, qui représente 80 à 100 fr., et c'est là, à peu de chose près, tout le gros matériel indispensable d'une entreprise culturale, le seul dont on constate souvent l'existence. Réduit à ces éléments essentiels, il ne peut être estimé à plus de 1,000 fr. pour 20 ou 30 hectares, soit 40 fr. environ par hectare. Pour compléter une installation rudimentaire, mais une installation avec laquelle on se tire d'affaire dans bien des situations, il n'y a qu'à tenir compte d'un modeste matériel d'écurie et d'étable, ainsi que des collections d'outils d'intérieur, soit une dizaine ou une quinzaine de francs par hectare. La plupart des exploitations ne consacrent pas à la constitution de leur matériel une somme supérieure ; beaucoup n'arrivent même pas à ce chiffre dans les pays pauvres, où l'on se contente d'instruments médiocres ou d'instruments de rencontre. Cette seule partie du matériel atteint, dans les pays avancés en culture, une valeur double, et parfois triple, et, bien que ce soit la portion la plus importante du matériel, ce n'est pas la seule.

Les chariots et les charrettes sont les instruments de transport les mieux appropriés aux conditions ordinaires de la culture. Ce ne sont pas les seuls qui puissent offrir de sérieuses ressources.L'exploitation des bois, en particulier,

comporte des appareils qui lui sont spéciaux. Quelques-uns sont intéressants parleur originalité, comme les trailles, qui permettent de faire traverser, aux produits des forêts, des ravins de grande profondeur sur des câbles tendus du flanc d'une montagne à celui d'une autre, ou encore comme les schlittes des Vosges, qui sont des traîneaux glissant sur des longrines disposées en travers des sentiers qu'elles suivent.

L'accroissement des masses à déplacer dans une direction déterminée suscite partout des procédés particuliers. Elle décide notamment à la construction de petits chemins de fer. L'industrie a imaginé, à cet effet, des systèmes d'une grande simplicité. M. Decauville (de Petit-Bourg) est connu de tout le monde pour la construction qu'il a entreprise, sur une vaste échelle, d6 voies portatives de dimensions variées qui satisfont aux besoins les plus différents. Ce sont des installations d'un usage courant maintenant dans toutes les entreprises de terrassement, acceptées aussi dans beaucoup de domaines ruraux. Aux anciens chemins, on substitue des assemblages de rails qui ne font plus corps avec le sol sur 'equel ils reposent.

Avec la culture des betteraves, le poids des racines à porter des fermes aux sucreries, et celui des pulpes à ramener des sucreries aux fermes, -atteignent des chiffres très élevés. On est arrivé aie réduire considérablement en exprimant, pour ainsi dire sur place, le jus des betteraves qui constitue la partie utile de leur ensemble, pour le refoulera l'usine, à des distances de 5, 10, 15 et môme SOkilom., par des tu j aux souterrains. Ce système a un double avantage: il diminue le travail et remplace les charrois par un mode de déplacement des liquides beaucoup plus économique.

Ce mode de transport, qui supprime l'intervention d'un poids mort, celui des véhicules, que tous les perfectionnements de l'industrie des transports semblaient tendre à aug-

menter plutôt qu'à dimiuuer, ne laisse pas que d'être très pratique. Aussi a-t-ou pu émettre l'idée, eu 1870, de l'appliquer au transport des vins du Midi à Paris. La compagnie P.-L.-M., alors débordée par l'affluence des marchandises qui se pressaient à toutes ses gares, ne pouvait suffire aux services de la viticulture méridionale ; on cherchait un moyen de remédier aux inconvénients passagers qui résultaient de l'encombrement du moment. Celui qui a été proposé n'a cependant pas prévalu.

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