SEMOIRS, FAUCHEUSES, MOISSONNEUSES, ETC
Les semoirs : Qualité de leur travail, économie de semences.
— Les faucheuses et les moissonneuses : Historique, travail journalier, économie de main-d'œuvre. La moisson mécanique et la moisson à la faulx, leur importance relative. Les moissonneuses-lieuses, compte de moisson à la machine.
— Les machines a battre : Historique, principaux types de batteuses. Les machines à battre dans la grande et dans la petite culture. Statistique comparée des progrès des machinesà battre et des moissonneuses. — Les moteurs a vapeur: Machines fixes et locomobiles, qualités recherchées dans les machines agricoles. Statistique. — Les appareils de l'industrie laitière : Transformations dont elles ont été la cause.
— Le matériel agricole à l'inventaire.
Les instruments de labour et de transport constituent à peu près, à eux seuls, tout le gros matériel des exploitations ordinaires. Un inventaire sommaire permet de se faire une idée assez exacte de leur importance et de leur valeur. Les autres groupes d'appareils sont spéciaux aux cultures relativement riches et aux pays qui ne manquent pas de capitaux.
Examinons d'abord les semoirs.
Les semailles ont une si grande influence sur la réussite des récoltes, qu'on ne saurait apporter trop de soin à leur exécution. Dans les pays de petite et de moyenne culture, le
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| chef d'exploitation ne se repose que sur lui de ce travail essentiel. Sous le régime de la grande propriété, le directeur de l'entreprise agricole réserve cette môme tâche à des ouvriers expérimentés, d'une habileté bien établie. Mais, quelle que soit l'adresse du semeur, le semis à main et à la volée ne répond jamais qu'imparfaitement aux conditions essentielles que doit remplir cette opération. La diffusion des graines à la surface du sol approcherait-elle de la perfection, que leur enfouissement à la herse serait, à lui seul, une cause d'infériorité sur l'ensemencement mécanique ?
En s'exerçant et en se formant peu à peu, l'homme parvient à une répartition, vraiment étonnante par sa régularité, des semences confiées au sol. Avec un bon semeur, il est impossible de reconnaître, au moment de la levée des plantes, si elle s'effectue normalement, la moindre tache de nature à déparer un champ. Aussi semblerait-il, à se borner à un examen superficiel des choses, qu'il n'y a rien à désirer de mieux ; mais il suffit de regarder ce qui se passe d'un peu près pour se convaincre des inconvénients du semis à la volée, si bien fait qu'il 6oit.
Les jeunes plantes qui lèvent au hasard se gênent souvent dans leur développement. Elles se disputent la terre, et celles qui se trouvent moins bien situées disparaissent bientôt, étouffées par leurs voisines; les graines qui leur ont donné naissance se trouvent aiusi avoir été employées inutilement. Les accidents de ce genre n'auraient cependant qu'une importance tout à fait accessoire, si l'irrégularité de l'enfouissement à la herse ne venait augmenter considérablement cette source de pertes. Les semences sont toujours inégalement recouvertes : les unes restent à la surface du sol, tandis que les autres sont trop profondément enterrées, et Ton ne peut obvier d'aucune manière à ces irrégularités. De là, une perte de grains considérable, qui peut s'élever à 50 pour cent,
et une végétation irrégulière, dont l'effet e9t trop souvent marqué par une diminution sensible du rendement.
Les semoirs mécaniques déposant les semences en lignes, les plus importants, permettent d'obvier aux inconvénients des semailles à la main. Ceux de ces instruments qui sont destinés à la grande culture se tirent de leur rôle avec une perfection qui ne laisse réellement que bien peu de chose à désirer. Depuis le semoir Hugues, avec cylindre distributeur à alvéoles, qui s'est montré dans nos expositions de 1835 à 1840, de notables perfectionnements ont été apportés dans la construction de ces appareils. Les semoirs mécaniques de construction anglaise, ou les modèles analogues, peuvent être employés pour toute espèce de graines ; ils disposent les semences à une profondeur régulière, en lignes équidistantes, d'un parallélisme absolu et d'une rectitude irréprochable . L'espacement des lignes est susceptible, du reste, de varier au gré du conducteur de l'appareil.
Les semoirs destinés à In grande culture diffèrent peu dans leur construction ; tous sont établis sur les mômes principes. Ils se composent essentiellement d'une caisse oblongue, destinée à recevoir la semence, qui passe de ce premier récipient dans un auget inférieur de môme longueur. Les graines, arrivées dans ce deuxième compartiment, sont saisies par des cuillers fixées sur des disques verticaux, placés tous sur un môme axe. Cet axe prend son mouvement de rotation sur l'essieu des roues, à l'aide d'engrenages dont on peut faire varier les proportions suivant la vitesse que l'on désire communiquer à l'appareil distributeur. Les graines sont ainsi enlevées, comme elles le seraient par une noria, pour être déversées dans un tube abducteur qui les amène à proximité du sol. Elles s'engagent ensuite dans l'intérieur d'un soc spécial, pour tomber successivement dans une raie étroite, d'une profondeur régulière, obtenue par lapressiou
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constante, sur le soc, d'un poids dont on peut régler la force suivant les situations.
L'instrument dont la description sommaire vient d'être donnée est porté sur deux roues. On se contentait autrefois de conduire les chevaux chargés de le traîner avec beaucoup d'attention, pour ne pas laisser dévier la direction des lignes. On a voulu obtenir plus de perfection dans le travail, et l'on a complété les anciens appareils par l'adjonction d'un avanttrain qui sert de gouvernail, et qui permet de régler la direction du semoir avec une rectitude absolue.
Les semoirs munis de ces derniers perfectionnements sont d'un usage ordinaire dans les domaines d'une grande partie de la France. On les retrouve dans toutes les fermes importantes de la région du Nord, de la Beauce, de la Brie, de la Bourgogne, etc., où ils sont employés alternativement aux semailles des betteraves, du froment, de l'avoine, de l'orge, du maïs, de la fé vérole, de la luzerne, du trèfle, etc. Les avantages des semis en lignes sont si bien établis aux yeux des cultivateurs qui en ont usé une première fois, qu'ils en acceptent définitivement l'usage.
Les grands semoirs exigent deux et quelquefois quatre chevaux pour leur traction, et trois hommes pour leur service. Cela parait onéreux au premier abord, mais il est boo de remarquer que l'économie de la semence compense, à elle seule, bien plus que les frais supplémentaires qu'exige le semis mécanique. Cette économie ne peut pas être estimée à moins d'un tiers de la quantité ordinaire, soit 80 lit. par hectare ; on est dispensé, d'un autre côté, du hersage de recouvrement, qui est inutile à la suite du semoir.
Quelle est la surface que peut ensemencer un de ces instruments en une journée de dix heures ? On peut admettre, sans grande chance d'erreur, qu'elle est de 3 hectares. Vingt jours suffisent, environ, pour l'ensemencement de60hect. ;
c'est dire qu'un seul de ces instruments suffît largement aux besoins d'une grande exploitation.
En se pressant, le semeur à la main peut faire dans la môme journée une surface égale. Supposons qu'il répande la semence à la dose de 2 hectolitres 50 de blé par hectare, ce qui est la quantité ordiaaire : il usera dans sa journée 3 X2,50zz7 hl,50de froment. Le semoir mécanique économisera au moins 80 lit. de semences par hectare. Au lieu de 7hectol. 5, il n'exigera, pour un travail bien préférable, que 3 X 1 ,7zz 5,10. Ce sera une économie relative de 2 hect. 40 de semences dans une journée ; ce qui, au cours de 20 fr., qui n'est pas exagéré pour les blés de semence, se traduit eu argent par une dépense supprimée de 48 fr. Cette somme est largement suffisante pour compenser la charge des hommes et des attelages employés au semoir ; elle permet môme de payer assez rapidement l'instrument lui-môme, à l'aide des épargnes qui résulteut de son emploi.
Les semoirs ne fonctionnent vraiment bien que sur des terrains admirablement préparés; quelques personnes ont pu en conclure que c'étaient des instruments dont l'usage se trouverait impossible dans bien des circonstances, et l'on doit avouer que leur raisonnement est fondé. Le semoir exige, comme d'ailleurs la moissonneuse ou la faucheuse, des cultures soignées; il n'y a pas à se faire d'illusion sur ce point. Les appareils de la culture perfectionnée ne s'accommodent pas de terres en mauvais état ; il n'y a qu'un moyen de profiter des avantages qui suivent leur introduction, c'est d'organiser son exploitation en vue des ressources qu'on veut utiliser. On ne perd rien d'ailleurs à mieux préparer son terrain, et les dépenses qui sont faites dans cette intention sont éminemment productives. Une amélioration en appelle uneautre, et, quand une fois on s'est lancé dans une bonne voie, tout engage à poursuivre ses efforts dans le môme sens.
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Si les graads semoirs sont des instruments remarquables à tous les points de vue, il est bon d'observer cependant que la petite culture ne peut pas facilement en profiter. Leur acquisition est coûteuse, et leur fonctionnement demande trois ou quatre animaux de trait : ils auraient, en outre, beaucoup de peine à se mouvoir dans les pièces de terre de faibles dimensions. Aussi, pour suppléer à ce desideratum, a-t-OQ imaginé des appareils plus simples et moins encombrants. Les semoirs destinés à la petite culture n'ont pas la perfection des autres ; ils sont appelés cependant à rendre d'importants services dans un grand nombre d'exploitations. L'emploi des semoirs mécaniques ne donne pas du premier jour tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre. Ce n'est qu'à l'aide de l'expérience qu'on arrive à déterminer quelles sont les conditions les plus favorables à leur usage. On pourrait croire qu'il suffit d apprendre à conduire et à régler l'un de ces instruments pour s'eu approprier tous les avantages ; on s'aperçoit, avec le temps, qu'à côté de ces points essentiels il y en a d'autres sur lesquels il importe d'être fixé. La quantité de semences à employer, l'espacement des lignes, leur orientation, la profondeur du semis, etc., sont autant de questions dont l'importance se révèle avec plus de netteté, à mesure que l'on est plus familiarisé avec les semoirs.
Les faucheuses et les moissonneuses mécaniques sont, de tous les instruments récemment introduits dans les usages de l'agriculture, ceux qui ont eu le privilège de préoccuper le plus spécialement l'attention publique. Nous avons été surpris, chez nous, par leur apparition dans nos concours, alors que nous n'en avions aucune idée. Depuis 1831, la maison Mac-Cormick avait entrepris la construction de ces nouvelles machines agricoles, et plusieurs années après nous en soupçonnions à peine l'existence. A l'exposition industrielle
de 1836, nous avions pu voir la moissonneuse de Bell, à scie ordinaire poussée par des chevaux attelés à l'arrière des organes de travail, mais on ne l'avait mentionnée que comme une curiosité sans intérêt pratique. L'éveil cependant était donné ; il avait suffi pour exciter les imaginations et faire surgir des combinaisons bizarres. C'est ainsi que, vers 1844, apparaissaient des appareils comportant des lames de sape, actionnées par un axe perpendiculaire au plan dans lequel elles agissaient, axe qui recevait son mouvement des roues de la machine; on s'appuyait aussi du principe des ciseaux. Toutes ces innovations ne laissaient pas cependant entrevoir de sérieux résultats. Aussi ne croyait-on pas encore que l'antique faulx fût menacée.
Ce n'est qu'à l'exposition universelle de 1855, comme nous l'avons déjà dit, qu'on commença à se rendre à l'évidence, devant l'abondance et le perfectionnement des faucheuses et des moissonneuses qui s'y trouvèrent réunies. Ces appareils avaient pris, à ce moment, leur forme décisive. On avait abandonné le mouvement circulaire continu des lames coupantes pour le mouvement alternatif de la scie. De l'arrière des instruments, les chevaux avaient passé à l'avant et sur le côté. Il n'y avait plus que des améliorations de détail à réaliser, on était fixé sur les dispositions essentielles. Les machines étrangères de Mac-Cormick,Burgess etKey,Bell, et celles de construction française de Oournier, de Mazier et autres ne différaient entre elles que par les parties accessoires.
La formation des javelles était l'opération qui laissait le plus à désirer. Beaucoup de constructeurs en remettaient le soin à un ouvrier armé d'un râteau, qui, d'un siège de la machine, réglait la chute des épis sur un tablier placé derrière la scie. Quelques-uns cependant cherchaient à assurer mécaniquement l'exécution de tout ou partie de la tache qui s'imposait. La moissonneuse Mac-Cormick comportait un
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moulinet dont les ailes hélicoïdales dirigeaient les épis dans leur chute. Burgess et Key avaient eu recours à une série de rouleaux à hélices qui écartaient les javelles pour laisser aux attelages un libre passage. Cournier avait imaginé un bras automatique fort original qui dégageait au moment convenable la machine de sa provision de récolte. Chaque fabricant avait son système, c'est dire qu'il n'y en avait aucun encore de consacré par Pexpérience.
Aux combinaisons des appareils javeleurs des premières moissonneuses se sont substitués, d'une manière uniforme, des jeux de râteaux actionnés par un môme axe vertical. Ils courbent les tiges sur la scie, les dirigent dans leur chute sur le tablier, et les enlèvent en les écartant de la voie réservée aux attelages, pour les faire tomber sur le sol dès que leur masse est assez considérable pour former une gerbe de grosseur déterminée. Leur course suit un itinéraire qui se modifie, pour ainsi dire, à chaque instant, et il ne tient qu'au conducteur d'en faire changer à sa volonté le tracé, ies constructeurs ont tous adopté le même principe ; il n'y a de différence entre eux que dans les procédés employés pour le mettre en pratique.
Sauf en ce qui concerne les appareils javeleurs, nos faucheuses et nos moissonneuses appartiennent aux mômes types que celles de 1855. Elles n'en diffèrent que par des perfectionnements d'exécution : construction mieux comprise, emploi de matériaux de choix, pièces travaillantes mieux étudiées, etc., etc. Ce sont ces perfectionnements cependant, qu'on a pu suivre dans nos concours régionaux, qui en ont fait des machines pratiques et qui ont permis leur vulgarisation.
Les instruments destinés à la récolte mécanique des céréales et des produits des prairies sont appréciés en raison de l'économie qu'ils procurent et des ressources qu'ils
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apportent à l'exécution de travaux urgents. En estimant à 20 kilomètres par jour le trajet qu'ils peuvent faire sous les efforts d'un bon attelage ordinaire, et à un mètre la largeur utile de la bande sur laquelle agissent leurs scies, on peut évaluer à 20,000 mètres carrés, ou deux hectares, la surface qu'ils permettent de couper en une journée. Avec des relais pour les chevaux, on arrive à des résultats doubles, peut-être même triples, on l'affirme du moins, mais au prix de précautions nombreuses. La prudence exige, du reste, qu'on compte avec les accrocs inévitables qui, dans ce genre d'opérations, réduisent souvent les prévisions qui semblent les plus modérées. Aussi, en nous en tenant à notre premier chiffre, c'est sur une journée d'homme et deux fortes journées de cheval, quoi qu'on en dise, qu'il faut se baser pour apprécier la dépense afférente à deux hectares, pour des récoltes un peu serrées. Le même travail exigerait cinq à six journées de faucheurs ; il ne coûterait pas beaucoup plus dans la plupart des circonstances.Qu'on fasse intervenir dans les calculs l'intérêt et l'amortissement du capital représenté par l'appareil mécanique, qu'on suppute les frais de réparation qu'il exige chaque année, et l'on verra que ses avantages, au point de vue de l'économie qui en résulte, sont souvent très discutables. Aussi, hésite-t-on dans quelques contrées, et même rencontre-t-on parfois encore des exploitations dans lesquelles, après avoir fait la dépense d'achat des machines, on les laisse tranquillement sous les abris de la ferme pendant que les travaux de la fauchaison et de la moisson s'exécutent à la faulx ou à la sape. Évidemment, les conditions ne sont pas partout identiques; l'étendue des superficies à récolter, la nature des récoites, le relief du sol, la cherté relative des salaires, sont autant de considérations à prendre en note avant d'exprimer une opinion dans chaque cas particulier. Il y a des milieux
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dans lesquels le profit de l'emploi des faucheuses et des mois- BODoeuses n'est pas douteux, mais ce ne sont peut-être pas chez nous les plus nombreux.
Malgré tout, ce n'est pas, suivant nous, l'économie qui résulte de leur emploi qui a été la principale cause de l'adoption, par nos cultivateurs, des machines dont nous nous occupons. Si elles ne diminuent pas sensiblement les frais d'exploitation, elles assurent du moins la régularité des travaux agricoles, et c'est beaucoup. On ne peut retarder la coupe de ses prés ou de ses blés quand le moment est venu de l'aborder. La main d'œuvre devient alors exigeante, et l'on ne peut pas toujours compter sur elle. En s'affranchissaut des difficultés auxquelles on est exposé en traitant avec elle, les chefs de Gulture acquièrent une liberté d'action qui leur est précieuse. Il est toujours plus agréable d'ailleurs de suffire aux besoins d'une entreprise avec son personnel ordiuaire, que de recourir à des bras étrangers ; les faucheuses et les moissonneuses en donnent le moyen.
Le nombre de ces instruments, qui permet de juger de l'accueil qui leur a été fait par la culture, s'est assez rapidement élevé. La statistique de 1852 n'avait pas à le constater. Celle de 18621e porte à 9,942 pour les faucheuses et 8,907 pour les moissonneuses. En 1882, elle a relevé 19,147 faucheuses et 16,025 moissonneuses, et ces recensements n'ont pas dû comporter beaucoup d'omissions. Dans l'espace de' vingt ans, la culture a doublé son matériel mécanique destiné à la récolte de ses prairies et de ses céréales. C'est un progrès sérieux; mais, si considérable qu'il paraisse, il laisse encore beaucoup à attendre de l'avenir. Ce qui a été fait n'est que bien peu de chose à côté de ce qui peut être fait. Le mode de fauchage et de moisson dominant est encore notre ancien mode traditionnel à la main .
Nous ensemençons chaque année, en France, sept millions
d'hectares de froment qui, dans chaque région, arrivent à maturité à une même époque. Porterait-on à 70 hectares la surface moyenne que l'on peut couper avec une moissonneuse, ce qui est certainement exagéré, qu'il serait nécessaire d'en avoir cent mille pour suffire aux besoins du moment, si Ton renonçait absolument aux anciens procédés. Nous n'en avons que seize mille, c'est dire que les machines perfectionnées qui sont à notre disposition n'interviennent que pour un sixième au maximum dans l'exécution des travaux spéciaux en vue desquels elles ont été créées.
On cherche souvent en mécanique, et surtout quand il s'agit du travail de la terre, à subdiviser les tâches, à réduire le rôle des instruments à des opérations élémentaires. Quelquefois cependant on ne recule pas devant une complication. La moissonneuse paraissait, à son origine, surchargée d'organes de travail ; il semblait qu'on lui demandait trop de choses. Son action s'est cependant étendue avec le temps. Aux moissonneuses ordinaires sont venues s'ajouter depuis 1880 les moissonneuses-lieuses, qui rendent les céréales en gerbes liées au fil de fer ou à la ficelle. M. Tisserand avait signalé leur apparition, en 1873, dans un remarquable rapport sur l'agriculture à l'Exposition universelle de Vienne. Elles ont mis sept années avant de nous arriver, et l'accueil qui leur a été fait a été beaucoup plus encourageant qu'on n'osait l'espérer. L'Algérie surtout, qui n'a pas à se préoccuper de la dessiccation de ses céréales, leur a immédiatement assuré un placement relativement facile. Nos départements du Centre et du Nord sont même parvenus, eu prenant des dispositions spéciales, à en user avec profit. Jusqu'à ces dernières années, la ficelle ou le fil de fer étaient exclusivement employés au liage; l'Exposition universelle de 1889 nous a montré une moissonneuse-lieuse à la paille.
Un exemple nous permettra de juger des résultats qu'on