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peut obtenir de ces instruments quand on est placé dans des conditions favorables pour en tirer tout le profit possible, ce qui n'est pas le cas le plus ordinaire, et quand on sait les conduire avec habileté. Dans un Mémoire récemment présenté à la Société d'Agriculture du département de Seineet-Oise, M. Ernest Gilbert, cultivateur à Montigny-le-Bretonneux,a donné, d'après les expériences de M. Laurent, un état des frais qu'entraîne l'emploi de la moissonneuse-lieuse et de l'économie qui en résuite :
M. Laurent, cultivateur à Allain ville, en Seine-et-Oise, a fait couper, en 1888, 60 hectares de blé en quinze journées de travail, avec une moissonneuse-lieuse attelée de trois chevaux, soit en moyenne quatre hectares par jour de travail. Pour obtenir ce résultat en n'employant que trois chevaux, M. Laurent faisait relayer à midi, par trois autres chevaux qui avaient été employés le matin au labourage, les trois chevaux attelés à la machine, et ces derniers retournaient au labour l'après-midi.
Son compte s'établit, d'après lui, de la manière suivante :
Il a employé quinze journées de travail pour couper 60 hectares de blé avec une machine attelée de trois chevaux, relayés à midi par trois autres, à 30 fr. par jour, soit pour les quinze jours 450 fr.
Il a dépensé pour la corde à lier 400
— pour le graissage 20
L'amortissement et l'intérêt du capital d'une machine ayant coûté 1,500 fr. peuvent être sans exagération comptés à 20 °/0, soit 300
Faux frais des réparations 30
Total 1.200 fr.
ce qui, pour 60 hectares coupés, donne bien 20 fr. par hectare. La moisson à bras se paye ordinairement 40 fr. l'hectare ; ce serait donc une économie de moitié.
La moisson est une opération qu'on ne peut différer ; ou n'a, pour la faire, qu'un temps strictement limité. Il n'en est pas de môme du battage. Le grain se conserve aussi bien, après sa récolte, en gerbes qu'en grenier. Rien n'empêche de choisir, pour sa séparation de la paille, le moment le moins gênant. C'est une opération qu'on n'est pas d'ailleurs obligé de pousser activement jusqu'à sa fin. On peut l'interrompre quelque temps, pour la reprendre plus tard. Aussi, dans les pays où l'on dispose de granges couvertes, on renvoie souvent le battage en hiver ; il occupe alors le personnel sans travail et le bétail de trait quand il n'a plus d'emploi aux champs. En procédant de cette manière, on évite les chômages et l'on assure des ressources à la population ouvrière dans une saison où elle en a particulièrement besoin. Ce système, qui n'a pas d'influence sur l'importance de la production, n'est cependant pas sans quelques inconvénients ; il suppose des provisions de paille qui permettent d'attendre plus ou moins longtemps, et des capitaux qui dispensent de la nécessité d'une vente immédiate. Il dominait autrefois dans la plupart des grands pays à céréales ; on tend à l'abandonner pour recouvrer plus de liberté d'action.
Sans que le battage soit pressé, on. tient à pouvoir s'en débarrasser au moment où on le désire et à le mener activement. Le travail qu'il exige demande d'ailleurs plus de force et d'activité que d'intelligence ; c'est un de ceux qui semblent naturellement comporter l'emploi des machines. Le problème de l'égrenage mécanique du blé paraît, à première vue, plus facile que celui du labour de la terre ; s'il n'a été résolu complètement que beaucoup plus tard, c'est certainement parce qu'il ne répond pas à des besoins aussi pressants. Ses avantages, vivement discutés à ses débuts, se sont révélés par l'expérience. La batteuse ne diminue
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pas beaucoup les dépenses de la culture, elle procure des facilités d'exploitation d'une réelle valeur; c'est assez pour expliquer son succès. On peut dire qu elle a maintenant supprimé l'ancien mode de battage au fléau ; elle gagne constamment du terrain sur le rouleau et le foulage aux pieds des chevaux, qui se maintiennent seulement dans les pays chauds.
La machine à battre écossaise de Meikle, construite en 1786, est la première machine pratique que décrivent les ouvrages d'agriculture. Son invention ne semble pas avoir frappé l'attention de nos cultivateurs, et sa date n'a guère d'autre valeur que celle d'un document historique. En réalité, les batteuses mécaniques étaient encore inconnues chez nous au commencement de ce siècle. Elles ne comptaient pas dans le nombre des instruments agricoles d'un usage éprouvé, ni même dans celui des innovations dont se préoccupaient les esprits. Valcourt, qui construisit, pendant l'hiver 1819, une machine à manège qui servit de modèle à celles qu'établirent plus tard Mathieu de Dombasle à Roville, et Bellaversl827à Orignon, considérait avec raison la machine Meikle comme la première complète qui ait été exécutée en France. Il ne l'avait cependant jamais vue marcher, et malgré le soin qu'il mettait à se tenir au courant de tout ce qui se faisait de son temps, il ne la connaissait que par une description qu'il avait trouvée dans les Annales des Arts et Manufactures.
Le principe de la machine à battre n'était pas déflnilivement fixé en 1836. Biernarki, qui connaissait les machines écossaises, ne repoussait pas, dans la Maison rustique du XIX9 siècle, l'idée de combinaisons analogues à celles du fléau. La machine de Marolles qui reposait sur une idée de ce genre lui paraissait intéressante et pratique ; il doutait encore de l'avenir des machines transportables.
Le battage mécanique faisait cependant des progrès continus, et M. Lefour les constatait d'une manière précise en rendant compte de l'exposition de l'Industrie de 1844. A.ux, machines à battre en long s'ajoutaient déjà les machines à battre en travers.
Il ne faudrait pas croire cependant que leur emploi ait été bien répandu avant 1850. Quand, en 1855, les journaux agricoles signalaient la faveur dont elles jouissaient auprès des cultivateurs, ils ne parlaient encore que de centaines d'appareils en fonction sur les divers points de la France, et ce chiffre semblait assez élevé pour frapper leur imagination. C'était dire, cependant, qu'on n'en était qu'aux essais, en observant que ces essais multiples présageaient des habitudes nouvelles. On sortait en effet de la période de l'indécision pour entrer dans celle de l'action. Le pas le plus difficile était franchi.
Les perfectionnements de la machine à vapeur favorisèrent d'ailleurs la propagation des machines à battre. De 1850 à 1855, leur construction a pris des développements considérables. La maison Renaud et Lotz, de Nantes, une des plus anciennes de celles qui se soient mises résolument à leur fabrication, en livrait 3 seulement à la culture en 1849 ; sa production s'élevant progressivement à 19 en 1850, à 20 en 1851, à 36 en 1853, à 99 en 1854, elle formait alors l'objet d'une véritable industrie. Chaque année, du reste, de nouveaux constructeurs produisaient des modèles nouveaux. Ils apparurent en nombre à l'Exposition universelle de 1855. La plupart des constructeurs qui se sont acquis une réputation solide auprès du public y étaient déjà représentés. Machines anglaises et françaises, à manège ou à vapeur, avec ou sans tarare, occupaient une large place. Dans la liste des exposants on relève les noms de MM. Renaud et Lotz, de Nantes, dont nous venons de parler, de M. Lotz aîné, à
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Nantes également, de MM. Duvoir, à Liancourt {Oise) ; Pinet, à Abilly (Indre-et-Loire), dont M. Henry est maintenant le successeur ; Cumming, à Orléans ; Gérard à Vierzon (Cher), etc. La section française ne le cédait en rien à la section anglaise.
A partir de ce moment, la machine à battre n'a plus été contestée. Le succès a favorisé d'abord les machines nantaises portant sur un même chariot une batteuse avec son moteur à vapeur, et les machines à manège de M. Pinet. Il s'est dirigé ensuite sur les machines à grand travail, battant en travers et rendant le blé criblé et vanné, propre à être porté au marché. Ce sont ces dernières qui sont les plus appréciées encore.
Les petites machines à battre sont loin d'avoir réussi aussi bien que les grandes, mais la petite culture n'a pas été pour cela moins favorisée que la grande. Les entreprises de battage àfaçon, dont les premières remontent aux débuts mêmes des batteuses, se sont organisées pour répondre à tous les besoins, et la division des propriétés n'apas arrêté leur organisation. Tantôt ce sont les appareils qui se transportent de ferme en ferme près des meules de céréales, tantôt ils passent seulement d'un hameau à l'autre et on leur apporte les récoltes des environs. Dans les contrées où les chutes d'eau abondent, les machines fixes ont rendu, d'un autre côté, de grands services.
La machine à battre n'est pas beaucoup plus ancienne que la machine à moissonner, elle ne date en réalité que de quelques années plus tôt, de 1850, si l'on veut, au lieu de 1855. Sa vulgarisation a été beaucoup plus rapide. On en comptait en 1852, d'après la statistique, 59,981, et ce nombre ne saurait être accepté sans réserve, puisque des auteurs en situation d'être bien informés n'admettent guère, pour cette époque, l'existence que de quelques centaines ; en 1862,
on en a plus de cent mille, et en 1882 plus de deux cent mille. En prenant pour exact le nombre de moissonneuses indiqué par la statistique, nous avons remarqué qu'il ne pouvaitsuffirequ'àla rentrée du sixième, au plus, de la récolte de blé du pays. Les machines à battre, dont la période de travail est beaucoup plus longue, donneraient, à la rigueur, les moyens de battre toutes nos céréales. En définitive, la moisson mécanique n'est encore qu'une exception chez nous, bien qu'elle ait fait et qu'elle continue à faire de sensibles progrès; le battage à la macbine est la règle.
La macbine à battre est la plus importante des conquêtes mécaniques de l'agriculture dans le cours de ce siècle. Son adoption a déterminé celle de la machine à vapeur, dont les progrès ont marché à peu près du môme pas. Sans se substituer absolument aux autres machines motrices destinées à actionner les appareils fixes, elle les a refoulées en prenant une place de plus en plus importante. C'est qu'elle a des avantages incontestables.
Les moulins à vent sont des moteurs capricieux sur lesquels on ne peut pas compter à tout moment. Les roues hydrauliques ont une puissance qui varie avec le débit et la chute des cours d'eau sur lesquels elles sont établies ; leurs stations sont déterminées par les circonstances, et spéciales à certains milieux. Les manèges sont mieux appréciés, ils ont une certaine mobilité ; toutes les exploitations disposent des forces nécessaires pour les actionner; ils occupent parfois les attelages dans les périodes de chômage des travaux des champs. Leur emploi impose cependant une lourde charge pour le bétail de trait; il fatigue les animaux et n'assure que difficilement un fonctionnement régulier. La vapeur est utilisable partout, elle se prête aux opérations les plus variées ; c'est un auxiliaire docile et puissant, dont on obtient toujours les résultats attendus*
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La supériorité des appareils à vapeur sur toutes les autres machines motrices n'est plus contestée en industrie, c'est à peine si les moteurs hydrauliques soutiennent la comparaison avec eux. Si précieuses que soient les chutes d'eau, on hésite à se déplacer, môme à de faibles distances, pour profiter de leur concours. L'homme tend à se dégager des sujétions que loi impose la nature, il cherche constamment à s'affranchir de ses exigences et à devenir maître de ses opérations. Il lui faut des instruments sur lesquels son pouvoir est absolu ; la machine à vapeur en est un. Son rôle, en agriculture, n'a cessé de s'accroître par les mômes raisons que celles qui ont favorisé son extension dans les usines.
Les cultivateurs emploient des machines fixes et des locomobiles, mais plus spécialement des loco mobiles. C'étaient autrefois les plus simples qui étaient les plus estimées ; on accepte assez bien maintenant les perfectionnements qui ne comportent pas trop de complications. L'économie de combustible, qui est la qualité dominante des moteurs industriels à travail continu, n'est souvent qu'une considération relativement secondaire pour les propriétaires. On veut avant tout, à la campagne, des machines robustes, d'un entretien facile et d'une conduite qui ne demande pas un long apprentissage. Qu'elles consomment un peu plus ou un peu moins de charbon, ce n'est, dans beaucoup de cas, qu'un détail sur lequel on passe assez volontiers. Les installations à demeure supportent des précautions méticuleuses ; on se contente, pour des travaux temporaires et sujets à de longues interruptions, d'organisations sommaires, nécessairement plus ou moins défectueuses. De ce que les méthodes d'application changent avec les situations, il n'y a pas à conclure qu'elles sont bonnes dans un cas et mauvaises dans l'autre ; on pourrait démontrer mathématiquement que ce serait commettre une erreur que d'agir toujours de môme. Sans doute,
les chemins de fer à faibles rampes sont préférables à ceux qui comportent des pentes rapides, mais les dépenses de création des voies ferrées sont limitées par le trafic qu'on peut en espérer. La diminution des frais de traction ne constitue un profit que lorsque l'économie annuelle qui en résulte n'est pas dépassée par l'intérêt du capital immobilisé en frais de premier établissement. Il est bien naturel qu'on se demande en agriculture, ayant de choisir une machine perfectionnée, si la fragilité, si les risques d'accidents, les difficultés de nettoyage, etc., doivent être compensés pas une diminution de combustible pendant une période limitée de travail. De là, des divergences qu'on constate souvent entre les opinions des ingénieurs et celles des hommes du métier, qui ue jugent pas les choses au même point de vue.
D'après la statistique, le nombre des machines à vapeur fixes ou locomobiles employées par l'agriculture a passé de 1,537 en 1852, à 2,849 en 1862, à 9,288, représentant 42,591 chevaux-vapeur, en 1882, et à 13,677, représentant 78,740 chevaux-vapeur, en 1887. C'est donc depuis 1862 surtout que la vulgarisation des machines à vapeur a réalisé ses progrès les plus considérables ; leur force moyenne serait de près de 6 chevaux-vapeur.
Nous ne pouvons, dans une revue aussi rapide que celle que nous avons entreprise, nous arrêter à tous les groupes de machines agricoles, même en nous bornant aux plus importants. Aussi ne ferons-nous que signaler les appareils de nettoyage des céréales dont le nombre a considérablement augmenté depuis 1870, les machines élévatoires pour les liquides, que les nécessités de la submersion des vignes ont encouragé à modifier et à perfectionner, les appareils destinés aux manipulations du raisin et du vin, etc.
Nous croyons cependant devoir accorder une mention à des appareils complètement nouveaux, qui se sont introduits
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dans les procédés de l'agriculture, pour accomplir mécaniquement un travail qui se faisait spontanément avant leur adoption, et qui continue d'ailleurs à se faire de lui-môme dans la plupart des situations : nous voulons parler des écrémeuses centrifuges. L'idée de l'emploi de la turbine à la séparation de liquides de densités différentes est assez ancienne, mais c'est en 1850 seulement qu'on a pensé à l'appliquer à la séparation de la crème du lait. Le premier centrifuge industriel, celui de Lefeldt, ingénieur à Schœningen (Danemark), n'a môme paru qu'en 1876. Depuis cette époque se sont introduits les types Lavai, Burmneister et Wain, etc., qui sont de plus en plus répandus. L'écrémage mécanique a introduit Ja machinerie dans un ordre d'opérations qui semblait devoir s'opposer, pour ainsi dire, indéfiniment aux procédés ordinaires de l'industrie; il a produit des résultats considérables.
«Avec les centrifuges, dit M. A.-P. Pouriaudans son excellent T?aité de la Laiterie, le lait pouvant ôtre écrémé immédiatement après la traite, ces appareils suppriment d'un seul coup les ustensiles, tels que terrines, telles, sérènes, etc., en usage dans la méthode del'écrémage spontané. Ils suppriment également ceux nécessaires au refroidissement du lait (système Scbwartz) et à sa mise à crémer, ainsi que l'emploi de la glace, difficile et coûteuse à se procurer, même dans les pays tempérés. Les centrifuges permettent de restreindre considérablement l'étendue des bâtiments consacrés à la laiterie, et de réaliser par suite une notable économie de construction, de surveillance et de maind'œuvre. Quant au rendement en crème d'une quantité de lait donnée, l'écrémeuse centrifuge permet de pousser plus loin l'écrémage et d'obtenir 95 % de la matière grasse contenue dans le lait. En outre, c'est la méthode qui donne le lait maigre, le plus doux et le plus favorable pour la cou*
sommation en nature, l'alimentation des animaux, la fabrication de fromages maigres
»Mais le résultat le plus important de l'introduction des centrifuges dans les fermes, pour notre industrie beurrière, a été de donner naissance à de grandes beurreries, particulières ou coopératives, dans lesquelles on transforme journellement en beurre des milliers de litres de lait fournis par les grands et petits cultivateurs environnants. Cette production a eu pour conséquence d'approvisionner nos marchés de beurre d'une qualité bien supérieure à celle de tous ceux désignés autrefois sous le nom de beurre de grande consommation »
Les écrémeuses centrifuges ont créé chez nous, comme en Danemark, une organisation agricole inconnue encore, il y a quelques années, et favorisé la fondation de sociétés coopératives de production, dont les progrès sont en industrie d'une grande lenteur.
Quelle est la valeur du matériel agricole complet d'une exploitation rurale caractérisée par la culture des plantes annuelles? Les instruments de labour et de transport, augmentés des outils d'intérieur indispensables, représentent une valeur de 50 fr. environ par hectare, quelquefois plus, mais souvent aussi moins. Ce sont les appareils qu'on peut considérer comme relativement accessoires qui élèvent ce chiffre dans les milieux riches et avancés en culture. Sans vouloir en établir le compte précis, on peut se faire assez rapidement une idée approximative de la dépense qu'ils entraînent. Sur un domaine de cent hectares, on occupe facilement deux faucheuses de 500 fr., une moissonneuse de 1,000 fr., un râteau à cheval de 300 fr., un semoir à dix ou douze rangs de 1,000 fr., une machine à battre à grand travail avec son moteur à vapeur de 10,000 fr . C'est 13,000
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à 14,000 fr., soit 130 à 140 fr. par hectare. Qu'on ajoute à cela une houe multiple, un pont à bascule pour charrettes, une installation pour la manutention des fourrages, une voiture suspendue, etc. , et on arrivera à 180 ou 200 fr., peutêtre môme 250 fr. par hectare. Il convient de remarquer toutefois qu'une batteuse, avec sa locomobile de huit chevaux, coûte autant, sinon plus, que toutes les autres machines de second ordre au point de vue de l'utilité de leurs services, et que l'organisation d'entreprises de battage permet souvent de s'en passer.
En résumé, le devis d'un matériel agricole approprié aux systèmes de culture les plus répandus chez nous peut varier de 40 à 50 fr. jusqu'à 200, 250 et même 300 fr. par hectare de terre en culture. On cite même desdomaines, comme celui de Masny aux environs de Douai, où ce dernier chiffre est dépassé; mais ce ne sont que des exceptions. Si onéreuses que soient les machines agricoles, ce n'est pas leur achat qui constitue la charge la plus lourde d'un cultivateur au moment de son entrée en ferme. Il peut du reste débuter, sans trop d'inconvénient, en se contentant du strict nécessaire et se procurer progressivement ensuite ce qui lui manque.
Il y a à distinguer ce qu'a coûté le matériel agricole de ce qu'il vaut, c'est-à-dire de ce qu'on pourrait en retirer si l'on était obligé de le vendre ou de le céder. On estime en général» dans les inventaires, ses divers éléments à des prix sensiblement inférieurs aux prix d'achat. La méthode suivie dans la pratique n'est pas moins prudente que sage ; elle consiste à faire intervenir des données d'amortissement dans ses évaluations. Les machines s'usent avec le temps, elles se déprécient et leur dépréciation atteint souvent des proportions assez fortes. Seraient-elles intactes, n'auraient-elles pas été essayées que, par le simple fait de la sortie des magasins du constructeur, elles auraient subi une perte sensible.
L'instrument que Ton veut se procurer à un prix connu, celui dont on cherche à se défaire n'a d'autre valeur que celle qui résulte des demandes dont il est l'objet. Il n'est pas sans exemple que des machines dont la fabrication a été insuffisante aient fait prime entre les mains de leurs premiers acheteurs, qu'elles aient pu être cédées par leurs détenteurs à des conditions plus avantageuses que celles auxquelles ils les avaient acquises, mais il n'y a pas à espérer de chances semblables. Aussi, avant d'introduire un appareil chez soi, est-il indispensable d'être bien fixé sur son utilité, à moins de formuler des réserves expresses avec son vendeur, pour ne pas s'exposer à des pertes certaines dans le cas où l'on voudrait s'en défaire. Les risques que l'on court sont d'autant plus grands d'ailleurs qu'ils portent sur des engins moins connus du public, et ce sont ordinairement les plus chers. Quand on s'aperçoit qu'on n'en a pas l'emploi, on est souvent réduit à les garder sans aucun profit, parce qu'où ne trouve personne qui consente à les prendre à un prix quelconque. C'est ainsi que, lorsqu'on regarde les choses de près, on trouve chez beaucoup de cultivateurs des inventions mises au rebut sans qu'elles aient rendu aucun service. La valeur réalisable des machines diffère donc de leur prix d'achat, elle en diffère non seulement par suite de leur usure, mais encore par cela seul qu'elles sont arrivées aux mains de ceux qui les emploient. Rien n'est donc mieux justifié que la diminution de prix qu'on leur fait subir d'un inventaire à l'autre. Mais s'il importe, pour un propriétaire, de préjuger ce qu'il pourrait retirer de son matériel en cas de vente, il est intéressant aussi pour lui de savoir à chaque instant quel est lé capital qu'il a consacré à son installation mécanique. C'est par conséquent une sage mesure que de rappeler à chaque estimation nouvelle le prix d'achat, avec la date de l'acquisition, à côté du prix actuel. La corn-
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paraison de ces deux prix fournit un moyeu de contrôle qui permet de vérifier les évaluations auxquelles on procède à intervalles plus ou moins éloignés. On ne peut pas discuter sur des dépenses régulièrement constatées; les valeurs réalisables sont toujours plus ou moins hypothétiques. C'est du reste au capital initial que représentent les machines qu'on rapporte naturellement le taux de leur dépréciation annuelle et le montant de leurs frais d'entretien.