‹ Les entreprises agricolesChapitre 24 sur 57 · OS •*• O · texte numérisé non relu

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264 , LES E.NTREPIUSES AGniCOLES.

Ce tableau est instructif. II est de nature à redresser bien des idées fausses sur la distribution des personnes qui constituent la population agricole active. Si compliqués que soient ses chiffres, ils peuvent se résumer d'une manière très simple, et sous. une forme frappante qui laisse dans l'esprit une image saisissante des choses. Notre population agricole se divise en deux groupes exactement égaux. Le nombre des chefs d'exploitation ne diffère que par quelques unités de celui des auxiliaires et salariés. Il n'y a pas plus, dans notre agriculture, d'employeurs que d'employée, pour nous servir d'une expression qui a pris naissance dans les discussions du Parlement. On se représente volontiers la société comme composée d'un petit nombre de capitalistes, placés à la tête d'entreprises importantes, desquels dépend le sort d'une masse de travailleurs; c'est une opinion fausse. La petite culture n'est pas une quantité négligeable, pas plus du reste que la petite industrie. Sur nos sept millions de cultivateurs effectifs, trois millions et demi travaillent pour eux, et trois millions et demi pour d'autres; l'unité moyenne d'exploitation comporte un maître et un auxiliaire.

Remarquons cependant que cette moyenne est tout abstraite; ses exemples sont même assez rares. Beaucoup de domaines, le plus grand nombre des domaines, on peut le dire, n'occupent que leur propriétaire, quand ils prennent tout son temps, ce qui n'est pas Je cas le plus fréquent. Les autres réunissent un plus ou moins grand nombre de salariés. Pour être des plus npmbreux, les premiers ne sont pas ceux qui représentent les plus grandes surfaces cultivées, mais il n'est pas douteux que l'intensité de la culture ne compense chez eux, dans une large mesure, son étendue. D'après la statistique du ministère de l'Agriculture, dont les tableaux ne se concilient pas très facilement il est vrai, avec ceux de la statistique de la population parce qu'ils n'ont

pas été suivis avec la môme méthode, on compterait 2,167 mille exploitations de moins d'un hectare, représentant 1,083 mille hectares, et2,635 mille exploitations d'un à dix hectares, représentant 11, 366 mille hectares, contre 727 mille exploitations de dix à quarante hectares, avec une surface totale de 14,845 raille hectares, et 142 mille exploitations de plus de 40 hectares, avec une surface de 22,266 mille hectares. Les exploitations de moins d'un hectare constituent la très petite culture ; celles d'un à dix, la petite. Elles s'appliquent ensemble à plus de 12 millions d'hectares, le quart à peu près du territoire agricole, mais le quart le plus productif.

Les chefs d'exploitation ne sont pas tous propriétaires. Il y a, dans leur classe, beaucoup de fermiers et de métayers, mais ces fermiers et ces métayers eux-mêmes ont souvent des intérêts dans la propriété; il n'est pas jusqu'aux ouvriers qui ne soient, en grande partie, attachés à la possession de petites parcelles du sol. Si les auxiliaires classés commerégisseurs, commis de ferme et domestiques sont considérés comme non -propriétaires, il faut remarquer encore que beaucoup sont fils de petits propriétaires et qu'ils ne sont pas, par conséquent, indifférents aux questions de propriété.

Dans son ensemble, la distribution de la population agricole est donc bien faite pour satisfaire, sinon complètement du moins assez largement les partisans de l'égalité sociale. La masse de la population laborieuse de nos campagnes se compose, dans une bonne proportion, de cultivateurs attachés au sol qu'ils cultivent, empruntant quelquefois des bras étrangers, prêtant souvent son concours à des voisins qui ont besoin d'un supplément de travail. Aussi son organisation évite-t-elle, par la pondération de ses divers éléments, les antagonismes qui ne se manifestent que trop dans les milieux de grande industrie.

Cependant, si la petite et la moyenne culture dominent chez nous, la grande y tient encore une large place. Elle se rencontre de préférence dans les contrées formées de vastes plaines, particulièrement favorables à la culture des céréales, à celle des betteraves, ou à l'élevage, comme dans nos départements du Centre et du Nord. Son adoption maintient la division, mal déterminée ailleurs, des chefs d'exploitation et des ouvriers qui forment alors des groupes nettemeut séparés, avec des intérêts isolés. La rémunération de l'intelligence et du capital se trouve, dans ces situations, en concurrence avec celle du travail. On distingue môme, ce que Ton fait rarement en industrie, entre le loyer du capital foncier, qui est fourni par le propriétaire, et le bénéflce de l'entrepreneur de culture ou fermier. Le débat s'ouvre entre la rente, le profit et le salaire, soulevant toutes les discussions examinées par les économistes* mais il s'agite au-dessus dé nos paysans, qui sont à la fois leur propriétaire, leur fermier et leur ouvrier, et dont on se préoccupe d'autant moins qu'ils font moins parler d'eux.

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