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III. Les salaires des ouvriers agricoles

Régisseurs, domestiques, journaliers, tâcherons ; travaux qui leur conviennent, résultats obtenus par journée occupée. — Ouvriers du pays et ouvriers étrangers ; leurs attributions spéciales.— Ouvriers payés en nature; combinaisons diverses.

— Mouvements des salaires agricoles d'un moment à un autre. Contestations entre domestiques et chefs de culture. Répartition des salaires par mois. — Variations du prix de la journée de travail. Différences entre divers pays. — Salaires distribués par hectare dans divers systèmes de culture. Chômages.

— Relations entre le montant des salaires et le produit de la culture. — Budget des classes ouvrières. Frais d'entretien des domestiques. Dépenses des ménages des journaliers.

La statistique distingue, sous le nom d'auxiliaires ou salariés, les régisseurs et commis de ferme, les journaliers et les domestiques. Ils se répartissent, d'après elle, de la manière suivante :

Régisseurs et commis de ferme. 17. 966 soit 0.6 p. c.

Journaliers 1 .480.687 — 42.8 »

Domestiques 1.954.251 — 56.6 »

3.452.904 —100.0 • Les régisseurs ne sont pas précisément des salariés au

sens ordinaire de ce mot, leur rémunération s'appelle traitement plutôt que salaire. Ils ne comptent que pour une proportion minime dans le nombre des auxiliaires de l'agriculture, et encore cette dénomination semble-t-elle avoir été acceptée dans un sens très large. Entre le régisseur et le commis de ferme, qufsont des agents de direction, et le maîtrevalet, qui est un agent d'exécution, la limite est difficile à établir, et il n'est pas certaiu qu'elle ait toujours été bien observée. En 1862, on ne comptait que 10,000 régisseurs ou commis de ferme; on en a recensé 18,000 en 1881 ; c'est une différence qui parait très forte. La régie n'est pas dans nos mœurs ; elle ne s'adapte guère à nos exploitations divisées, qui ne peuvent en supporter les frais. Quelques grands propriétaires seulement y ont recours avec profit; les exploitations les plus importantes du Nord ont des commis de ferme. Il n'y a guère que le Sud-Est et le Sud-Ouest qui possèdent une classe bien caractérisée d'intermédiaires, avec un rôle qui cependant reste généralement encore effacé ; c'est à elle que se rattachent les bayles de la Provence, les payres de l'Hérault, les maitres-valets du Sud-Ouest.

Les domestiques sont des ouvriers engagés à l'année, ordinairement nourris et logés sur les domaines, presque toujours célibataires. Ils doivent tout leur temps au service . des propriétés. Qu'ils soient plus ou moins activement occupés, leur salaire reste le môme. Aussi, ne sont-ils employés qu'aux travaux qui ne comportent que peu d'interruption. Presque partout, ce sont eux qui sont affectés aux soins du bétail. Les dispositions des cultivateurs sont toujours prises pour éviter autant que possible le repos de leurs attelages ; les labours et les charrois sont une source d'occupations continues qu'on réserve aux domestiques. Sous la conduite d'un môme homme, qui acquiert l'habitude de ses animaux, qui s'intéres6e à leur entretien, on obtient des chevaux et

des bœufs, ce qu'on ne réaliserait pas facilement en les confiant au premier venu. Chaque ferme a ordinairement autant de domestiques que d attelages. C'est aux domestiques aussi qu'on remet le soin du bétail de rente, des bœufs à l'engrais, des vaches laitières, des bêtes d'élevage, des troupeaux de moutons, etc. L'entretien des volailles occupe une femme de basse-cour. Enfin il n'y a pas de ferme avec domestiques nourris, sans une servante qui aide la fermière pour les travaux d'intérieur.

Les journaliers n'ont, comme leur nom l'indique, d'engagement que pour un ou quelques jours. Ce sont eux qui sont chargés des travaux irréguliers qui exigent, suivant les saisons, un plus ou moins grand nombre de bras. Ils vivent chez eux, comme ils l'entendent, et beaucoup sont des chefs de famille. Leur journée commence généralement au lever du soleil pour se terminer avec son coucher. Elle part en été vers cinq heures du matin et finit à sept heures du soir. Déduction faite des moments consacrés aux repas ou au repos, une demi-heure entre sept et huit heures pour le déjeuner, une heure ou deux pour le dîner qui a lieu à midi, une demi-heure pour le goûter vers quatre heures, il reste onze à douze heures de travail effectif. Le souper a lieu après la sortie. En hiver, on ne peut guère se mettre à la besogne avant sept heures du matin ; il faut la quitter à cinq heures du soir, ce qui ne laisse guère que huit heures d'utilement occupées. Dans quelques contrées cependant, la durée du travail est fixée par l'usage. Elle est, par exemple, indifféremment en toute saison, de sept heures en totalité, et de six heures et demi de travail réel seulement dans les riches vignobles de l'Hérault, où la plupart des journaliers sont eux-mêmes propriétaires; ils peuvent ainsi cultiver leurs plantations après avoir achevé au dehors une journée réglementaire. Selon M. G. Heuzé, un journalier doit biner

10 à 1 5 ares de betteraves par jour, en arracher 10; faucher 30 à 40 ares de prairie naturelle, 50 à 60 de prairie artificielle ; abattre à la faulx 40 à 60 ares de céréales, etc. On estime, dans les riches vignobles du Midi, qu'un journalier doit tailler de 400 à 500 souches par jour , que la première façon des vignes prend 25 journées ; la deuxième, 20, et la troisième, 14.

En dehors des domestiques et des journalier l'agriculture occupa encore des tâcherons. Ce sont des ouvriers qui se chargent à forfait de différents travaux. Dans le Médoc, on les désigne sous le nom de prix-faiteurs. Leur rémunération est d'autant plus élevée que leur travail est plus actif, et l'emploi de leur temps est réglé en conséquence. Ils sont naturellement disposés à sacrifier la qualité de leur tâche à sa quantité, mais ils mettent à leur besogne une ardeur qu'on ne retrouve ni chez le domestique, nichez le journalier. Leur service assure toujours une économie notable aux propriétaires. Tout en demandant moins que d'autres travailleurs, ils parviennent à réaliser de meilleures journées ; c'est qu'ils ne ménagent pas leurs forces et qu'ils produisent beaucoup plus. L'excédent de production qu'ils obtiennent se partage, suivant des proportions variables, entre eux et leurs patrons. Tout le monde y trouve son profit. Théoriquement, le travail à la tâche est le plus rationnel, mais il ne s'applique pas à tout. Son adoption demande une très grande surveillance; elle expose à des malfaçons onéreuses. Le travail à la tâche convient surtout aux opérations dans lesquelles les considérations de qualité n'interviennent pas, comme les mouvements de terre . Les déblais ou les rembiais se font ou ne se font pas ; leur exécution n'est ni bonne ni mauvaise, elle est. Les cubes remués sont toujours faciles d'ailleurs à apprécier géométriquement, et il n'y a pas à craindre de contestation sur le mesurage. Si la qualité

du travail ne peut être négligée, le travail à la tâche n'est malgré tout pas impossible, pourvu cependant que cette qualité puisse être vérifiée. La fauchaison et la moisson se font avec plus ou moins de soin, mais il est toujours facile de se rendre compte de la manière dont elles sont effectuées. Aussi, ces deux occupations sont-^lles souvent encore remises aux tâcherons.

D'après M. G. Heuzé, l'arrachage des betteraves se paye de 25 à 30 fr. l'hectare ; les binages des plantes sarclées valent de 15 à 25 fr. pour la môme étendue; le fauchage des prairies vaut 8 à 10 fr. (quelquefois 12 et 14); la moisson 30 fr. Le prix ordinaire de la première façon des vignes dans le Midi est de 1 fr. 25 par 100 souches (on en compte 4,400 à l'hectare) ; celui de la deuxième façon 1 fr., et celui de la troisième 0,85. Dans les Graves de Sauternes, les vignes sont généralement cultivées par desprix-faiteurs, sous la direction d'un régisseur ou d'un homme d'affaires. « Le prix fait de la vigne, dit M. Edouard Féret dans son ouvrage sur Bordeaux et ses vins, a une étendue qui varie de 2 à 3 hectares. Le prix-faileur reçoit en moyenue 300 fr., plus les frais de médecin et de pharmacien, le logement avec un jardin de 25 à 30 ares, une vache en cheptel et le chauffage. Il donne à la vigne les soins ci-après : taille, garnissage, façons à la bêche, chausserons, épamprages, etc. Ce prix-faiteur est occupé à la journée à peu près la moitié de l'année, à raison de 1 fr. 50 ou 1 fr. 75 par jour, pour tous les travaux supplémentaires de fumage, de transports de terre, provins, etc., ce qui lui permet de gagner au moins 600 fr. par an, tout en soignant son jardin et parfois son petit vignoble.»

Les domestiques, journaliers et tâcherons, se divisent encore en ouvriers du pays et en ouvriers étrangers ; nous ne parlons pas des ouvriers nomades, sans garanties d 'honora-

bilité et de moralité, qu'il faut éviter autant que possible et qui ne méritent pas de place dans le personnel régulier des exploitations agricoles. Les ouvriers étrangers suppléent à l'insuffisance de la main-d'œuvre locale au moment des grands travaux ; ils reviennent régulièrement chaque année apporter l'appoint de leurs forces aux contrées qui en ont besoin. Ce ne sont pas des inconnus, ce sont des travailleurs auxquels on est habitué. Ils arrivent en général de contrées relativement pauvres avec le désir de rapporter chez eux un petit pécule. Leur honnêteté, leur sobriété, ne laissent ordinairement rien à désirer. Les tâcherons dominent parmi eux, mais ils fournissent aussi des journaliers et même des domestiques. Ce sont des Belges qui viennent dans nos pays de culture industrielle pour sarcler et arracher les betteraves, ainsi que pour la moisson. Beaucoup de Bretons se livrent aux mêmes travaux, en se réservant plus spécialement cependant à la récolte des céréales. Dans toutes nos plaines, les paysans des contrées montagneuses voisines prêtent leur concours aux travaux de la fauchaison et de la moisson. La plupart de nos vignobles font appel, de leur côté, aux habitants des régions environnantes au moment de la vendange. Quelquefois même, ils entretiennent à demeure, pendant plusieurs mois, un personnel étranger. On se sert, par exemple, aux environs de Montpellier, comme le dit M. H. Mares dans le Livre de la Ferme, de mèzadiers ou travailleurs au mois et conduits par un patron. «Les mèzadiers sont nourris par le propriétaire, qui leur fournit aussi les outils. La durée de leur journée est de douze heures, à partir du mois de mars, et de neuf à dix heures dans les mois d'hiver. Le prix de leurs mois, outre leur nourriture, «j'échelonne de 15 à 40 fr., quelquefois plus ; ce sont des montagnards des départements voisins : Tarn, Aveyron, Lozère. — Ils quittent les pays des vignes à la fin de juin

pour aller faire chez eux la moisson ; ils reviennent avec leur famille à 1 époque des vendanges, repartent en novembre, et descendent encora en janvier.» L'Hérault, depuis la reconstitution de ses vignobles, ne se contente plus de demander des auxiliaires aux départements voisins; ses propriétaires vont en chercher jusqu'en Espagne, d'où ils reçoivent des groupes d'ouvriers formés en équipes sous la direction d'un chef qui les représente.

Il convient enfin, en agriculture, de faire une catégorie à part des ouvriers payés en nature, c'est-à-dire placés sous le régime de la participation si recommandé par les personnes qui voudraient voir disparaître le salariat. Ce système a été pratiqué de tout temps daus nos campagnes; il perdait du terrain. Depuis ces dernières années, il semble en regagner. Son grand avantage est d'intéresser le travailleur au résultat de son travail, en lui laissant une liberté aussi grande que possible ; il diminue, en compensation, l'action du cultivateur. Dans les contrées où ce mode est en usage, les propriétaires ou fermiers cèdent ordinairement des champs labourés et fumés à des paysans qui s'engagent à faire tous les travaux de la culture, sous la réserve du partage des fruits dans un rapport à déterminer. Cette combinaison ouvre l'accès de la culture aux personnes qui n'ont ni terre, ni bétail, ni matériel ; elle donne, sur certains points, de très bons résultats. On la trouve notamment en vigueur avec les cultures semimaraichères des environs de Paris, avec la culture du tabac dans le département du Lot et des départements voisins, avec celle du maïs, et spécialement avec les plantes qui exigent beaucoup de main-d'œuvre. Parfois, c'est un travail spécial qui est rémunéré en nature. C'est ainsi que, dans la Dombes, la moisson est souvent encore payée par ce qu'on appelle les affanures, qui se composent d'une gerbe sur dix ou sur onze. Le battage se faisait autrefois aux mômes con-

ditions, mais Pintroduction de la machine à battre a fait renoncer à cet usage, qui tend à diminuer d'ailleurs, môme pour la moisson. Il n'est pas rare de voir céder la deuxième coupe des prairies naturelles à de petits cultivateurs qui se chargent, en compensation, de faire la récolte de la première pour leur propriétaire. Avec l'exploitation des bois, le salaire des ouvriers forestiers est assez fréquemment aussi payé en nature. L'écorçage à moitié est très répandu. DansleHaut-Morvan, les bûcherons ont droit à toutes les branches non marchandes, à la partie de la souche qu'on doit raser après labatage de la tige, et au morceau n'ayant pas de section qui reste après le « sciage de longueur». Quelquefois le bois des oliviers est abandonné, dans la région méridionale, pour les frais de la taille. Ce n'est plus, il est vrai, pour les deux derniers cas, de la participation directe au produit, c'est quelque chose cependant qui s'en rapproche.

Nous savons que les agriculteurs se trouvent, sous le rapport des salaires, dans les conditions ordinaires de tous les producteurs ; Tordre économique ne comporte d'exception ni contre eux, ni en leur faveur. Le travail agricole présente cependant des particularités intéressantes. Sous l'action même des lois générales qui agissent sur sa rémunération, il offre des caractères distinctifs et spéciaux qui ne se retrouvent guère qu'avec lui.

Les entreprises industrielles occupent, pour la plupart, un môme nombre de bras en tout temps. Le fonctionnement de nos usines et de nos manufactures est continu; il n'y a de chômage que dans le cas d'un ralentissement exceptionnel des travaux, à la suite de crises imprévues. En temps normal, l'ouvrage ne varie pas d'une saison à l'autre, et l'ouvrier peut se rendre régulièrement à son atelier, certain de trouver à la fin de la semaine les ressources qui lui permettront de

subvenir pour les jours suivants aux dépenses qu'exigera son entretien. Chaque jour, en un mot, lui rapporte le prix de son labeur ; il ne peut s'en prendre qu'à lui des suites de 6on manque d'assiduité. L'ouvrier de la campagne n'est pas dans les mômes conditions; ses forces ne sont pas assurées de trouver régulièrement un emploi aussi lucratif. Les opérations agricoles ne se répartissent pas d'une manière uniforme sur toute l'année ; on ne peut les entreprendre avant l'époque convenable, et quand le moment de les exécuter est arrivé, on ne peut plus les différer. Aussi le travail, qui est très recherché et, par suite, très apprécié en certain temps, est-il parfois délaissé et, par cela même, déprécié à défaut d'une destination productive.

Le travailleur rural n'a donc pas à compter sur des salaires réguliers. Sa journée ressort tantôt à un prix élevé, tantôt à un prix modique ; ce n'est qu'à la condition de prélever un excédent sur sa rétribution, quand elle est assez forte, pour le reporter aux époques de besoin, qu'il peut envisager l'avenir avec confiance. L'épargne s'impose à lui comme une condition essentielle de son existence. Sans une sage éco^ nomie, il peut se trouver aux prises, d'une saison à l'autre, avec toutes les horreurs de la misère. C'est, du reste, un fait qu'il n'ignore pas et contre lequel il se tient prudemment en garde. On ménage les deniers dans la chaumière du laboureur, et, si jamais on ne cède à la tentation de dépenses exagérées, si jamais on ne modifie ses modestes habitudes, jamais non plus, à moins de maladie ou de malheurs accumulés, on ne succombe sous le poids des difficultés de la vie. L'ouvrier agricole, dont l'emploi est iatermittent, est naturellement prévoyant ; il regarde devant lui et ne se laisse pas surprendre par les coups de l'adversité. L'ouvrier de l'industrie, n'ayant pas les mêmes inquiétudes, n'a pas les mêmes préoccupations ; il vit au jour le jour, et, trop sou-

vent, la moindre interruption dans ses occupations le réduit aux dernières extrémités.

L'irrégularité des travaux agricoles est une source de contestations assez fréquentes entre les propriétaires et les domestiques engagés à l'année. Parmi ces derniers, on en rencontre partout quelques-uns de peu scrupuleux qui, se jouant de leurs engagements, ne se font nul scrupule d'abandonner le domaine sur lequel ils se trouvent pour aller chez le voisin, dans l'espoir d'un gain plus fort. Quelquefois môme, c'est aux sollicitations de chefs d'exploitation qu'ils se rendent en agissant ainsi. Les pratiques de ce genre sont des plus répréhensibles ; l'opinion publique les condamne toujours avec sévérité. Elles seraient réprimées au besoin par les juges de paix, qui obligeraient les domestiques à remplir leurs engagements, s'ils ne voulaient s'exposer à être condamnés à une indemnité dont le taux serait calculé en raison des circonstances.

Ce serait peu, toutefois, de ne pouvoir compter, [pour maintenir les domestiques, que sur la réprobation générale. On ne peut, du reste, obliger des ouvriers à demeurer à leur poste malgré eux ; on n'en obtiendrait que de médiocres services ; on en souffrirait souvent plus qu'on n'en profiterait. Aussi a-t-on imaginé de les payer en raison de leur travail utile, non pas proportionnellement au temps qu'ils ont passé à la ferme, mais bien proportionnellement à la valeur de ce temps. Dans tous nos centres agricoles, l'usage a sanctionné des règles à cet égard. C'est ainsi qu'aux environs de Montpellier, sur le territoire d'Arles et dans l'arrondissement de Saint-Quentin, pour ne citer que ces exemples, ks gages des domestiques ruraux se répartissent de la manière suivante par 100 fr. :

Environs

Territoire

Arrondissement

de Montpellier

d'Arles

de Sl-Quenlin

Janvier. . . .

Février. . . .

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre.

Octobre.. .

Novembre..

Décembre. .

Les modes de répartition des gages des domestiques témoi? gnent de la variabilité de Pintensité des travaux agricoles avec différents systèmes de culture. Dans le territoired'Arles, le salaire de l'ouvrier ne représente, en décembre et janvier, que sa nourriture. En général, à mesure que s'améliore la culture, se régularise également la distribution des salaires. Dans les pays pauvres, on n'a jamais que très peu de cbose à faire pendant la saison rigoureuse, et le laboureur qui est alors nourri sur le domaine n'a rien à prétendre en plus. Quelquefois ce n'est pas seulement pendant deux mois, comme à Arles, que dure cette situation, mais bien pendant quatre et même six. On s'en assurerait en examinant ce qui se passe dans quelques-uns de nos arrondissements les plus déshérités. Sous des régimes culturaux plus variés, le travail est toujours plus estimé ; les occupations ne manquent jamais aussi complètement. Il y a des soins d'intérieur qui

permettent toujours à l'ouvrier de gagner quelque chose en surplus de ses aliments.

Le journalier de la campagne qui ne se loue que pour une journée ne se lie pas à Pavance. Il est donc entièrement libre dans ses allures ; il dispose à son gré de ses forces, mais il subit la loi du marché général. Le prix qu'il retire de ses peines varie avec Purgence des travaux. Il semble, au premier aspect, que son salaire journalier doive varier dans les mêmes proportions que celui des domestiques. L'observation cependant prouve qu'il n'en est rien, et, si l'on examine les choses de près, on se rend parfaitement compte des différences qui se présentent sous ce rapport. Les cultivateurs n'ont recours aux journaliers que lorsque le nombre de leurs domestiques est insuffisant; aussi leurs occupations, étant moins assurées, sont-elles payées plus irrégulièrement.

Dans les pays de céréales, dans la Beauce, dans la Brie, c'est à l'époque de la rentrée des blés et des avoines que le prix de la journée s'élève au taux le plus élevé. Quand la culture des céréales s'allie à celle des prés naturels, les ouvriers profitent particulièrement de la hausse des salaires au moment de la fenaison et à celui de la moisson. Souvent à ces époques , se produisent d'ailleurs des immigrations d'étrangers dont l'arrivée facilite singulièrement l'enlèvement des récoltes. Dans le Midi, dans l'Hérault notamment, c'est en mai et en septembre que le prix du travail obtient son maximum, à l'occasion des façons pressantes à donner à la vigne et de la vendange. Au printemps, on ne dispose que des ouvriers du pays, car à ce moment il y a partout beaucoup à faire à la campagne. En automne, au contraire, les paysans des régions voisines apportent leur aide aux vignerons en prévenant l'exagération des salaires. La cueillette des raisins est chère, mais son prix est assez stable. Eu avril ou mai, le cours des journées est peut-être plus

irrégulier, quoique plus modéré. Si de mauvais temps retardent alors les travaux, vient un moment où il faut les achever à tout prix et où on les paye en conséquence.

Les variations des prix de la journée de travail diffèrent donc beaucoup d'une région à l'autre. Le tableau suivant est destiné à en faire ressortir les oscillations.

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