En résumé, aux dépenses de vivres qui s'élèvent à la
somme de 257.55
s'ajoutent des dépenses accessoires 53.93
qui donnent un total général de. ...... . 311 .48
ou 310 fr. pour les dépenses afférentes à la nourriture et au logement de chaque domestique.
Dans nos départements du Nord, on renonce de plus en plus à l'habitude de nourrir les ouvriers à la ferme ; ils prennent leurs repas à une cantine voisine. Ce système s'est généralisé, notamment aux environs de Saint-Quentin, depuis 1840. D'après M. Risier, on avait majoré d'abord les salaires de 1 fr.; il a fallu les augmenter en dernier lieu de 1 fr. 40, mais les ouvriers du Nord sont probablement plus exigeants que ne le sont encore ceux de la Dombes.
Les revenus des journaliers dépendent du nombre de journées de travail qu'ils peuvent occuper dans l'année.
Supposons qu'ils n'aient pas de temps perdu. Déduction faite des dimanches, des jours de fête, de quelques jours de repos, il leur est bien difficile de prétendre à plus de 300 journées complètes. Estimons-les à 2 fr. 50, ce qui est une moyenne satisfaisante, cela fera un produit de 750 fr. ou de 62 fr. 50 par mois. Si le journalier n'avait qu'à subvenir à ses besoins, il y parviendrait sans trop de peine en se contentant du régime ordinaire des domestiques ; il trouverait à se loger pour 50 à 60 fr. par an. Sa nourriture et son logement lui reviendraient à 350 fr. environ; il lui resterait 300 fr. pour son habillement et ses dépenses diverses. Mais le journalier a le plus souvent femme et enfants, et les charges qui résultent de l'entretien de sa famille rendent souvent sa position très dure. La période qui suit l'établissement des nouveaux ménages est toujours pénible. Quand la mère est débarrassée des soins qu'exigent ses jeunes enfants, et que tous les membres de la famille apportent leur concours à l'oeuvre commune, quand les profits de tous se réunissent, l'aisance revient; elle dure jusqu'au moment où la vieillesse et les infirmités qui en sont inséparables créent de nouveaux embarras en ramenant la gêne au foyer, quand ce n'est pas la misère. On ne connaît pas assez les conditions d'existence des cultivateurs ; c'est faire œuvre utile que de les mettre en relief, comme le fait actuellement M. H. Baudrillart dans ses descriptions si intéressantes des moeurs, coutumes, etc., des Populations agricoles de la France. Ses ouvrages montrent notre pays sous son véritable jour. On ne s'en fait qu'une idée incomplète, quand on ne pénètre pas dans les détails de l'existence de ses habitants.