‹ Les entreprises agricolesChapitre 6 sur 57 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

l'ouvrier rural se recommande, du reste, par la part efficace qu'il prend aux travaux des champs; il ne se distingue pas aussi nettement de l'entrepreneur que dans les manufactures ; son individualité est mieux marquée.

Le fonctionnement des entreprises agricoles nécessite, avec les systèmes de culture avancés qui gagnent régulièrement du terrain, un mouvement continu de valeurs et d'espèces. On ne peut y faire face, sans engager dans ses opérations une trop grande quantité de capitaux, qu'en usant des ressources du crédit. On ne s'apercevait guère de son insuffisance, dans nos campagnes, quand les cultivateurs se bornaient à exporter leurs produits sans en importer d'autres pour une somme appréciable. Beaucoup de pays s'en passent encore facilement ; ce sont ceux dans lesquels l'idéal semble être, comme autrefois, de vendre sans acheter. Nos régions les plus riches opèrent tout autrement. Des denrées des espèces les plus variées sortent à chaque moment de leurs exploitations rurales, pour être remplacées par des matières diverses. Les échanges se succèdent sans interruption, et la circulation de l'argent ne peut pas toujours marcher de la même allure que celle des marchandises. De là, la nécessité toujours plus pressante de bonnes institutions de crédit. Celles qui sont àla disposition des agriculteurs ne répondent

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plus à leurs besoins. De grands efforts ont été tentés en vue de leur amélioration; ils n'ont pas encore abouti à des résultats bien sérieux, mais ils ne demeureront pas indéfiniment stériles. Nous nous sommes d'ailleurs laissé distancer par les étrangers, et si nous leur avons appris bien des choses, il semble que nous avons, en matière de combinaisons financières agricoles , d'utiles leçons à recevoir d'eux. Quoi qu'il en soit, les longues discussions qui ont eu lieu à ce sujet ont porté quelques fruits positifs. Ne nous auraient-elles appris qu'à mieux nous servir des moyens de crédit dont nous disposons, et dont nous n'avons pas toujours su user convenablement, qu'il n'y aurait pas à les regretter.

Le profit est le résultat que poursuivent les chefs d'entreprises agricoles. Il ne suffit pas, à lui seul, comme on est trop volontiers disposé à le croire, pour permettre d'apprécier la valeur des systèmes de culture et de les comparer entre eux, mais sa connaissance n'est pas moins une indication d'une grande portée. La notion en est malheureusement plus ou moins confuse, sa constatation généralement difficile. L'épargne en est l'indice le plus caractéristique, c'est le signe le plus certain de la prospérité ou de la souffrance de l'industrie agricole. Aussi est-il bon de noter ses manifestalions extérieures, qu'on parvient le plus souvent à

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saisir sans trop de peine, pour en déduire les conséquences essentielles.

Les considérations que nous venons d'exposer j sont celles qui nous ont dirigé dans la rédactiofiL de notre travail ; elles en montrent l'esprit. L'orga-^ nisation et la direction des entreprises agricoles 5 reposent sur l'emploi raisonné du capital et du tra^ vail dans l'exploitation du sol ; on ne peut chercher i à en exposer les règles sans traiter du crédit. De là, % la, division de notre sujet en trois parties, naturelle- "j ment indiquées, que complètent quelques considé- -; rations sur le profit, en forme de conclusion. Nous n'avons certes pas la prétention d'avoir éclairci tous : les problèmes en présence desquels nous nous sommes placé ; notre ambition sera largement satisfaite si nos lecteurs estiment que nous en avons avancé quelque peu l'étude.

Montpellier, mai 1890.

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