‹ Les entreprises modernes [microform]. Le grand commerce de détailChapitre 18 sur 23 · EN FACE D UNE SITUATION NOUTELLE · texte numérisé non relu

EN FACE D UNE SITUATION NOUTELLE

repose sur des besoins sur lesquels repose, à son tour, la liaison profonde qui existe entre les salariés de tous ordres.

La G. G. T. constitue une force si importante, Bon pouvoir peut s'exercer d'une façon si arbitraire, en provoquant Tarrêt de la vie nationale, et même celui de la vie internationale, qu'on se demande en vain quel contrepoids lui opposer. En tout cas, ce n'est point celui de l'État qui, en face de cette force si considérable, renonce à toute intervention pour maintenir la continuité de la vie nationale. Et rien ne prouve mieux le néant des Syndicats corporatifs, des Unions corporatives, qui n'avaient et qui n'ont encore pour but, nous l'avons vu, que l'intervention de l'Etat-Providence, en tout ce qui les concerne. L'Etat, de temps en temps, cédera, comme il cède, à une revendication ouvrière qu'il entérinera, comme il l'entérine, par une loi. Ge sera tout, parce que l'Etat n'a qu'une pensée : s'abstenir, enregistrer, purement et simplement, les accords qu'il désire voir se produire entre le Gapital et le Travail, en acceptant à peine le rôle de médiateur qui lui est imposé.

Triste et précaire apparaît donc la situation des ligues hybrides que fit surgir l'instinct de défense, en ses primitives manifestations ! Tristes et précaires apparaissent aussi les groupements corporatifs en révolte, soit contre ces revendications ouvrières, soit contre les impôts, soit contre les empiétements inéluctables de l'Etat. Ge sont de faibles barrages qu'emporte le premier flot. Du moins, si le premier flot ne le» emporte pas, il

les submerge. Les organisations sont parties d'une erreur: elles ont cru à la puissance du nombre de leurs adhérents, à la puissance de ces adhérents basée parfois sur leur richesse ; elles constatent douloureusement la vanité, la présomption de leurs efforts ; la force du côté politique, en effet, réside dans la masse. Et ce ne sont point elles qui l'incarnent. Elles s'agitent en des velléités qui perpétuent leur action passée ; leur programme, si peu modifié, n'est encore qu'un programme négatif; elles risquent d'apparaître, de plus en plus, comme des nids de réaction. Il n'y a pas d'autre moyen, pour assurer le progrès qu'elles rêvent, que celui de constituer la Fédération d'action, avec un programme positif.

Le programme ne sera positif et la Fédération d'action n'existera que lorsque le Patronat ne dira plus aux Pouvoirs publics, sur le ton de la prière: « Ne faites pas cela I y> Mais quand il dira, sur le ton du commandement : « Faites cela ! » Mais, pour donner l'ordre, il faut être sûr de sa maîtrise ; il faut être capable de proposer des solutions ; pour proposer des solutions, il convient d'avoir étudié les questions ; pour étudier les questions, il faut être organisé dans Taccord. L'accord nécessite l'abnégation de l'intérêt individuel immédiat, ou celui de l'intérêt corporatif, qui relève en droite ligne de l'intérêt particulier, mauvais pour toute œuvre d'un caractère vraiment social. G'est l'abnégation de l'intérêt individuel et corporatif qui, seule, permettrait à l'Etat de récupérer équitablement les impôts dont il a besoin, et

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dont rinjuste répartition est à la base de tout mouvement de révolution, chose que les aveugles et les gens de mauvaise foi ne voient pas ou ne veulent point voir.

C'est là que commence la difficulté de s'entendre. Si tous les hommes avaient été à Técole des physiocrates, ce serait plus facile, et Tharmonie ne serait pas un vain mot. Hélas! ils ne connaissent ni les physiocrates ni leurs doctrines. Et c'est pourquoi le travail reste pénalisé par Timpôt indirect, qui lui ravit clandestinement le plus clair de ses produits ; c'est pourquoi Tintelligence, l'initiative, l'esprit d'entreprise, sont réprimés et punis par les charges les plus variées, les plus illogiques, les plus invraisemblables, les plus criminelles même, parce qu'elles atteignent les moindres manifestations de l'activité, du savoirfaire, de l'émulation, de la noble ambition; elles vont jusqu'à s'attaquer au capital en formation; demain, peut-être, elles taxerontl'idéeen éclosion dans un cerveau.

L'esprit individualiste, ou l'esprit corporatif — — c'est la même chose, — en s'évertuant à crier, dans le désarroi, à la Providence-Etat-Percepteur : (( Epargne-moi, de grâce, et frappe le voisin I... Donne-moi la faveur, le privilège, les distinctions, le soleil qui réchauffe, la lune qui m'hypnotise ! » voilà le coupable, on ne saurait trop le répéter.

Cet esprit-là a fait que beaucoup se sont considérés comme satisfaits quand la patente de leur voisin s'est élevée, alors que la leur demeurait momentanément stationnaire ; cet esprit-là a fait

pou&ser des cris de joie lorsqfie quelques Coopératives devinrent de simples contribuables; cet esprit-là a fait que des millions de citoyens français se sont estimés suffisamment heureux lorsqu'ils furent admis à assister au lever ou au coucher des puissants — ne fût-ce que de leur député; — on s'est targué des faveurs reçues; on s'e&t gonflé d'orgueil pour cent puériles raisons ; et maintenant, toutes les mains se fatiguent de tenir la chandelle, car la Providence-Etat n'est plus qu'un monstre flasque dressant ses tentacules qui s'ornent de sébiles comparables au tonneau des Danaïdes.

Ce caractère, qui fut le nôtre, est devenu inadmissible, aujourd'hui que les choses elles-mêmes « hurlent la nécessité d'établir, sur une base indestructible, la liberté, la justice, la conscience et la responsabilité des rouages du grand organisme social >. Ce caractère-là, qui a dressé chez nous toutes les rivalités, tous les appétits, en face d'autres appétits ; qui a consolidé les corporations vieillies et néfastes, doit disparaître pour l'union avec un objectif précis; pour l'union qui favoriserait les énergies, les aptitudes, les audaces économiques, au détriment de l'accumulation des paperasses, des formulaires^ des questionnaires, des grimoires, des répertoires, des étiquettes, des visas, sous-visas, etc., etc., qui constituent tout l'arsenal d'une bureaucratie inapte, autant qu'insolente et paresseuse.

11 faudrait avoir pour objectif la France et non soi-même ; il faudrait étouffer l'éructation des re- Dus et les borborygmes de la faim, dans l'arrière-

garde sociale. Les Entreprises Modernes ont un immense rôle à jouer. Qu'elles organisent donc le premier des groupements par affinités, et le plus tôt sera le mieux. Ensuite viendra la Fédération des groupements par affinités, car l'exemple sera suivi. Cette Fédération aura un programme positif, et il est essentiel qu'elle ait un programme

d'action.

La composition, le programme et le rôle de la C. G. P. : tels sont les objets qu'il importe de

définir.

— Mais, va s'écrier quelque bon apôtre, que parlez-vous de G. G. P.?... A-t-elle donc besoin d'être créée? Le ministère du Commerce, avec M. Clémentel et tous les grands groupements patronaux, ne l'ont-ils point constituée en vingtdeux sections?

— C'est possible; cependant, comme on le verra, la Confédération patronale ne peut naître par ordre. En outre, les Entreprises Modernes, à quelque catégorie qu'elles appartiennent, ne peuvent se rattacher à la Confédération patronale de la production, d'institution gouvernementale. Où se rattacheraient les Grands Magasins?... A la section de la nouveauté?... Oui, mais comme ils vendent de tout, ils peuvent aussi bien se rattacher à la section art et luxe et à d'autres. Il n'y a rien là de parfaitement défini.

Et les Sociétés d'Alimentation, de qui vontelles relever?... De l'Epicerie, c'est-à-dire des grossistes, intermédiaires surannés, et des détaillants, leurs vassaux ou feudataires?... Il y aurait

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