‹ Les entreprises modernes [microform]. Le grand commerce de détailChapitre 19 sur 23 · EN FACE D UNE SITUATION NOUVELLE · texte numérisé non relu

EN FACE D UNE SITUATION NOUVELLE

là quelque chose d'absurde. Et puis, leurs ventes ne se restreignent pas à T Alimentation : ne fontelles pas la Mercerie ?

En une ligne comme en cent, comme en mille, le groupe : Union des Entreprises Modernes, c'està-dire des entreprises ayant des intérêts plus ou moins similaires, doit être constitué. Et, nous le répétons, logique, rationnelle, nécessaire, l'Union servira de pierre angulaire, parce que modèle, aux groupements par affinités qui constitueront la Fédération de l'Avenir, laquelle remplacera la Fédération existante qui n'est qu'une tentative, un ballon d'essai.

A la base, les intérêts communs et particuliers. Ils iront se dégageant à chaque échelon, pour aboutir au sommet, aux intérêts généraux du Commerce et de l'Industrie du pays.

Dans la G. G. P. ne doit pas exister d'exclusion contre telle ou telle forme de commerce ou d'industrie. Toutes les branches doivent être représentées, afin d'éviter les luttes qui sont toujours stériles et qui ne donnent à chacun que l'illusion d'un succès momentané, transformé, hélas ! bientôt en victoire à la Pyrrhus.

Du contact, naissent l'explication et la connaissance, desquelles naît l'entente, qui permet de sauvegarder les intérêts légitimes. Et ainsi sera apaisée l'âpreté de la lutte entre le grand et le petit commerce, entre la grande et la petite industrie, dressés depuis si longtemps l'un contre l'autre, pour leur malheur commun.

A ces groupements généraux, factices et hété-

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redites, il faut donc substitueF une série de groupements par affinités reposant chacun sur la cellule de base dans laquelle la vie existe, où les^ besoins s'expriment. Et ainsi, de groupements particuliers en groupements plus vastes, mais toujours par affinités, les besoins iront s'exprimant, mais s'élargissant et se généralisant, jusqu'à la C. G. P., laquelle ne sera que Témanation simplifiée des besoins généraux qui sont nécessaires et suffisants pour permettre le développement et la prospérité du eomm-erce et de Tindustrie.

Le programme de la C. G. P., il serait, à l'heure actuelle, puéril de le définir; car, s'il était possible de l'établir sans cette collaboration commune que nous venons d'exposer, la création de la G. G. P. serait parfaitement inutile.

Le programme que l'on dresserait aujourd'hui, ne serait qu'une conception a priori, issue d'un cerveau isolé, et qui ne procéderait que par hypothèses ou par déductions, basées sor certaines observations incomplètes.

Mais, ce que Ton peut déterminer, ce sont les )rincipes qui doivent présider à son établissement : 'acceptation des conditions économiques et sociales de la vie actuelle, en s'inspirant des principes de justice et de hberté. Il est nécessaire d'être résolu à aller dans le sens de l'évolution et à ne pas tenter de réagir inutilement.

Le Capital et le Travail no doivent pas être deux forces ennemies; ce sont deux forces qui peuvent avoir des intérêts différents, mais qui sont appelées à collaborer ensemble, et qu'il est

indispeasable de concilier, parce que tout échec, pour l'une ou pour l'autre, a, en définitive, son contre-coup sur la seconde. La suppression de Tune serait, au fond, la ruine de l'autre.

La lutte, soit contre le travail, soit contre les Pouvoirs publics, serait une erreur grossière.

Il faut, au contraire, s'efforcer de créer à la base, des accords entre le Capital et le Travail. Le lien de solidarité qui <^xistâit autrefois entre le petit patron et l'ouvrier, doit être renoué, afin que l'ouvrier se rende compte, et cela par une manifestation certaine et palpable, qu'il a intérêt à la prospérité de l'industrie et du commerce auxquels il appartient; que la ruine de cette industrie est la sienne propre, et que le succès, au contraire, lui apporte une amélioration à son sort.

Ainsi, le Travail ne sera plus l'ennemi, mais l'auxiliaire du Capital.

On ne doit pas, d'autre part, attendre de l'Etat ce qu'il ne peut donner. Tenter de le dominer par de petits moyens, par une lutte politique, est encore une solution mauvaise qui ne peut procurer que des avantages particuliers et passagers.

Le Travail représentant le nombre, en l'état actuel, les Pouvoirs publics, dans les grandes questions l'écouteront toujours.

Forte d'avoir derrière elle l'appui de tous les groupements, certaine d'être en communion d'idées avec eux, la C. G. P. ne sera pas un groupement factice d'amitiés ou d'intérêts particuliers, momentanément réunis contre telle ou telle tendance du pouvoir ou telle revendication du travail.

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Elle pourra avoir une ligne d'action continue ; elle sera en état de faire preuve d'une initiative qui, certainement, ne sera pas contrecarrée, car elle sera l'émanation de tous. Alors, sa force sera toute-puissante, et elle aura une direction. Elle ne sera pas un contrepoids inutile, tendant vainement à entraver des mouvements contre lesquels on ne peut rien lorsqu'ils se sont produits.

Connaissant les besoins de l'Etat, les besoins du travail et les besoins de l'industrie et du commerce, elle proposera; et ses projets, inspirés par Texpérience et l'intérêt général, seront acceptés, car ils répondront à nos besoins et à la justice. La C. G. P., ainsi conçue, sera réellement apte à constituer ce qu'il faut qu'elle soit : une organisation d'action avec un programme positif.

Un obstacle surgira-t-il ?

L'exemple des Entreprises Modernes du grand commerce de détail réunies en groupement par affinités, sera-t-il suivi? Et, s'il est suivi, la Fédération pourra-t-elle naître?... Voilà toute la question. Hélas! il y a les catégories sociales avec leurs préjugés et leur haine. D'où peut surgir

l'obstacle?...

Les classes moyennes ne sont pas l'aristocratie ; elles voudraient, sans doute, se confondre avec elle, mais elles ne le peuvent pas. Les classes movennes ne sont pas davantage des prolétaires ; elles voudraient se confondre avec eux, mais elles ne le peuvent pas. Et, le pourraient-elles, qu'elles ne le voudraient point. Elles constituent le principal obstacle à la concentration de la richesse et des entreprises; elles constituent, en outre, le principal barrage à l'avènement du socialisme.

Elles sont la source, le pivot, pour mieux dire, des majorités qui ont gouverné la France depuis cinquante ans; c'est en elles que le radicalisme eut ses racines. Nous ne nous en portons pas mieux. Il fut l'obstacle à toute novation, donc à tout progrès social. Il fit la guerre à la religion, se confondit avec Tanticléricalisme, si bien que rien, depuis longtemps déjà, ne tempère l'envie que les classes moyennes portent à ceux qui occupent des positions plus élevées ; elles seraient condamnées à laisser le champ libre au collectivisme, si elles ne haïssaient profondément la coopération et les coopérateurs, qu'elles rendent, en grande partie, cause de leur ruine. Car les classes moyennes étaient surtout représentées par le monde petit boutiquier, petit tisinier. Georges Deherme a très bien défini tout cela dans son beau livre : Les Classes Moyennes.

Si les classes moyennes ont fait, moralement et matériellement, de la France ee qu'elle est, elles n'ont pas à s'en glorifier. Nous subissons, de mille façons, les conséquences de la démagogie boutiquière, laquelle nous fît un gouvernement généralement défectueux. Ce sont elles qui ont fait dévier de leur application les conceptions de 1789; ce sont elles qui firent 1830 et qui firent massacrer le peuple parisien en 1848; ce sont elles qui culbutèrent l'Empire en 1870; c'est à elles que l'on doit les hécatombes de la Commune ; c'est à elles que l'on doit toutes les lois antiéconomîques qui nous appauvrissent, qui nous ruinent. Comme le remar<}ue Georges Deherme, la fameuse classe-

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