IV
LKS ENTREPRISES MODERNES
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de son écoulement, elles ont acheté à tour de bras et imprimé ainsi, à des prix déjà élevés, un nouveau mouvement ascensionnel.
« Mais ce spectacle ne se déroula point sous les yeux indifférents de la propriété. A force de voir les demandes se multiplier; à force de constater Tenrichissement progressif et ininterrompu des acquéreurs, la propriété se résolut à « fermer le robinet », Les offres devinrent plus rares, d'où un nouveau facteur de hausse. De quoi il est résulté que, malgré Tabondance des récoltes et les facilités relatives de transport, les prix de vente ont subi une majoration qui s'est accentuée d'année en année. Actuellement, des contrats sur la récolte prochaine (récolte 1917) se sont établis à 80 francs l'hectolitre ; on raconte même que, la semaine dernière, une cave importante, à Lézignan, a été achetée sur le pied de 83 francs. Or, je vous prie d'observer que cette cave est encore vide, que le vin destiné à la meubler mûrit dans les grappes,* que nul ne sait s'il sera bon ou mauvais, s'il pèsera 6 ou 12% s'il sera mildiousé ou marchand, et même s'il pourra être récolté. Et alors y on songe, quand même, quil y a quelque part, dans le Code civil, une disposition relative à la responsabilité pécuniaire de celui qui vend une chose inexistante.
« Tout le monde s'accorde à penser que ces pratiques doivent prendre fin; et, où l'unanimité cesse de se manifester, c'est lorsqu'on envisage les moyens propres à les enrayer. Et j'en arrive ici à l'un des objets de nos réunions.
« Partisan très averti de la liberté des conventions, je m'étais mis la cervelle à l'envers pour trouver une solution capable d'abattre la spéculation, sans porter atteinte au libre jeu de l'offre et de la demande. Aucun moyen ne m'apparut comme satisfaisant; les uns me semblèrent absolument inopérants, les autres faciles à éluder, et, en fin de compte, je n'arrive à annihiler le gâchis que par une double mesure qui heurte, je le sais, l'esprit de la grande majorité d'entre nous; de plus, son application en d'autres matières a fourni, mais pour des raisons indépendantes de sa vertu propre, des résultats contraires au but recherché; malgré tout, ces mesures sont inéluctables. Je veux parler de la taxation et de la réquisition.
« La réquisition devra s étendre à la production totale des vins, dans sept départements du Midi, à savoir : l'Aude, les Bouches-du-Rhône, le Gard, r Hérault, les Pyrénées-Orientales, le Var et la Vaucluse; exception faite pour les vins de crus classés ou provenant de régions délimitées, s'il en existe, ou à délimiter, s'il v a lieu.
« Par taxation, je n'entends ni spoliation du producteur, ni ruine du commerçant; loin de moi la pensée imbécile établissant une taxe qui permette de prendre au cultivateur son vin à prix coûtant, ou de rendre impossibles les affaires à toute une classe de professionnels dignes d'intérêt, qui se verraient privés d'émoluments inhérents à rexercice de tout métier honorable. Pour les uns et pour les autres, la marge doit être telle que le récoltant obtienne une juste et équitable rémuné-
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ration de son travail et de ses risques, et que : courtiers, commissionnaires, marchands en gros et détaillants, puissent y trouver une source de bénéfices leur permettant de vivre et de prospérer, et, en même temps, d'acquitter les charges que leur imposent les besoins du Trésor.
« Oui, « iaxation et réquisition y> entravent la liberté des transactions commerciales; c'est un fait; mais, en voici un autre : la taxe empêchera qu'un litre de vin, acheté au producteur 0 fr. 35, revienne au consommateur au prix de 1 fr. 20, bien que les frais généraux et de transport ne dépassent pas 0,2S à 0,30 le litre. Il y a tout de même, par ces temps de vie chère, des raisons d' ordre public pour qu entre le prix initial d achat et le dernier prix de vente, il n existe pas une différence de cent pour cent. Qu'en pensez-vous? 1>
Ce que Ton a pensé? Oh! parbleu, c'est bien simple de le savoir : on a pensé que les néo-commerçants devaient continuer leurs pratiques éhontées; on a pensé que l'enrichissement sans limite de certains, ne devait point être entravé; on a pensé qu'il ne fallait jamais contrarier le producteur, parce qu'il devait s'enrichir sans mesure, lui aussi, au nom de l'égahté. Et l'on n'a pas réquisitionné, et l'on n'a pas empêché la réalisation des différences de 100 p. 100 qui faisaient le bonheur d'aucuns.
Et, pour que la paix règne parmi les hommes de proie, l'Office technique du Ravitaillement s'est privé du concours des Négociants en vins à Succursales, qui, non contents de lui souhgner
plus d'un danger, avaient, au mal naissant, préconisé les remèdes.
Ceux qui disent que tous les commerçants sont des mercantis, sauront désormais à qui jeter la pierre.
LES ROULOTTIERS
Les Roulottiers.
Les Maisons à Succursales de spécialités s'installent et se développent volontiers à Paris; on en trouve de toutes sortes dans la capitale et dans sa banlieue. Le terrain semble-t-il moins favorable aux Sociétés d'alimentation à Succursales multiples? Toujours est-il que les firmes n'y sont pas nombreuses; nous n'y voyons que les Grands Economats parisiens, dont la Maison-Mère est à la Plaine-Saint-Denis. Une petite société, toutefois, s'y est établie pendant la guerre : la Société parisienne et séquanaise, avec une dizaine de boutiques. Elle est une filiale des Docks ardennais, et son but était de s'adresser plus particulièrement aux réfugiés des Ardennes; elle n'a pas failli à sa tâche, et elle leur a rendu des services.
Les Maisons à Succursales de Paris ont eu une grande influence sur la propreté des boutiques de petits commerçants; dans les villes de province et
jusque dans les chefs-lieux de canton, cette même influence s'est répandue. Le petit commerçant ne tenait pas beaucoup mieux le carreau de son magasin et le plateau de son comptoir, qu'il ne tenait sa comptabilité. Chez les crémiers, on vit voisiner, le matin, avant le départ pour l'école, à côté de la motte de beurre, le peigne dont la mère s'était servi pour la toilette de ses enfants; Maggi vint, avec ses boutiques toutes bleues au dehors, immaculées à l'intérieur; avec la gérante accorte, dont le tablier blanc n'avait pas une tache. Et cela correspondit à une révolution dans la crémerie, mais pour le plus grand bien du consommateur. Que les succursales d'une firme alimentaire s'installent, et, bientôt, l'on ne verra plus, chez maints épiciers, les denrées mélangées sans ordre sur les rayons : le pétrole à côté du café, par exemple. Si ce n'est le pétrole, ce peut être le fromage, et cela ne vaut guère mieux. Le petit commerçant, pour secouer ses négligences, a besoin du coup de fouet de la concurrence; comme, souvent, il n'a point été préparé à l'exercice de la carrière qu'il a embrassée, s'il se perfectionne, c'est davantage par imitation, quand sa prospérité est menacée, que par intuition. Elle est menacée, la prospérité des boutiquiers routiniers, jusqu'au fond des plus lointains hameaux. Si le Grand Magasin lui a ravi de sa clientèle en livrant à domicile; si la Maison à Succursales lui en a ravi également en s'établissant, en tout lieu, à la portée des consommateurs des cités ou des bourgs, le roulottier a visité ce qu'il en restait, faisant ses
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LES ROCLOTTIERS