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offres de service et prenant les commandes jusqu'au sein des chaumières les plus isolées. Ainsi s'étend partout la main du grand commerce de détail.
Le roulottier livrant à domicile fît ce que ne pouvait, ni ne voulait faire, la Maison à Succursales; il y avait donc une place pour lui, et c'est fort justement qu'il Pa prise. Mais laconservera-t-il?...
La plus ancienne Maison à Succursales avec roulottiers, c'est le Planteur de Gaïffa. Les Etablissements Debray ne lui cèdent guère en importance ; ils ont des usines modèles, pour la torréfaction des cafés, à Glichy, à Lille, au Mans, à Anvers, à Gènes et à Barcelone, alin d'alimenter les 450 succursales de France, les 50 succursales de Belgique, les oO succursales d'Espagne, les 20 succursales dltalie.
Nous trouvons, dans l'exemple des Etablissements Debray, la preuve que les Maisons à Succursales, régionales à leur naissance, sont capables de devenir, non seulement des entreprises nationales, mais des entreprises nationales rayonnant sur l'étranger. Au moment diffîcile que nous traversons, alors que nos rêves d'expansion sont entravés si sérieusement par cette grave question des changes, nous regrettons que nos grandes affaires n'aient pas davantage, en général, de ramifications à l'étranger.
Il n'y a pas d'entreprises, en France, qui soient mieux à même que les Maisons à Succursales, de retenir notre argent chez nous, en empêchant son exportation, dont nous avons toujours eu si peu
à nous louer. Elles présentent, en effet, au point de vue du capitalisme, d'indéniables avantages.
Quand elles sont régionales, les bénéfices réalisés vont au siège et se répartissent sur les villages de tout un département et de toute une province; quand elles sont interrégionales, elles peuvent attirer des capitaux sur une région qui en est démunie; quand elles sont nationales, les capitaux sont centralisés à Paris, et, Paris, c'est le cœur et le cerveau de la Franco, le centre d'irradiement, de distribution, pour employer un mot plus précis.
Les Maisons à Succursales sont nées parce qu'elles répondaient à des besoins nouveaux ; elles se développeront parce que, à la faveur du cataclysme mondial, les besoins se sont accentués. La hausse des salaires accroissait le pouvoir de consommation ; le désir de bien-être et de faux luxe a envahi les couches profondes de la société. De plus en plus, les rouages sociaux inutiles tendent à disparaître, à s'éliminer, et c'est pour cela que les grandes firmes commerciales, qui remplacent tant de petits commerces à l'heure où la France a besoin de bras pour produire, rendent service au pays et sont loin d'avoir accompli leur destinée.
Cela est si vrai, que la plupart des Maisons à Succursales, depuis Tépoque de la mobilisation, ont augmenté considérablement le nombre de leurs dépôts ou succursales, ainsi que leur capital social. G'est ainsi que, dans le laps de temps que nous avons indiqué, les Magasins du Gasino,
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à Saint-Etienne, sont pourvus de près de 500 installations supplémentaires qui rayonnent sur dix départements. D'autres Maisons, comme les Docks Rémois, les Comptoirs Français, atteints en pleine vitalité par la guerre, frappés en quelque sorte en plein cœur, réédifient fébrilement leurs 150 succursales respectives qui ont été dévastées.
Pour réaliser le développement qu'elles sont en droit d'atteindre, les Maisons à Succursales ont augmenté ou augmentent toutes, sans exception^ leur capital social. Le Familistère qui, en 1914* était au capital de 2.500.000 fr., si l'on tient compte de son fonds de réserve, est, à l'heure actuelle, au capital de 10.000.000; la Société Bourguignonne d'approvisionnement est passée de 700.000 francs à 1.200.000 francs de capital; la Ruche d'Agen est passée de 1.750.000 à 2.000.000 de capital ; les Etablissements économiques troyens, de 800.000 à 2.400.000; les Docks de rOuest, de i. 500.000 à 3.000.000; les Docks du Centre, de 1.000.000 à 2.000.000; les Etablissements Brisset, de 900.000 à 2.000.000, etc., etc.
Cette liste pourrait être indéfiniment allongée. Elle est toutefois suffisante pour montrer que l'intérêt que présentent les Maison à Succursales pour leurs actionnaires, est indéniable; nous redisons que cet intérêt repose exclusivement sur la possibilité que possèdent ces entreprises de vendre, à des prix plus modiques que ceux de quiconque, des denrées de premier choix, fréquemment renouvelées.
Les Etablissements à Succursales avec roulot-
LES ROULOTTIERS
tiers n'échappent pas aux règles communes. Ces Etablissements ont expédié d'abord, de leur Maisonmère, à leurs succursales de Paris et de province, un seul article : le café. Des agents spéciaux, dit Roulottiers, nom tiré de leurs petites roulottes à bras, — ou à chiens — chargeaient leurs voiturettes de paquets de café, qu'ils allaient vendre de porte en porte dans tous les environs, aussi bien que dans la localité où était installé le dépôt. C'est ainsi que les trois succursales de Digne ont à leur service 60 vendeurs. Ils ont peu à peu, eux aussi, évolué pour adjoindre d'autres spécialités à la spécialité primitive : thés, chocolats, pâtes alimentaires. Le grand art commercial consiste, en effet, à attirer une clientèle toujours de plus en 'plus nombreuse, pour augmenter sans cesse le chiffre d'affaires, — pour l'augmenter d'autant qu'on opère à plus petits bénéfices, —afin de faire rendre à l'argent, en dépit d'un pourcentage de gain minime, tout ce qu'il peut donner.
Le café était généralement vendu en offrant des timbres-primes. Ce genre d'aff'aires a pu prendre, à un certain moment, une extension considérable, grâce aux bas prix des cafés, il y a une douzaine d'années. Un coup sensible à leur prospérité leur a été porté, quinze mois environ avant la guerre. C'est la diminution dans la vente des cafés, qui a nécessité l'adjonction d'autres spécialités dans les roulottes.
Les Etabhssements à Succursales avec roulottiers, de par la structure même de leur genre d affaires, forcés de ne consentir aucun crédit, afin
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d'inciter la clientèle à s'adresser à eux, on^ instauré le cadeau en nature, pour le remercier d'avoir acheté et d'avoir payé comptant. -^
Ce cadeau, c'est la primequel'on obtient à l'aide des timbres qui représentent un escompte et que, sur un petit carnet, la ménagère aligne côte à côte, jusqu'à ce que le total lui permette d'obtenir l'objet convoité, lequel n'a aucun rapport avec l'objet acheté. La prime, c'était — et c'est — un objet de ménage, des tasses à café, des serviettes, des assiettes, des casseroles, etc., etc.
Ce système a obtenu dans le public une vogue énorme. Les petits commerçants, partout, crurent devoir s'y associer. Les uns le firent chez eux, avec leurs propres moyens d'action et leurs propres marchandises. Les autres s'unirent pour ' augmenter ces moyens d'action et créer des dépôts de primes. Ils s'installa aussi des Sociétés dites de « timbres >, qui se rendirent intermédiaires entre les commerçants à qui étaient vendus les timbres constatant le paiement comptant, et le public à qui les timbres étaient repris, contre remise d'un objet plus ou moins pratique ou plus ou moins luxueux, et équivalant au nombre de timbres fixé pour l'acquérir.
Le timbre-prime, pratiqué par les rouloltiers pour représenter un escompte payé en marchandise, était parfaitement légitime, et logique même. Tout procédé strictement d'allure commerciale, ne peut être blâmé, surtout s'il favorise l'habitude du paiement comptant, en déracinant l'habitude fâcheuse du crédit, Comme l'a dit la Fédération
LES roulottiç:rs
commerciale et industrielle du Nord : « Dans tout homme et toute femme sommeille encore un peu de l'enfant qu'il ou qu'elle a été. L'inventeur de "^ ce moyen d'action commerciale s'en est souvenu fort à propos. Il s'est dit que beaucoup aimeraient à posséder, de cette manière, des fantaisies qu'ils ne sauraient raisonnablement s'acheter eux-mêmes. > Mais, ce qui était logique pour des commerçants, cessait de l'être pour les Sociétés de timbresprimes éminemment parasitaires. Leur suppression fut demandée au Parlement, parce que Ton a dit qu'elles bénéficiaient, sans aucun mal, du travail du commerçant, dont elles touchaient, par la vente de timbres qu'elles lui faisaient, l'escompte réel de valeur d'argent, tandis qu'elles ne donnaient .au public que des objets nominativement portés pour cette valeur, alors qu'elles avaient pu se les procurer pour un prix moindre.
Quoi qu'il en soit, la prime est restée en faveur auprès du public et son établissement n'a peutêtre pas peu concouru au développement de l'esprit d'association, chez les petits commerçants à qui il est si nécessaire. C'est ainsi qu'à Lorient, il y a dix ans, s'était fondée, sous le patronage de Talliance du commerce et de l'industrie de cette ville, une mutuelle de timbres, placée sous le régime de la loi de 1867,
Dans cette mutuelle, tous les commerçants pouvaient entrer. Elle comptait 405 membres recevant une ristourne, en fin d'année, proportionnelle au chiffre d'affaires effectué avec l'association. Chose curieuse, cette association mutuelle a tué
les sociétés financières puissantes qui visaient le
même objet.
Si Tusage de la prime utile, d'allure ménagère, a été inauguré par les roulottiers, ils n'ont cependant pas à leur actif l'invention de la prime proprement dite. Elle demeure à l'actif des Grands Magasins. En janvier 1840, le Petit-Saint-Thomas, rue du Bac, avait eu l'idée de donner aux enfants de sa clientèle de petites médailles-réclame en cuivre, de forme hexagonale, portant, d'un côté : Toiles, soieries et nouveautés ; de l'autre : Rue du Bac, 23, Maison « Au Petit-Saint-Thomas y>, Paris. Présent modeste et naïf et dont le principal mérite était d'être ultra-moderne pour l'époque;' une belle médaille, brillante comme l'or, chacun voulait l'obtenir.
Puis, ce furent des ballons en baudruche que le Louvre, le Bon-Marché et le Printemps donnèrent aux bébés, qui les laissaient voleter sur les trottoirs, au-dessus de la tête des passants, qui rompirent plus d'un fil, transformant ainsi le minuscule ballon captif en ballon vagabond qui, parfois, allait s'échouer jusque dans les villages de la Beauce; l'ère des chromolithographies vint ensuite, constituant à leur tour une dépense dont l'utilité était savamment calculée.
Ce sont là les documents d'une histoire commerciale rétrospective, laquelle n'est pas dépourvue d'intérêt.
L'effort des Entreprises de concentration est plein d'enseignements sous tous rapports, et c'est en méditant sur lui que le petit commerce dégagera
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LES ROULOTTIERS
les moyens qu'il doit employer, non seulement pour vivre, mais pour prospérer. Certains remarquent qu'elles n'ont pas la même origine et en concluent qu'elles ne peuvent avoir la même unité de vues et de méthodes. En effet, il importe d'observer que les firmes sont de deux espèces : celles qui se sont engendrées par un commerce existant, et celles qui ont une origine entièrement capitaliste. On peut constater que les plus prospères sont les premières, du fait de l'expérience que possédaient, sans aucun doute, leurs fondateurs. Si elles sont rivales, elles ne sont pas ennemies ; elles savent que la cohésion fait la force, elles considèrent qu'elles sont susceptibles, en raison de leur puissance d'achats, d'obtenir auprès dès fabricants en concurrence, des prix avantageux, et suffisamment avantageux pour les dispenser de fabriquer. La puissance d'achats individuelle, à l'heure actuelle, doit se doubler d'une puissance d'achats collective, puisque, à l'intérieur des organisations syndicales, sont en train de se former des syndicats d'achats, qui permettront d'obtenir les denrées à des prix toujours plus avantageux, ce dont le public bénéficiera ; et c'est précisément de ce bénéfice que retirera le public, qu'il faut attendre l'essor considérable que nous verrons demain aux entreprises commerciales à succursales.
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Les Sociétés d'acliats en commun Maisons contrôlées.
Ce qui fait la force des Grands Magasins et des Maisons à Succursales de tout genre, c'est qu'ils achètent directement au producteur, et qu'àToccasion, ils fabriquent eux-mêmes. Ce qui fait la faiblesse du petit commerçant, c'est qu'il est toujours forcé de passer par Fintermédiaire d'un grossiste, qui doit prélever, sur le prix de revente de ses marchandises, un pourcentage pour les frais généraux et un autre pour le bénéfice net. Dès que les petits commerçants sont capables de se passer du grossiste, ils s'acheminent vers une forme commerciale modernisée qui leur permet, peu à peu, de mieux soutenir la concurrence et d'acquérir plus de bien-être.
On est moderne en commerce, non pas quand on a une grande façade et beaucoup de capitaux à utiliser, on est moderne quand on n'est pas
LES SOCIÉTÉS d'achats EN COMMUN
routinier et qu'on applique, en affaires, des principes que ne connaissaient pas nos arrière-grandspères. La base de tout, c'est la coopération. Quiconque coopère, est moderne. On coopère quand on met son argent en commun; on coopère aussi quand on met ses idées en commun et qu'on les applique solidairement. Les marchands de nouveautés, réunis en groupements qui fonctionnent avec un délégué-commissionnaire pour les achats, à frais communs, sous forme de coopération, en payant une commission Hxée d'avance, en répartissant les frais au prorata des achats, ont des maisons de commerce qui, même si elles sont d'importance secondaire, n'en sont pas moires ^ entreprises commerciales modernes; chaque fois que des individus qui organisent, sont aptes à s'entendre, ils peuvent créer de la viLahté dans le moderne. C'est dans l'alimentation que l'effort en commun est le plus facile à réaliser dans la pratique de la solidarité, à la condition, toutefois, que toute rivalité imbécile reposant sur des mesquineries, soit éteinte. C'est ainsi que la Rémoise, si connue, a pu se développer; que les épiciers réunis de INancy s'assurent la prospérité; que les épiciers du Forez sont groupés sous la bannière de l'Ahmentation du Forez, qui représente un perfectionnement technique, un progrès réel, une organisation économique presque parfaite, pour une meilleure répartition des richesses, et prenant en cela, tous les caractères des Maisons à {Succursales.
j'ai parlé longuement de i'Alimentationdu Forez
dans la Guerre, le Commerce français et les Consommateurs; c est une union commerciale dont il importe de redire quelques mots, parce qu'à mon point de vue, elle est un exemple-type du petit commerçant qui devient entreprise moderne.
Elle a été fondée par M. Devun Théophile, épicier, demeurant à Saint-Etienne, rue de la Répubhque, n^ 27, et M. Eyraud Rémy, épicier, demeurant à Saint-Etienne, rue Benoît, n" 5. Ceux qui exercent la profession d'épiciers ou marchands de comestibles peuvent en faire partie, s'ils disposent d'un capital de 500 francs.
La Société est anonyme, à capital variable ; elle a pour objet l'achat direct et au comptant, la fabrication et la vente de toutes denrées et marchandises se rattachant au commerce d'épicerie, de mercerie, de quincaillerie, et, d'une manière plus générale, de tout article de vente courante pour Talimentation et le ménage.
La vente de ces marchandises est effectuée aux actionnaires, au comptant. Mais ce n'est qu'un principe ; car, pour faciliter les transactions, la direction peut, sous sa responsabilité, accorder un délai au paiement, de quinze jours.
D'après les statuts, une pemture uniforme doit désigner au public les magasins des actionnaires de la Société. Une plaque émaillée, de dimension suffisante pour être remarquée, et portant l'indication de la Société, doit être placée en évidence sur chaque devanture, au cas où les dits actionnaires, pour des raisons particuHères, ne se résoudraient pas à l'emploi d'une peinture, j
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LES SOCIETES D ACHATS EN COMMUN
La durée de la Société est fixée à cinquante années, sauf les cas de prorogation, de fusion, de dissolution, prévus aux statuts.
MM. Devun et Eyraud ont apporté, à la Société, le fonds de commerce d'épicerie en gros qu'ils exploitaient à Saint-Etienne, rue de la Bourse, n^ 24. Ce fonds comprenait la clientèle et Tachalandage, le matériel qui en dépendait, le droit au bail des locaux, d'un loyer annuel de 1.250 fr. les marchandises estimées 35.000 francs. Cet apport était fait moyennant l'attribution, à chacun, de 50 actions entièrement libérées à la nouvelle Société, dont 15 actions en représentation du fonds de commerce proprement dit, et 35 actions en représentation de la valeur des marchandises.
Le capital social est fixé à la somme de 75.000 francs, divisé en 150 actions de 500 francs chacune ; il peut être augmenté, soit par l'admission de nouveaux associés, soit par décision de l'assemblée générale, sans que le capital puisse toutefois dépasser 200.000 francs, conformément à la loi.
Le capital social peut être réduit, par suite de reprises d'apports résultant d'exclusions, de décès d'associés, dans des conditions déterminées, et sans être réduit à plus des 9/10 du capital initial.
Les actionnaires conservent la faculté de se retirer de la Société, après délibération de l'assemblée générale, en réclamant le remboursement de leurs actions, dont l'importance toute seule iixe le niveau de leurs engagements, sans que les fonds de com-
LBS ENTREPRISES MODERNES
LES SOCIETES D ACHATS EN COMMUN
merce garantissent jamais les engagements de la Société.
Les actions, étant nominatives, ne se convertissent pas en actions au porteur, car il s'agit d'empêcher Timmixtion^ dans la Société^ d'éléments étrangers Susceptibles de nuire à feon fonctionnement; elles ne sont cédées qu'aux personnes agréées par le conseil d'administration, et demeurent indivisibles.
Les oonditiotis d'admission comportent ceci dé partictilier : « Tout candidat doit être présenté par les deux associés qlii sont le plus rapprochés du lieu de son commerce* Son magasin ne peut se trouver à moin^ de 80 mètres de distance de l'un ou de l'autre de ses parrains, à moins que ceux-ci ne le permettent. Pour quelque cause de départ que ce soit, les actions d'url associé sont remboursées.
Le conseil d'administration, nommé par l'assemblée générale, aies pouvoirs les plus étendus pour gérer et administrer, tant activement que passivement, tous les biens et affaires de la Société, sans exception. Il effectue toute opération se rattachant) directement ou indirectement, à l'objet de la Société ; les pouvoirs suivants dont il dispose sont énonciatifs et non limitatifs : il paie les dépenses gériérales de l'administration sur la proposition de la direction ; il passe et autorise les marchés de toute natilre, les achats^ tant en marehandises qu'en matériel d'exploitation, et, en général, de tous les objets nécessaires à l'exploitation ; il décide des baux, il les conclut, les signe,
les résilie, avec ou sans indemnité; il crée toutes maisons de vente de la Société, tous entrepôts et représentations, les transforme ou les supprime ; il détermine le mode de placement des capitaux disponibles, les fonds de réserve; il opère la réalisation ou le retrait de ces mêmes fonds, vend et transfère toutes rentes ou valeurs quelconques appartenant à la Société; il traite, transige, compromet, sur toutes les affaires de la Société ; fait toutes remises de dettes, consent au désistement de tous droits de privilèges, hypothèques, actions résolutoires, et autres droits de toute nature, ainsi qu'à toutes mainlevées d'inscriptions, saisies, oppositions et autres empêchements quelconques, le tout avec ou sans garanties, et toutes cessions d'antériorité, comme tous transferts de créances ; il donne et retire toutes quittances et décharges de sommes reçues ou payées ; il a plein pouvoir pour ester en justice, tant en demandant qu'en défendant, au nom de la Société ; il nomme et révoque tous les agents de la Société, détermine leurs attributions, leurs traitements, remises ou gratifications iixes ou proportionnelles, et, s'il y a lieu, leur cautionnement sur la proposition de la direction ; il arrête les comptes annuels et les soumet à l'assemblée générale • il propose les fixations des dividendes à répartir; il délibère et statue sur toutes propositions à faire à l'assemblée générale, notamment sur les emprunts à contracter, etc., etc. Les fonctions d'administrateur sont gratuites. Deux commissions de comptes sont rééligibles et sont rémunérées par une part déterminée dans
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LES SOCIÉTÉS d'achats EN COMMUN
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les bénéfices annuels. Enfin, les directeurs, nommés pour un temps illimité, fournissent un cautionnement de 23.000 francs chacun; ils ne peuvent, naturellement, s'employer dans une entreprise concurrente.
Sur les bénéfices, il est prélevé :
l"* La somme nécessaire à la constitution d'un fonds de réserve légale, soit 5 p. 100 au moins ; la somme nécessaire pour servir d'intérêts, au taux de 5 p. 100 Tan, au capital nominal des actions entièrement libérées et des autres actions Devun et Eyraud.
2"" 5 p. 100 pour chacun des directeurs;
3^ 5 p. 100 pour les commissaires des comptes.
Le surplus des bénéfices est réparti entre les
actionnaires, au prorata de leur chiffre d'affaires ;
en en excluant le produit du pétrole, du sel et du
sucre. >
Telles sont les grandes lignes des statuts de la Société à laquelle nous avons rendu visite, sur les indications du président de la Chambre de Commerce, qui nous avait dit: « Allez la voir ; elle accomplit des miracles ; c'est une véritable Maison à Succursales. Condamné, moi, en ma qualité d'épicier en gros, à rester le banquier de l'insolvable, j'en créerais une pareille si j'avais vingt ans de moms. Il n'y a qu'un malheur : c'est que celui qui ne dispose pas de 500 francs, ne puisse y entrer. »
Nous sommes donc allé aux entrepôts de la Société commerciale d'alimentation du Forez, au Marais, dans la périphérie de Saint-Etienne. Nous
y avons rencontré M. Devun, qui a évolué en quittant le stade primitif de l'épicerie où d'autres, par inertie, inaptitude, vieillesse encore, restent enchaînés. Nous entrâmes en conversation ; il dit : (( Les bons résultats d'une entreprise comme celle-ci dépendent de la perfection plus ou moins grande de l'organisation. Ils dépendent également de la discipline dont sont capables de faire preuve les adhérents.
— Ne sont-ils donc pas disciplinés?
— Pas toujours, hélas ! Quelques-uns viennent à nous avec des préjugés ; membres d'une société, ils ne comprennent pas qu'on ne puisse, en tout et partout, leur donner satisfaction. Néanmoins, ne nous plaignons pas trop, car l'Union n'est tout de même pas un vain mot. Isolés, que peuvent faire les petits commerçants?... Que peuvent-ils obtenir, dans les heures de crise que nous avons connues, des Compagnies de transport?... des Pouvoirs publics?... des fournisseurs ?... Rien. Les petits commerçants isolés, pendant toute la durée de la guerre, n'auraient pas atténué les souffrances du 3ublic relatives aux privations répétées et à la lausse continuelle des prix. Avec une association commerciale puissante comme la nôtre, qui rivalise avec les Maisons à Succursales, le pouvoir et les moyens sont parfaitement différents.
— Vous rivalisez avec les Maisons à Succursales, c'est vrai. Le public, qui reconnaît leur façade uniforme, reconnaît la vôtre de la même façon.
Le directeur nous répond :
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— Non ! parce que toutes les façades de nos adhérents ne se ressemblent pas. Ils ne comprennent pas le but à poursuivre, à atteindre, y Nous avons insisté de toutes nos forces sur Futilité du numérotage, de la peinture identique des des boiseries extérieures, de Tinscription de la firme en lettres blanches, etc. ; nous avons joué souvent le rôle de saint Jean dans le désert. C'est que le petit commerçant craint la dépense ; il hésite à semer, même si la récolte est probable. Et puis, il y a d'autres raisons ; voici la plus sérieuse :
« L'unification des façades et le numérotage impliquent l'Unification des prix. Or^ cette dernière est impossible à réaliser chez nos adhérents ; ils vendent à des prix établis selon leur fan- ' taisie, leur caprice. Que la devanture chez X... soit identique à celle de Z..., le public, songeant aux Maisons à Succursales, croira payer le café^ le sucre et le reste, un prix identique. Notre commerçant, précisément, a peur des remarques de la clientèle :
« Au n^ 36, le café vautâ fr. 50. Pourquoi vous^ n^ 37, le vendez-vous 2 fr. 60?... »
« Il découlé de tout cela que le petit commerçant s'affilie à l'Union pour jouir personnellement des prix plus avantageux, conséquence de Tachât en commun. Le cadet de ses soucis est d'en faire profiter le consommateu^, parallèlement. >
L'Union commerciale d'ahmentation du Forez compte de 250 à 275 sociétaires; Fépicier en gros qui fournirait 100 boutiques, achèterait plufe cher,
car la condition essentielle de l'achat à meilleur compte, c'est, nous le répétons, le marché qui , porte sur des quantités plus grandes... Pour accomplir ses miracles, tel est le secret de la Société* Le directeur apporte un exemple à l'appui de ce raisonnement :
« Parlons du lard maigre. Nous en sommes copieusement approvisionnés; au 10 août 1916, époque à laquelle nous sommes, il est vendu 2 fr. 90... C'est notre puissance d'achat qui a constitué nos stocks, antérieurement. Si nous devions aujotrrd'hui, comme un commerçant quelconque, nous adresser au Havre pour obtenir ce qui nous est nécessairej tïous paierions cette denrée 2 fr. 90 sur place..; Nos adhérents^ à qui nous livrons à très bon compte, songent à tirer, de leurs denrées, le meilleur parti possible; Un tel vend au maximum de ce qu'il peut obtenir, un autre vend comme tout le monde, et comme, en dépit de notre désir, l'unification des prix n'existera jamais, cela fera toujours deux poids, deux mesures différentes. y>
M. Devun, du reste, n'hésite pas à reconnaître que, grâce à l'unification des prix, les Maisons à Succursales et les Coopératives ont rendu au public de signalés services en apportant^ de ce simple fait, des entraves sérieuses à la haussé, donc à la vie chère.
Nous n'étudierons pas èh détail tous les groupements d'achats eh commun; A quoi bon?.;. Ne
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fonctionnent-ils pas tous plus ou moins sur des bases analogues?...
L'Union économique de Reims faisait, avant la^ guerre, plus de 7 millions d'affaires et réalisait un bénéfice de 300.000 francs. N'est-ce pas, pour elle et les entreprises similaires bien conduites, la meilleure des références?.,. Ne sont-elles pas la preuve que le détaillant peut et doit toujours se rapprocher du producteur, sinon dans l'intérêt de sa clientèle, du moins dans son intérêt propre? Eh bien ! la discipline que rêve M. Devun s'établit peu à peu. Depuis que j'ai visité l'Union commerciale d'alimentation du Forez, de sérieux progrès ont été réalisés, sous l'impulsion plus particulière du Comptoir commercial du Nord, créé par la Fédération des Syndicats commerciaux du Nord, sous le patronage du Comité pour la reconstitution du Nord. M. René Lefebvre, député du Nord, en est le président, et M. Georges Collas, le secrétaire général.
Le Comptoir commercial du Nord a un magasin central, comme les Coopératives ont un magasin de gros et comme les Maisons à Succursales ont une maison-mère. Les Magasins généraux sont situés avenue de Paris, à la Plaine Saint-Denis, et raccordés directement aux Chemins de fer du Nord et de l'Est. Des magasins régionaux existent à Valencierines, à Arras, à Saint-Mihiel, à Marchiennes, à Denain, à Saint-Amand, à Compiègne, à Reims, à Maubeuge, à Landrecies, à Condé, et dans les dix départements libérés. C'est de ce Comptoir commercial que part le vif mouvement qui se
dessine, à l'heure actuelle, plus qu'il ne s'est jamais dessiné, en faveur de la coopération qui 4era de la boutique des commerçants détaillants une Entreprise moderne, si les détaillants le veulent bien, si leur ardeur ne se ralentit pas, si leur feu sacré est entretenu soigneusement par une âme combative, qui, tout en ne se berçant pas d'illusions, garde les espoirs les meilleurs, parce qu'ils sont légitimes, et que le travail dans la solidarité ne peut pas ne point porter ses fruits.
Le groupe de Reims, le plus ancien, puisque sa formation remonte à 1885, fut, de la nouvelle Fédération, en quelque sorte la pierre angulaire. Sous l'active impulsion de M. Doneux, il avait recruté des adhérents dans diverses villes françaises : à Roubaix, à Amiens, et jusqu'à Nice ; même à Toulouse. Il n'en demeurait pas moins fâcheusement localisé, ne ressemblant point en cela aux groupements similaires qui avaient vu le jour à l'étranger, et notamment en Allemagne, pays de la concentration par excellence, — concentration qui composa toute la force de résistance de notre ennemie pendant la guerre, et qui, sans doute, contribuera le plus à son relèvement rapide.
Ce qui, pendant trop longtemps, manqua à la coopération des commerçants détaillants, c'était un apôtre. Un jour, il vint : propagandiste enragé, orateur de réunions publiques, sachant gagner à sa cause les plus cuirassés d'indifférence. Il s'appelait Georges Collas, — le même qui est actuellement secrétaire général du Comptoir commercial du Nord. En 1909, il fonda l'Union
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commerciale des Epiciers de Boulogne, et c'est un peu de ce petit centre, situé dans la banlieue de Paris, que partirent les rayons qui éclairent "^ l'ensemble du mouvement actuel.
Sitôt la guerre achevée, Georges Collas, qui avait vaillamment accompli tout son devoir, après une vie tourmentée dont nul, fort intelligemment, ne lui lit grief, — si c^ n'est le président du syndicat de l'Epicerie française, soutien invétéré des grossistes qui lient sa fortune à la sienne — Georges Collas, dis-je, se remit à la besogne. Il eut pour idéal de créer des lieiïs entre tous les groupements et sociétés d'achats en commun de France et, de nouveau, il se fit le Pierre l'Ermite de cette pacifique croisade n'ayant pour but que le bannissement de l'intermédiaire inutile et trop onéreux.
La semence des idées, jetée au hasard, emportée au vent des réunions, a germé un peu partout, car, aujourd'hui, de toutes parts, on annonce la création de sociétés nouvelles, ce dont on ne peut que se réjouir. Le mouvement semble même s'être singulièrement élargi. Une quarantaine de Sociétés d'achats en commun de détaillants se sont groupées en Fédération, sous le titre d'Union nationale des sociétés d'achats en commun. L'important groupement ne pouvait mettre à sa tète que Georges Collas ; il est évident que cela l'aidera dans la réahsation du but d'utilité publique qu'il se propose, et que les services éminents qu'il est appelé à rendre, ne se compteront bientôt plus.
LES SOCIETES D ACHATS EN COMMUN
^ Chaque semaine, lesi directeurs se réunissent à Paris; ils se communiquent les offres reçues et
des prix pratiqués dans leur région. Là, également, des représentants, des voyageurs, des chefs de maisons, viennent leur offrir d'importants lots de marchandises, bientôt réparties entre les diverses sociétés et selon leur importance respective.
Le service administratif de l'Union nationale des Sociétés d'achats en commun, possède un secrétariat administratif chargé de centraliser les renseignements et de les communiquer aux
, sociétés adhérentes. En collaboration avec le Secrétariat général, il étudie en ce moment la création d*un service de renseignements à l'étranger, service qui faciliterait énormément la tâche des acheteurs à l'importation.
On voit d'ici toute l'importance que, fatalement, doit acquérir cette moderne organisation qui pourra, à l'occasion peut-être, recevoir l'adhésion des Sociétés similaires de l'étranger, dans le but déjà entrevu de l'organisation définitive des achats et des ventes.
En effet, malgré la puissance d'achat de chacune des Sociétés d'achats en commun, aiicune ne peut prétendre à réaliser la somme de puissance d'achat de l'Union nationale; et, malgré la puissance d'achat de l'Union nationale, il est intéressant de conclure avec les groupements hors frontières, américains, anglais, belges, notamment, une communauté d'intérêts, en substituant, autant que possible, la politique des conventions
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LES SOCIÉTÉS d'achats EN COMMUN
à la clause de la nation la plus favorisée inscrite dans tous les traités de commerce, afin d'atteindre la forme idéale, parce que supérieure, de Tachât en commun.
L'Union nationale du Commerce de détail, se trouvant en présence de cartels de producteurs, pourrait ainsi négocier de puissance à puissance. Elle déterminerait une communauté d'intérêts qui englobent à la fois les petits et les moyens commerçants, et basée sur la doctrine, appliquée déjà, de la communication réciproque des prix et des négociations en cours. On a vu, au chapitre IV, que cette idée n'est pas nouvelle, puisqu'elle fut celle des grandes entreprises allemandes d'avantguerre, qui trouvaient une si utile collaboration dans les adhésions anglaises et américaines.
Une organisation moderne comme celle de rUnion nationale peut seule sauver les commerçants détaillants de la disparition qui les menace, s'ils ne s'adaptent pas aux formes élémentaires, et pourtant supérieures, de la coopération. En effet, sauver le commerce individuel dans sa forme primitive, est une utopie; utopie généreuse, soit, mais ce n'est qu'une utopie. Il faut marcher, c'est-à-dire il faut progresser et ne pas croupir dans la stagnation du marécage où l'on s'enlise, où l'on doit mourir. Or, progresser se résume en une formule qui n'est pas compliquée en principe, si elle l'est en fait : Acheter beaucoup pour acheter moins cher et vendre à meilleur compte en multipliant son chiffre d'affaires !
Au fond, c'est l'ambition qui vient aux petits,
d'être plus grands. Ceux qui ont lu attentivement le chapitre relatif aux Nouvelles Galeries Réunies, seront frappés de certaines similitudes dans ^l'origine. L'Union nationale, un jour prochain, en arrivera peut-être à établir des statuts qui définiront d'une façon plus précise encore ses opérations, et peut-être ces opérations auront-elles une autre similitude avec celles de la Société des Nouvelles Galeries Réunies qui, en tout cas, auront le mérite indiscuté d'avoir été des précurseurs :
y Fabriquer, acheter et vendre, gros ou détail, soit pour le compte de la Société, toutes espèces de marchandises généralement quelconques, sans exception, avec ou sans commission ;
2^ Se charger de tous paiements et recouvrements pour le compte d'autrui, soit au moyen de chèques, soit de toute autre manière;
3^ Fournir et recevoir des fonds ou des avances, soit en comptes courants, soit en effets, actions, warrants ou autres valeurs; faire, tant activement que passivement, toutes opérations de banque, prêter ou emprunter, en conférant ou en acceptant, s'il y a lieu, toutes garanties hypothécaires ou mobilières;
4^ Acheter, vendre, échanger, louer, avec ou sans promesse de vente, démolir, construire, modifier, aménager, tous immeubles au mieux des intérêts de la Société, et s'intéresser, directement ou indirectement, à toutes opérations se rattachant à des immeubles ;
50 Favoriser la fusion des diverses Sociétés ou
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Compagnies et Entreprises particulières, soit par voie d'annexion à la présente Société, soit par voie d'alliance, soit par tout autre moyen ;
6^ Liquider, s'il y a lieu, la portion de Vactif nécessaire à Tacquit du passif de la Société des Grands Bazars Réunis et des Sociétés qui fusionnent avec la présente;
7^ Etablir des agences, comptoirs, factoreries et succursales, tant à Paris que dans les autres villes de France, des Colonies françaises et de Tétranger
Quoi qu'il en soit, si ce n'est pas sous ces rapports exclusivement, que l'Union nationale pourra se vanter d'être une Entreprise moderne, les Entreprises modernes, surtout celles de l'alimentation, pourront revendiquer une parenté avec elle, pour d'autres raisons. La principale de ces raisons se résume en la tendance qui prédomine, à l'heure actuelle, au sein des sociétés d'achats : celle de la vente contrôlée. La raison d'infériorité des membres de l'Alimentation du Forez tend donc sérieusement à disparaître. Le Comptoir commercial du Nord, dont le siège est à Paris, 97, rue Nollet, à ce point de vue donne l'impulsion et semble en passe de devenir le modèle du genre. Les centres régionaux qu'il ravitaille et que j'ai cités, ne ravitaillent eux-mêmes que les membres de l'organisation, et, cela, à des prix que ne connaissent pas les attardés qui ont encore recours aux intermédiaires. Par contre, les membres de l'organisation sont tenus de vendre à des prix fixés par l'Association centrale, d'accord avec les
groupes locaux. C'est là une initiative très heureuse qu'il faut souhaiter voir se généraliser et ,qui rapproche singuhèrement l'Union nationale du commerce de détail, dans la conception de ses principes et leur application, des Maisons à Succursales, dans la conception et l'application des leurs, et qui se désignent elles-mêmes sous cette appellation : Maisons contrôlées.
Autre point de ressemblance : les Sociétés d'achats en commun sont des Sociétés paradions. Quelques-unes ont émis des obligations pour des sommes assez importantes. Toutes semblent aujourd'hui donner de bons résultats.
Somme toute, c'est la réalisation de la marche à l'unité de tout le commerce français, par la coopération, et que j'avais essayé de définir dans l'avant-propos de mon livre : la Guerre, le Commerce français et les Consommateurs.
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Résumé de ce qui précède.
Les Grands Magasins, les Maisons à Succursales, les Sociétés d'achats en commun, forment donc ce que j'appelle les Entreprises Modernes du Grand Commerce de Détail. Tâchons de les définir d'une autre façon, soit pour mieux établir leur similitude, soit pour mieux déterminer ce qu'elles doivent être en tant qu'affaires commerciales, objectivement :
Les Entreprises Modernes sont des entreprises qui pratiquent la coopération ou qui la pratiqueront pour grandir. Loin de la redouter, elles appellent son avènement définitif. Ce sont des entreprises de l'école libérale, où l'on considère comme néfaste l'individuahsme outrancier qui fait reléguer au second plan, non pas la solidarité professionnelle, laquelle comporte un sens étroit, mais la solidarité commerciale et industrielle, qui a un sens plus vaste, fait et fera de l'employé ou de l'ouvrier un collaborateur, un associé.
RÉSUMÉ DE CE QUI PRÉCÈDE
Les Entreprises Modernes sont des entreprises qui n'attendent pas que le public, tout le public, Vienne à elles, car elles vont à lui; elles prétendent opérer sur les masses, par grandes quantités de marchandises achetées et vendues; elles les attirent, certaines par leur luxe, la profusion des denrées, le service des livraisons à domicile; d'autres, par l'installation de succursales à tous les carrefours, par les prix ne varietur, qui plaisent particulièrement aux clients. Leur marge debénéice à l'unité peut se réduire selon les nécessités et les exigences de la concurrence ; c'est la quantité des transactions qui finit par rémunérer le capital engagé, alors que, chez le commerçant , isolé, c'est la proportion de bénéfice, élevée pour un chiffre restreint de transactions, qui compose cette rémunération.
Soyons plus clair et plus précis :
Les Entreprises Modernes sont des entreprises qui achètent par wagons, par trains entiers, par cargaisons complètes, afin de bénéficier d'une réduction de prix et, la plupart du temps, d'une réduction sur les prix de transport.
Les Entreprises Modernes sont des entreprises dans lesquelles, à tout moment de l'année, il est possible de transformer en espèces les marchandises ou les créances, l'avoir, en un mot, en faisant de cet avoir, toujours considérable, la base d'un crédit parallèlement considérable. Cela concourt à ce que l'on appelle la liquidité de l'actif assurée par les soldes, la revente, l'emprunt toujours possible quand il est interdit, au commerce
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individuel qui en connaît la parodie par l'escompte consenti dans les banques populaires, lorsque celles-ci le veulent bien.
Les Entreprises Modernes sont des entreprises où Ton pratique la ponctualité des règlements, lesquels règlements sont suivis de transactions nouvelles, conséquentes ou remplaçantes, sans qu'un jour ne soit perdu, sans quelle capital ne soit immobilisé dans une affaire, ce qui lui permet, à ce capital, d'être employé dix fois, vingt fois de suite, en produisant à chaque fois un bénéfice minime qui, multiplié par dix ou par vingt, devient, en fin de compte, un bénéfice assez coquet. La ponctualité est affaire de bonne foi, de loyauté commerciale autant que de finances ; elle ne doit jamais être impossible à pratiquer.
Les Entreprises Modernes sont des entreprises dans lesquelles on étudie des statistiques que Ton collectionne ; dans lesquelles on trace des graphiques que Fignorant ne peut lire, afin de formu- ..er, d'une façon aussi exacte que possible, des règles sur la marche des prix, l'intensité de production et de consommation, d'articles variés. C'est cette besogne ardue, digne de bénédictins, qui projette, comme une lanterne, ses lueurs sur la vie pratique, en inspirant l'acheteur, qui ne doit jamais opérer ni au hasard, ni à l'aveuglette.
Les Entreprises Modernes sont des entreprises qui ont pour but un agrandissement àjet continu, une concentration de plus en plus considérable, avec des marchandises hétérogènes, c'est-à-dire qui ne se ressemblent pas et créent la nécessité
RÉSUMÉ DE CE QUI PRÉCÈDE
de diviser le magasin en rayons, à cause de la complexité qui, sans cela, le ferait rassembler à nn capharnaum. Ce sont des entreprises dans lesquelles les marchandises, si je puis m'exprimer ainsi, s'assurent mutuellement, de manière que la perte subie sur les unes, pour un motif ou pour un autre, soit compensée par le bénéfice réalisé sur les autres, et toujours à prix invariable, fixe, affiché en chiffres connus.
Les petits commerçants qui vendent selon la tète du client et jamais à perte, ouvrent de grands yeux. Ils sentent qu'ils ne sont point nés pour de telles pratiques et s'interrogent, anxieux, pour savoir quels diables peuvent bien pousser les gens qui transforment ainsi des additions en problèmes d'algèbre, trop forts même pour des polytechniciens.
Les Entreprises Modernes sont des entreprises qui n'hésitent jamais devant le coût de la publicité, pour faire connaître leurs articles; devant les frais qu'occasionnent les expositions; la détérioration des marchandises, conséquence des étalages; le tintouin et les opérations désavantageuses que constituent certaines ventes d'articlesréclame et certaines opérations saisonnières; quelques-unes même s'adjoignent, dans leur sein, des salles de lecture, des cinémas, des salons de five-
o'clock, etc., etc.
Ce sont les Grands Magasins; ce sont aussi les Maisons à Succursales et des maisons sans succursales qui ne sont pas de grands magasins, et dans lesquelles les vérifications sont fréquentes, afin de
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constater si le chiffre d'affaires est en progression ou en régression, ce qui permet de découvrir les causes du mal, quand mal il y a, et de déterminer ^ plus exactement les prix de revient. Ce sont les maisons qui travaillent inlassablement à l'unification de la consommation qui, seule, rend possible l'unification de la production, laquelle comporte plusieurs avantages que je définirai.
Les petits commerçants dont Tidéal est de rester petits commerçants, haussent les épaules. Ils ne veulent rien avoir de commun avec les Entreprises Modernes ; ils ne savent qu'une chose : c'est qu'ils les haïssent, c'est qu'ils voudraient les voir la proie d'un cataclysme géant qui les détruirait toutes pour jamais, même quand, embryonnaires, elles apparaissent sous les espèces de l'Alimentation du Forez ou du Comptoir commercial du Nord, dont les noms de baptême leur rappellent encore trop les Comptoirs de Bourgogne ou l'Alimentation Stéphanoise, leurs rivaux.
— Comme cela, disent-ils, on serait tranquilles. . . Il y aurait de la place au soleil pour tout le monde... le vice ne serait plus encouragé... Et Ton aurait des marchandises de meilleure qualité et de meilleur goût. L'art...
Ceux qui tiennent ce langage oublient que la camelote la plus laide, la moins solide, la plus novice, ne se débite que chez ceux qui n'ont jamais aspiré, pour leur maison, au qualificatif moderne. En tout cas, toute chose sera remise à sa place quand ceux qui ne veulent pas être modernes, et qui n'en prétendent pas moins exercer
RÉSUMÉ DE CE QUI PRÉCÈDE
une profession commerciale, seront remis à la leur : dans les rangs du travail pur et simple, d'où ils n'auraient jamais dû sortir, et où les hécatombes de la guerre appellent des remplaçants, si les nations veulent vivre.
Les Bv'îîiques à succursales, sœurs des Entreprises Modernes,
D'après ce qui précède, on doit se rendre compte que les Entreprises modernes peuvent embrasser d'autres domaines que le grand détail de la Nouveauté, du Bazar ou de TAlimentation; elles peuvent embrasser aussi celles qui devraient être les auxiliaires immédiats de ce grand détail, en lui facilitant le crédit, c'est-à-dire les banques.
En effet, les banques, à Theure actuelle, sont, le plus ordinairement, des Maisons à succursales; elles aussi vont chercher le client là où il se trouve, en s'installant à sa proximité. Elles ont établi des filiales de leurs firmes dans de nombreux pays étrangers, principalement en Belgique et en Suisse.
Malheureusement, le grand commerce français ne reçoit pas un concours appréciable de ces Etablissements de crédit. A plus forte raison, le petit commerce en reçoit-il moins encore. Et c'est
LES BANQUES A SUCCURSALES
parce que les banques se désintéressent du négoce et de rescompte, que nos Entreprises Modernes n ont pas, à Finstar de Debray, un grand nombre de succursales à l'étranger. Cependant, à Theure où notre change est si déprécié, quels services nous rendraient ces succursales ! Et si elles existaient, avec quel œil attristé lesmercantis d'outrefrontières ne les considéreraient-ils point?...
Des succursales, en effet, quel que soit leur genre, pompent, en quelque sorte, l'argent de leur clientèle, au profit du pays où se trouve leur maison-mère; si la France, à l'heure actuelle, avait beaucoup de succursales en Espagne, en Suisse, en Angleterre, la France serait créditée en Espagne, en Suisse, en Angleterre; la Suisse, l'Espagne, l'Angleterre, se trouveraient débitées chez nous. Ainsi contribuerait-on à rétablir ce que l'on appelle la balance des comptes, car c'est le pays du siège social d'où vient le capital, qui retirerait les profits de toutes les opérations. Fontana-Russo, dans son Traité de politique commerciale, constate, en effet, que les Etats où le capital se forme, deviennent rapidement créditeurs de ceux où le capital s'emploie.
C'est en s'engageant dans cette voie, connue seulement des roulottiers, que la France réussirait le mieux à combler les vides qui pourraient se produire au bilan de ses paiements. C'est parce que les Allemands comprenaient cela qu'ils avaient multiplié, dans nos villes d'eaux et dans notre capitale, leurs succursales hôtelières. Une grande partie de l'argent que les Allemands
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dépensaient en France, était récupérée par leurs compatriotes qui, ainsi, en même temps que tous les autres clients, conscients ou non, créditaient l'Allemagne chez nous.
Trêve de jérémiades; nous avons d'autres raisons pour nous attrister; nous ne les développerons pas toutes, du moins aujourd'hui ; il y aurait matière à plusieurs volumes.
En attendant, c'est pitié de savoir que nous fûmes la nation la plus riche en capitaux disponibles, en même temps que la nation où les entreprises industrielles et commerciales trouvaient le moins de concours financiers. C'est grâce à cet état de choses que le crédit est mort, définitivement mort, à Paris comme en province, et que nos revenus, une fois la paix signée, sont descendus au-dessous de vingt-cinq milliards, avec un budget supérieur à ce chiffre.
Les défenseurs des Grands Etabhssements de Crédit arguent que, si ces Etablissements sont nés, c'est que leur création et leur développement répondaient à des nécessités spéciales de toutes les branches de notre activité. Peut-être. Ils ont, pour montrer leur utilité, fait bénéficier leur clientèle de taux d'escompte réduits; la clientèle abandonna les banques privées, qui se ruinèrent; depuis, la désagrégation du crédit n'a fait que se précipiter. La concurrence s'est, dans une certaine mesure, tournée contre ceux qui eussent dû en profiter. Mais les approches de la guerre, et la guerre elle-même surtout, ont fait subir aux choses et aux hommes une telle évolu-
LES BANQUES A SUCCURSALES
tion, qu'il serait prématuré de tirer des conclusions susceptibles de n'être qu'une nouvelle manifestation de nos erreurs.
^ Un vent de réaction souffle contre nos Grands Etablissements de Crédit. Est-il légitimé?... Toujours est-il que, depuis l'armistice, un mouvement semble s'être dessiné en faveur d'une réorganisation bancaire qui soit plus adéquate au développement de notre commerce et de notre industrie. La manifestation la plus caractéristique de cette nouvelle tendance est le projet, fortement soutenu par l'Etat, de créer la Banque nationale du Commerce extérieur. De nombreux économistes ont disserté sur les moyens à employer. Leurs travaux sont fort intéressants, mais ne doit-on pas examiner comment, à VintérieuVy on obtiendra une production intensive permettant, après avoir assuré nos besoins, d'étendre nos exportations? Il nous semble, en effet, d'après notre situation, que c'est le premier de tous les problèmes à envisager, puisque la production de notre pays est insuffisante pour ramener sur nos propres marchés les denrées nécessaires à la consommation, à plus forte raison à l'abaissement des prix. Chaque mois, il nous a été donné d'entendre l'hymne à la production. Plusieurs virtuoses ont concouru à ce concert. Cependant, par dizaines et par dizaines de milliers, les jeunes gens de nos campagnes, après avoir servi à Tarmée, demandent des emplois dans les Chemins de fer ou ailleurs, convaincus que, là, ils se reposeront, et qu'il n'y aura qu'à poursuivre Tap-
plication de la devise militaire : Il ne faut pas s'en faire. Des dizaines de milliers de paysans, devenus riches à la faveur de la guerre, loin de ^ réprimer le manqne d'ambition de leur progéniture, cultivent de moins en moins, de manière à n'assurer, en tout premier lieu, que leurs besoins. C'est ainsi que nos surfaces ensemencées diminuent à mesure que les prix s'élèvent, la fortune qui vient étant incitatrice à la paresse plus qu'au labeur. Des légions de travailleurs, après avoir placé leur idéal dans la journée de huit heures, songent que cette journée est encore trop longue et, par tous les moyens, s'ingénient à la raccourcir davantage. Sommes-nous dans l'impasse au bout de laquelle on trouve la mort par consomption?... Qu'y a-t-il à faire pour apporter un remède qui ne soit point un cautère sur une jambe de bois?...
Produire n'a pas seulement pour facteur la main-d'œuvre, c'est-à-dire les bras; il y a aussi les matières premières. Or, nous en manquons. Nous en manquons, non point par pénurie de ce qui les compose, nos provinces disposent de tant de choses ! Nos usines d'acide sulfurique, dans le Rhône, par exemple, n'attendent que les phosphates algériens que nous possédons en si formidables quantités, pour les transformer en engrais ; nos fours à ciment, nos fours à chaux, n'attendent que le calcaire, toujours aussi répandu dans les flancs des collines parisiennes; nos scieries n'attendent que les bois d'essences si variées de nos colonies ; nos huileries n'attendent
LES 6ANQUËS A SUCCURSALES
que les graines oléagineuses du Sénégal ou de la Guyane, etc., etc. La liste serait interminable. , Mais on attend aussi le charbon, direz-vous. Et, à 'ces différents points de vue, la question de la main-d'œuvre se lie étroitement à une question de transports. Et tout cela, naturellement, s'enchaîne avec la situation financière. Les capitaux en mouvement sont insuffisants, en dépit de l'inflation fiduciaire, pour assurer une grande activité de production et d'échanges. Et puis, si l'on considère que le Français ne fait plus crédit au Français, on en conclura que le premier de tous les moyens d'expansion à créer, ou à recréer, c'est la réorganisation du crédit. L^étranger ne nous en consentira que si nous nous en conseiîtons mutuellement.
Les grandes banques proclament : « Nous sommes commerçants ! A ce titre, nous devons jouir, comme tout autre commerçant, d'organiser et de conduire notre affaire comme nous l'entendons. Nous ne sommes que les dépositaires des fonds qui nous sont confiés, lesquels ne constituent jamais une propriété, et notre mission est de les faire fructifier; nous seuls pouvons être juges de la manière. Nous n'en revendiquons pas moins un traitement qui ne peut être différent de celui des Grands Magasins de la Nouveauté ou des Sociétés d'Alimentation à succursales multiples. » C'est fort bien. Mais les revendications, en ellesmêmes, ne sont rien. C'est la façon d'agir qui est tout. La concurrence semble devoir être à la base de tout. C'est sur elle que repose la modernisation
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des méthodes dont la conséquence la plus immédiate est la suppression de l'intermédiaire. En supposant les problèmes de la main-d'œuvre et de^ transports résolus, il s'en dressera immédiatement^ un second : un plus large crédit dont l'application sera variable, selon l'importance des entreprises.
Avant la guerre, les grandes firmes étaient plutôt favorisées dans la négociation de leurs effets commerciaux. Les nombreuses agences, succursales des Etablissements de Crédit, luttaient entre elles pour la recherche du bon papier; elles offraient même, sur certaines places, de l'escompter au-dessous du taux de la Banque de France. Ce procédé était surtout employé par certaines d'entre elles, se trouvant débitrices en compte courant sur une autre place, à un intérêt élevé. Ailleurs, et pour le papier courant, les conditions supplémentaires à celles de la Banque de France étaient très acceptables.
Les capitaux récupérés ainsi par une négociation avantageuse, devraient donc suffire aux Entreprises Modernes, s'il n'y avait pas à tenir compte des éléments de trésorerie disparus depuis les hostilités. L'escompte à longue échéance pourrait, dans une appréciable mesure, rétablir une situation normale.
Comme nous le disait M. Boya, directeur des Docks de l'Ouest : « En Allemagne, la négociation à long terme — 180 jours — permettait, avec un capital égal à celui d'une maison française, d'obtenir une plus grande production, de réduire les
LES BANQUES A SUCCURSALES
frais généraux fixés, et surtout de vendre dans de meilleures conditions. )^
Cet avantage ne va pas, n'irait pas, sans inconvénients : il immobilise les capitaux de roulement des banques, et, en cas de crise, leur fait courir de gros risques. De plus, le chef de l'entreprise lui-même suit moins attentivement les opérations de sa maison et s'expose à la compromettre par des engagements trop importants. Toutefois, il n'apparaît pas encore, dix-huit mois après les hostilités, que des faillites kolossales et nombreuses aient péremptoirement démontré les inconvénients du procédé. Au contraire, nous en tirerons argument pour affirmer que notre pays ne doit pas se contenter, en ce qui le concerne, du statu quo. Nous ne doutons pas que les Maisons à succursales de banques ne consentent à appliquer un terme de 120 jours, si la Banque de France, régulatrice des opérations bancaires, consentait à l'apphquer elle-même. La forme succursaliste, en effet, ne peut être, dans certains genres, facteur de progrès, et dans d'autres, facteur de régression. Etant toujours identique à elle-même, elle ne peut avoir qu'un identique résultat : mieux-être.
Il n'y a pas que les ventes consenties qui puissent être envisagées : il y a la période d'achats et de fabrication à passer. Les industriels, en effet, font l'avance des matières premières nécessaires, ainsi que les frais de main-d'œuvre, avant de retrouver le produit de la vente des objets manufacturés; les négociants effectuent leurs achats à la récolte ou lors de la fabrication, et
lia ENTB»RiaES MODERNES
l'écouiement de leur marchandise se répartit sur l'année entière. Pour parer à toute situation, la crédit est nécessaire. Jadis, on le consentait à des ^ conditions gui faisaient presque mentir son nom :
11 fallait posséder exclusivement des valeurs mobilières cotées à la Bouree de Paris et calculées à 75 p. 100 des cours. Les immeubles, hypothèques, signatures solvaWes et excellentes garanties diverses, ne comptaient pas plus les unes que les autres. On ne voulait accepter, générale^ tt»nt, que des gages rapidement réalisables et, chose grave, en cas de prévision de crise, le commerçant ou l'industriel étaient mis en demeure de rembourser immédiatement l'avance qui leur avait été consentie. Cet imprévu restait sans conséquence si la trésorerie de l'emprunteur permettait de satisfaire le banquier ; autrement, le contrat d'avance le permettant, les valeurs étaient vendues d'office ; il en résultait des pertes appréciables.
Ce qu'il faut, dans l'avenir, c'est que les instructions des sièges centraux soient moins radicales et qu'elles admettent les cas particuliers; c'est que les directeurs d'agences connaissant la moralité de leurs clients, puissent leur éviter, quand il Y a lieu, les mesures extrêmes. Ce sont ces surprises possibles qui, dans le passé, on» pendu nos négociants hésitants, alors même qu'ils trouvaient l'occasion favorable pour étendre leurs affaires. Une bonne valeur étant une garantie seï-ieus©, ne devrait plus, demain, pouvoir être refusée. U» autre moyen que tes Entreprises Modernes
LES BANQUES A SUCCURSALES
de Crédit pourraient mettre en pratique, pour aider les Entreprises Modernes de grand détail, ç^siderait dans le placement des « Obligations ». Ces titres, mis en circulation au taux de capitalisation des autres valeurs, et reposant sur des garanties de premier ordre, constitueraient un excellent placement pour l'emploi des disponibilités. Une activité économique considérable en serait immédiatement la conséquence.
Une loi interdisant le placement de valeurs étrangères non autorisées par l'Etat, retiendrait les capitaux disponibles, qui s'affecteraient alors en partie aux titres industriels français. Les « Banquistes » vivant de commissions frôlant l'escroquerie, en seraient seuls désolés ; mais ils ont fait assez de victimes, durant ces dernières années, pour que nul n'éprouve, à leur égard, le moindre sentiment de pitié. Les Entreprises Modernes de Crédit solutionneraient ainsi, pour les sociétés anonymes et en commandite par actions, un certain nombre de problèmes. Enfin, si elles ont, comme le nom de certaines l'indique, réellement pour but d'aider au développement du Commerce, de l'Industrie et de l'Agriculture, les marchandises en entrepôt pourraient obtenir des avances au même titre que celles en entrepôts agréés par l'Etat, à l'exemple des Warrants. Rien ne devrait s'y opposer, si l'intéressé pouvait disposer d'un local spécial où ces marchandises seraient emmagasinées pendant la durée de l'avance, — le grand commerce, cela s'entend.
Car, il n'est rien de plus souhaitable que de voir
les Entreprises Modernes, de tous genres, marcher la main dans la main, comme on dit, afin d'appliquer les principes de la solidarité. Malheureusement, jusqu'à ce jour les Etablissements de Grédiv* n'ont pas établi suffisamment de différence entre elles et les « Margoulins » ; certaines, dès longtemps, justement, ont eu une altitude boudeuse à l'égard des grandes banques. D'autres usèrent de représailles vis-à-vis du Crédit Lyonnais ou de la Société Générale, en n'y maintenant qu'un compte courant, avec, à leur actif, la somme de UN hanc. Telle de ces entreprises, la Vigneronne, par exemple, est dans ce cas, quel que soit le nombre de millions qui compose son chiffre d'affaires annuel. La Vigneronne paie tous ses achats au comptant; son compte de un franc lui permet d'opérer l'encaissement, et non pas l'escompte des valeurs — des chèques, — qui lui sont remises par ses clients. Sitôt cet encaissement effectué, le retrait des sommes a lieu.
Un notable commerçant de Bercy me contait récemment :
« Il n'est pas rare que les grandes banques envoient ici un de leurs démarcheurs pour me solliciter, afin que notre firme fasse partie de leur clientèle. Dès que le démarcheur apparaît, je me débarrasse de lui par un infaillible procédé. Je lui confie :
« Dites à votre banque que j'ai besoin d'un demi-miUion, et demandez-lui si elle consent à m'accorder un découvert de cette importance.
— Parfaitement! répond l'employé, qui ne re-
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paraîtjamais, mais qui est remplacé, un an après, par un autre démarcheur, auquel la même deli'ainde est faite. »
Ge commerçant me disait encore :
« Vous comprenez que je n'ai pas besoin du crédit des banques; je pourrais, au contraire, leur prêter de l'argent. Elles l'accepteraient volontiers, pour en trafiquer, mais elles n'entendent point user de réciprocité. Or, il est évident que je n'ai aucun intérêt à remettre à la Société Générale une somme d'un demi-million pour me voir consentir un découvert d'autant, — peut-être un découvert moindre. Ge serait là une pratique de dupe, en matière commerciale. »
Voilà qui résume la situation. La désorganisation totale du crédit ne peut être consommée ; c'est la solidarité de nos grandes Entreprises commerciales et de nos grands Etablissements de crédit qui, seule, nous en préservera. Le jour où cette solidarité se manifestera, l'avenir des Entreprises Modernes sera magnifique, et notre patrie connaîtra la riche floraison économique qu'elle attend — qu'elle ne peut attendre à perpétuité.
XUX Ï>AYS ENVAHIS