‹ Les entreprises modernes [microform]. Le grand commerce de détailChapitre 8 sur 23 · II · texte numérisé non relu

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Les Entreprises Modernes aux pays envahis.

Le Nord,

Ce sont) sans contredit, les Entreprises Modernes du commerce de Talimentation qui^ durant la guerre, ont eu à jouer, dans le pays, Un rôle prépondérant. Elles le jouent encore, en raison des difficultés, et aussi parce que la question du ventre domine toutes les autres.

Il importe de classer ces entreprises en trois catégories : celles des pays envahis ; celles qui furent voisines de la ligne de bataille ; celles de rintérieur proprement dit.

Il nous a été donné de rencontrer, en décembre 1915, des rapatriés de Charleville. Nous les avons interrogés sur la façon dont ils vivaient et sur Tefficacité du rôle que jouaient les commerçants à l'égard de ceux qui demeuraient sous la botte allemande. Tous nous ont déclaré que, là-bas, le commerce de détail avait exploité la

situation dans la mesure de ses moyens et de ses forces. Le mercantilisme, au contraire s est de^ chaîné plus vile de l'autre côté des tranchées, qu il ^ ke s'est déchaîné dans les départements auxquels étaient épargnées les horreurs de l'i"vasion etran^ gère, ou simplement de l'occupation milita«fe» Lit française, soit anglaise, soit belge- Au milieu de l'emportement des appétits, les Docks ont mainten'u leurs prix jusqu'à la |i-f ^f^^X^ stocks, méritant, par là, la sympathie la pl^^^ve. Les gérants se sont conduits en braves gens et en gens braves, conservant un esprit de discipline dont l'absence de direction pouvait f^j^^J^f ^"^^^«^ l'évanouissement, à cause de l'improbabihte des

sanctions. ^^„^

.Nous avons pu également, à la même époque, obtenir des renseignements fort intéressants sur les Nouvelles Epiceries du Nord, dont le siège est à la Madeleine-lez-Lille. M. Dumont, ^^^^^^^'^^ ces Etablissements, eut maille à partir avee nos ennemis ; il ne dut son salut qu'à la présence d'esprit, au désintéressement, au dévouement de Jacquet, fusillé, au plus grand.mépri^ de la civilisation, on s'en souvient. Déjouant a surveillance extrêmement serrée dont il était l objet, malgré ses préoccupations, ses ennuis, ne songeant qu à l'accomplissement de ses devoir professionnels, il nous faisait parvenir par la Hollande, dans une canne creuse qu'un fugitif avait en mams, une lettre dont voici un des principaux passages . ^ Le siège social est toujours mlact ; le sera^t-il

encore longtemps? Nous ne poumon* l affirmer.

Quoi qu ,1 en so,t, le directeur est resté à son poste ; ,1 continuera à y rester. Pour veiller de

^rdi! T '^'' ^' concierge. Il a installé un gardien dans sa propre maison. La circulation en effet, est très difficile, pour ne pas dire impossible. Le contact a été conservé entre la Maison- Mère et une trentaine de Succursales, qui Cnt

mesure de leurs demandes, sans raréfier la marchandise et sans exploiter une situation extrêmement péni le, comme l'ont fait certains trafiquants.

les entrlnAr ' '^ "^ ' P^"^ grand'chose dans es entrepots, comme épicerie surtout; au surplus toutes les marchandises qui restent' sont cons : gnées, depuis trois semaines déjà, pour les besoins de 1 armée allemande. Pour des gens qui aiment le négoce, il y a de quoi devenir fous

« Naturellement, le personnel est des plus restreints, mais il faut bien entretenir les denré ^ en bon état, les soigner. Comme il est logique d aider un peu tout le monde, ce personnel change

dSilit'é.^^^ ""^ '''''' '' -^'^-^^^ - non

« La Société de Secours mutuels est venue en

aide, de toutes ses forces, aux femmes des mobT-

et n?«" n^trouve aux entrepôts que deux chevaux et une plate-forme. Tout le reste a été pris ou réquisitionné ; mais le directeur croit que toutes mesures utiles ont été envisagées pourra sauve garde des intérêts de la Société, et nous pensons

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pouvoir vous faire la même affirmation rassurante.

-; Les écritures sont à iour. »

lia voila.

N'y a-t-il pas, dans ces phrases, toute une révélation d'un héroïsme particulier : l'héroïsme commercial joint à l'accomplissement d'une multitude de devoirs, dont le moindre n'est pas l'objectif de fraternité qu'un Français s'est imposé, sous le joug pesant de l'ennemi ?

Nous avons voulu effectuer sur place une enquête, afin de retracer, aussi complètement que possible, dans cet ouvrage, l'historique des Nouvelles Epiceries du Nord, pendant l'occupation. Il nous a semblé qu'un tel travail était une œuvre ^extrêmement utile, et qu'à ce point de vue, comme à celui, d'ailleurs, de toutes nos autres grandes firmes commerciales, il y avait un véritable intérêt national. Comment les Français, qui parlent toujours d'essor économique, ne s'intéresseraientils point aux affaires dont le rôle est essentiellement et éminemment économique?... Gomment aurions-nous pu vulgariser, par le texte et par l'image, tout ce qu'ont subi nos monuments, témoins du passé, sans relever ce qu'ont subi et ce qu'ont fait des entreprises qui ont pourvu et qui pourvoient, contre vents et marées, à l'approvisionnement et au bien-être de toute une population?...

Lorsque quelques décades se seront écoulées, nos fils ou nos petits-fils, et même quelques-uns d'entre nous, nos derniers survivants, auront un

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plaisir immense à fouiller parmi les vieux illustrés, pour y retrouver les croquis de la grande guerre, lesquels nous ont passionnés» mais -^ui, déjà, seront tombés dans l'oubli et ne surviviont qu'à titre de curiosités d'une valeur plus ou moins documentaire. Ils n'éprouveront pas, en les examinant, les angoisses qui nous ont été familières, non plus que les chagrins que laissent en nous les deuilâ et la dévastation.

Ils flâneront en pantoufles, dans leur cabitietde travail et devant leur bibliothèque. Une gravure, surgie d'un carton ou du feuillet d'un ouvrage entr'ouvert, remettra en lumière un événement qui provoqua le tollé des peuples; la cathédrale de Reims, dressant sa haute et noble silhouette enveloppée de flammes ; le beffroi d'Arras, à demiV démantelé ; des rues dévastées, anéanties 5 des quartiers entiers de nos cités, prospères hier» glorieuses toujours, défigurés par les effondrements.

Les amateurs d'histoire des années à venir» patriotiquement, évoqueront les jours angoissants qui furent le « présent » de leurs pères, et, remuant >> la poussière des souvenirs entassés pêle-mêle, abandonnés, ils en tireront les leçons qu'ils comportent, provoquant de tardifs sentiments d'horreur et des résurrections de haine.

Les horizons, avec leurs murs branlants ou leurs bois massacrés, si débordants de la pitié des choses, les montagnes hérissées de fortins et de fils de fer barbelés, les ruisseaux des vallées infernales où les eaux charriaient des cadavres, les aïeux de

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l'époque future les reconnaîtront sans doute. «Tiens, dira l'un, voici Bétheny, la ligne du Viemin de fer au pied de laquelle j'ai pr.s les tranchées, par un clair de lune qui nous a trahis, et qui éclairait derrière nous Reims, désertée et martyre, où surgissaient des clochers et des tours aux allures d'invincibles géants ! >

Certes, alors, le champ de bataille, évoqué rapidement, réapparaîtra dans le rêve, comme sous l'empire d'une magie diabolique; on reverra le carnage, le sang, les membres épars, les cadavres, les frères d'armes couchés par la mitraille et qui, blessés, gémissaient ou poussaient des cris ; les affûts sans canons, les canons sans affûts, les armes abandonnées, les havresacs ouverts comme des ventres, les casques, le linge, les vêtements jetés pêle-mêle, comme aux abords d'un grand ba«ar après le sauvetage et l'incendie. Les aïeux de demain, une fois de plus, au seuil de leur tombeau, à la limite de vie que leur assignera la nature, sentiront de nouveau les larges ailes de la mort frôler leurs fronts. La seule chose dont ils ne se souviendront pas, c'est du sort réservé par la guerre a de grandes entreprises hier florissantes, qui furent bientôt plongées dans la ruine, en dépit de leurs capitaux, des initiatives de leurs directeurs, des trésors d'énergie dépensés par tous, patrons et employés, pour tenir dignement et pour ressusciter I 11 y a là, on le comprend, une lacune a combler. Certes, la cathédrale et le beffroi ont une place dans notre cœur, puisqu'ils furent les témoins de la vie agitée de nos pères, pleine des

Ir

fr.

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espoirs d'indépendance et d'affranchissement, en même temps que des souffles de révoltes ; mais, si nous ne conservions que leur vision devant nos yeux, nous serions un peuple artiste sans doute, peuple dans Tâme duquel se réveillent toutes les vieilles sentimentalités, louables, mais insuffisantes pour nous faire conquérir, dans le monde, le rang auquel nous avons droit, si nous nous plaçons au point de vue strictement économique, toujours si négligé. La maison de commerce et Fusine qui ont leur histoire, ne peuvent donc être oubliées dans les monographies de la ruine et de l'oppression. Et nous soutenons que nous serons prêts à tout l'essor rêvé, le jour où nos enfants seront capables de s'y intéresser comme ils s'intéressent aux choses déjà citées. Ce jour-là seulement, car, alors, c'est que les c affaires » les préoccuperont, comme il serait à souhaiter qu'elles les préoccupassent.

Nous fermerons cette parenthèse, un peu longue, mais peut-être pas tout à fait inutile, « pour en revenir à nos moutons "» :

Dès le 29 juillet 1914, le public, surtout celui des populations frontières, se rendait compte de l'inévitabilité de l'affreuse guerre. Le premier symptôme de ses inquiétudes, — en même temps que de ses prévoyances, — fut une ruée vers les magasins d'alimentation. La notion du boire et du manger est la dernière que l'homme oublie. Il se produisit alors un phénomène commun de toutes les luttes entre peuples et de toutes les entrées en campagne : la plupart des commerçants augmen-

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tèrent leurs prix de vente, surtout quand il s'agissait des denrées les plus indispensables : sucre, sft\, pâtes alimentaires. Les Nouvelles Epiceries du Ivcird, comme presque toutes les Maisons à Succursales de France, interdirent à leurs gérants de céder à la tentation, et leur recommandèrent d'être de sérieux éléments modérateurs de la hausse déchaînée.

Puis vint l'occupation... Elles écoulèrent ce qui ne fut pas réquisitionné ou pillé par l'ennemi, aux prix anciens, et, lorsque leurs magasins furent vides, elles suspendirent tout commerce, car les transactions honnêtes et propres devinrent impossibles. Seuls, quelques individus sans conscience, s'entendant avec les autorité» allemandes, purent ^ importer des denrées de Hollande, qui ont procuré des bénéfices scandaleux à ces trafiquants.

M. Dumont mit sa maison à la disposition des Comités de Ravitaillement, mais sans aucun succès. Il est inutile d'en exposer ici les raisons.

Tout ce qu'il était possible de faire, fut fait pour le personnel. Les femmes d'ouvriers et employés mobilisés reçurent 1 5 francs par mois ; les quelques employés et ouvriers encore occupés et les femmes des mobilisés obtinrent, pendant près de trois ans, le sucre, le sel et le café, à peu près aux anciens prix, alors que ces denrées essentielles, accaparées par les mercantis, montaient à des prix fantastiques ; les employés prisonniers reçurent des colis envoyés par les Maisons de Lyon, dont la parenté avec les Nouvelles Epiceries du Nord n'est un mystère pour personne.

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Vîs-à-vis delà population, les Nouvelles Epiceries du Nord ont aussi rempli leurs devoirs de solidarité. Au mois de novembre 1914, Lille él;rit menacée de famine. Il n'y avait plus de farine (celle-ci s'est vendue, pendant l'occupation, jusqu'à 20 francs le kilo), et les Allemands ne consentaient à livrer cette denrée de première nécessité, qu'à la condition que le paiement en fût effectué en monnaie d'État. — La Mairie de la Madeleine ayant fait appel au public pour obtenir les fonds nécessaires, les Epiceries du Nord lui remirent, immédiatement, la totalité de leur encaisse.

Pendant toute la durée de l'occupation, la Société ne cessa d'être en relation constante avec les gérants de ses Succursales et de leur prodiguer ses conseils. Témoin cette circulaire du 15 novembre 1913, que je cite au hasard, et qui n'a pas été écrite, on en conviendra, pour les besoins de la cause :

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