‹ Les enveloppes des testicules [electronic resource]Chapitre 10 sur 15 · I. Développement de la vaginale · texte numérisé non relu

I. Développement de la vaginale

Les anatomistes n'ont pas encore pu se mettre d'accord sur la formation de la vaginale. Pour les uns, cette formation précède la descente du testicule; pour les autres, elle l'accompagne. Les premiers disent que la vaginale est préformée; les seconds pensent qu'elle est co-formée. Il faut ici s'entendre sur les mots. Quand on parle de préformation de la vaginale, on veut dire, je crois, que le prolongement du péritoine dans les bourses y précède le testicule, mais non point qu'il est indépendant de ce péritoine ; ou, sous une autre forme, on entend que la séreuse abdominale peut pénétrer dans la. poche scrotale et y aller former la vaginale sans ou avant que s'accomplisse la migration testiculaire, mais non pas, sans doute, que la vaginale se déA^eloppe d'une façon indépendante à la face profonde des parois des bourses, comme la plèvre à la face profonde du thorax ou le péritoine à la face profonde du ventre. A mon avis, Roy (1) s'est au moins servi d'une expression malheureuse quand il a écrit que, d'après quelques auteurs, la vaginale « se formait à part dans le scrotum d'origine ectodermique et se développait en même temps que lui et avec lui ». M. G. Félizet (2), dans son récent livre des « Hernies inguinales de l'enfance » , semble aussi s'être mépris sur le sens du mot préforraalion delà vaginale : « Br.vjniann, dit-il, a imaginé une petite cavité séreuse qui, formée dans le scrotum, n'attendrait que l'arrivée du testicule pour s'ouvrir devant lui, le recevoir et s'isoler aussitôt après de la cavité péritonéale », si bien « que la vaginale serait formée par une séreuse qui ne doit rien à personne ». Ce n'est pas ainsi, à ce qu'il me semble, qu'il faut comprendre la question. Que la vaginale soit un prolongement, un cul-de-sac extériorisé

i\) Roy : Im tunique vafjinale préexisle-l-elle au leslicule dans le scrotum ? Echo médical de Toulouse, ly juillet 1889, n° 28, p. 329.

(2) G. P'ÉLizET : Les hernies inguinales de l'enfance, p. 23. Chez Masson, Paris, 1894,

qu'on me passe ce néologisme qui rend bien ma pen-

gée — du péritoine, cela ne saurait, je pense, être mis en discussion. Le procès se résume donc à ceci : A quel moment cet infundibulum péritonéal apparaît-il en dehors de Tabdomen? Sa formation précède t elle ou non le passage du testicule au travers du détroit inguinal? Disons mieux : Y a-t il ou n'y a-t-il pas un sac vaginal alors que le testicule est encore dans le ventre ?

Les anatomistes vivaient depuis longtemps sur la description d'HuNTER et croyaient avec lui , non pas, comme on le dit quelquefois improprement, que « le testicule, par sa migration, repousse le péritoine devant lui », mais bien « que dans son déplacement de haut en bas il entraîne avec lui le revêtement séreux auquel il adhère » , lorsque Kolliker — il est, je crois, le premier — se fit le défenseur delà préformation vaginale. On pensait, avant lui, comme dit A. Broca (1), « que le testicule, transformant le trajet inguinal virtuel en un canal séreux réel, se frayait à lui-même sa voie et se créait la séreuse » ; il vint dire, au contraire : u La gaine vaginale n'est autre chose qu'une invagination du péritoine qui naît d'une façon absolument indépendante déjà au commencement du troisième mois. Peu à peu la gaine devient un canal péritonéal qui traverse la paroi abdominale et va jusque dans le scrotum. Le canal inguinal se forme donc ainsi avant que le testicule ne soit sorti de l'abdomen ».

En 1887, A. Broga(2) plaida, devant la Société d'anatomie, pour la préformation de la vaginale, tout en concédant que la théorie appelait « de nouvelles recherches d'anatomie humaine, d'anatomie comparée et d'embryologie ». ïuFFiER et Bazy, plus affirmatifs encore, vinrent, dans la même séance, rapporter des faits tendant à confirmer cette assertion de Broca : « Le canal vagino-péritonéal existe, que le testicule descende ou ne descende pas ; la hernie qui accompagne une ectopie testiculaire n^est donc pas forcément une hernie ordinaire; elle peut être une hernie congénitale » .

(1) A. Broca : Hernie inguinale avec position inconnue du testicule, suppuration du sac déshabité. In Bulletins de la Société anatomique, Paris, 1887, 5» série, t. I, p. 236.

(2) A. Broca : Loco cilato, p. 232.

llEimviG (1), dans son beau livre, ne considère même pas ([u'il puisse subsister de doute ii cctégard : « Au point où le y:abernaculum de iluNThu traverse la paroi abdominale, il se forme une évagination du péritoine appelée diverticule vaginal du péritoine qui refoule progressivement la paroi abdominale: l'orifice qui fait communiquer la cavité de ce diverticule herniaire avec la cavité abdominale est appelé anneau inguinal interne: la partie rétrécie qui lui fait suite constitue le canal inguinal ; enfin, la partie terminale renflée en cul-de-sac est logée dans la saillie formée par la paroi abdominale, c'est-à-dire dans le sac scrotal. Le testicule s'engage aussi dans ce diverticule du péritoine, etc., etc. »

KoLLiKEu et Hertwig ne disent ni quelle a été la nature de leurs recherches, ni à la suite de quels examens ils ont pu affirmer qu'avant la descente du testicule le prolongement du péritoine pénétrait dans les bourses et s'étendait jusqu'au fond du scrotum: à l'appui de leur opinion, ils ne donnent, au reste, aucune figure; dans chacun de leur chapitre, il existe seulement deux dessins schématiques qui ne démontrent rien.

Eu lisant la discussion qui s'est engagée au sein de la Société anatomique en 1887, au sujet de la communication de A. Broca, on peut se convaincre que ceux qui défendent la préformation vaginale étayent leur opinion sur deux ordres de faits : des faits d'ordre anatomique et des faits d'ordre clinique.

Que valent d'abord les faits d'ordre anatomique? Tuf- FiEu dit, et l'on sait avec quelle rigueur scientifique il observe, ïuefier (2) dit : « J'ai disséqué un fœtus de quatre mois et j'ai vu le faisceau moyen du gubernaculum conduire jusqu'au fond du scrotum une vaginale préformée. » Une affirmation en de pareils termes est évidemment très impressionnante; je me demande, pourtant, si Tlffxer a bien vu. J'ai disséqué, moi aussi, des fœtus; plus loin, je dirai les constatations que j'y ai faites: mais dès maintenant, je puis donner l'assurance que, même

(1; IlERTWif; : Traité d'embryologie de l'homme et des vertébrés. Traduit par Ch. .Julikx, Paris, ctiez Ueinwald, 1891, p. 353.

(2) TuFFrKR : fiéponse à la communication de Broca. Bulletin de la Société anatomique de Paris, 1887, y" série, l, 1, p. 245.

sur des fœtus plus âgés, la poursuite du gubernaculum est des plus difliciles : cet organe est ténu, friable, très délicat: il se dilacère facilement. Ses rapports avec le péritoine et son passage au travers de la paroi abdominale sont un sujet d'éLude aride, où l'erreur est facile. A l'âge de quatre mois, les fœtus ne portent pas encore d'orifice inguinal superficiel et leur gubernaculum ne traverse pas le tendon du grand oblique. ïuffier n'a disséqué qu'une seule pièce ; s'il ne s'est pas trompé — ce qui est vraisemblable — je puis affirmer qu'il a l'encontré un cas tout à fait exceptionnel.

Si exceptionnel, même, que je n'en ai pas trouvé d'autre exemple dans les auteurs. Je n'ai pu découvrir de fait analogue ni dans le travail de Follin (1), ni dans celui de Godard (2), ni dans celui de Broc a (3). Broca dit bien, je sais : « Cloquet a vu le cul-de-sac péritonéal descendre dans les bourses d'un homme dont les testicules étaient tous deux dans l'abdomen » ; mais je n'ai pas retrouvé cette observation — peut-être ai-je mal cherché — dans le travail de Cloquet. Dans les chapitres qu'ils consacrent aux troubles de la migration testiculaire, les auteurs des plus récents traités de chirurgie, Monod et Terrillon (4), Reglus (5), ne signalent pas qu'on ait rencontré la vaginale dans le scrotum de sujets monorchides n'étant d'autre part atteints, cela s'entend, ni de hernie inguino-scrotale, ni d'hydrocèle. Moxod et ïerrillon font même remarquer que si la vaginale, dans les cas d'ectopie testiculaire, descend quelquefois au-dessous de la glande, cela est dû « soit à la présence d'une hernie concomitante, soit à ce que l'épididyme et le canal déférent, abandonnant le

(1) E. Follin : Elude anatomique et pathologique sur les anomalies de position et les atrophies du testicule. In Archives générales de médecine, 1851, p. 265.

(2) E. Godard : Etude sur la monorchidie et la cryptorchidie chez l'homme. In Comptes rendus et Mémoires de la Société de Biologie, 1856, t. m, p. 334-338.

(.3) A. Broca : Article Hernie inguinale. In Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4" série, t. XV, 2" fascicule, p. 784. A Paris, chez Masson.

(4) Ch. Monod et 0. Terrillon : Traité des maladies du testicule et de ses annexes, p. 31. Chez Masson, Paris, 1889.

(5) Paul Reclus : Traité de chirurgie de Simon Duplay et Paul Reclus, t. VIII, p. 103. Chez Masson, Paris, 1892.

testicule, se prolongent plus ou moins bas dans les bourses ». Follix, dans le travail que je viens de signaler, parle seulement d'un sujet dont « le testicule gauche était situé dans la fosse iliaque, à un centimètre au-dessus de l'anneau profond du canal inguinal, et chez lc([uel un prolongement séreux accompagnait le gubernaculum ; ce prolongement était gros comme une plume de corbeau et se terminait en cul-de-sac au niveau de l'ovifice extérieur du canal inguinal ». Félizet (1) met en doute, à son tour, qu'on puisse trouver « une loge vaginale bien agencée » si le testicule n'a pas accompli sa descente, et pense très judicieusement que si jamais pareille constatation a été faite, c'est que le testicule « aA'ait remonté dans le ventre après avoir fait un séjour plus ou moins prolongé dans la vaginale ».

Paul Bezançon (2), dans une thèse récente sur l'ectopie testiculaire du jeune âge, s'est fait lui aussi, sans recherclies personnelles préalables, il est vrai, le défenseur de la préformation de le vaginale; il n'a même pas relaté un seul fait — récent ou ancien — dans lequel le chirurgien en opérant, ou l'anatomiste en disséquant, ait vu coexister chez un enfant qui ne portât ni hernie ni hydrocèle, bien s'entend, l'arrêt de la migration testiculaire et la présence d'une cavité vaginale dans le scrotum. Il est même curieux de lire les observations qui terminent le mémoire de l'auteur : elles viennent toutes à l'encontre de l'opinion qu"il soutient dans sa préface anatomique. On y voit que chez les petits malades qui ont été opérés et qui étaient atteints d'ectopie inguinale, non seulement la vaginale ne descendait pas au-dessous du testicule et n'atteignait pas le fond du scrotum, mais encore que celui-ci, souvent rudimentaire, était rempli « presque toujours à sa partie supérieure par une membrane celluleuse ou cellulofibreuse » qu'il fallut « effondrer avec le doigt ou perforer avec des ciseaux » pour assurer l'orchidopexie.

Restent les faits cliniques : je les récuse pour ce que, dans l'espèce, ils ne prouvent rien. On a vu l'anse de l'intestin ou le liquide du péritoine pénétrer dans la vaginale sur des enfants dont le testicule était en ectopie abdo-

(1; Ch. Félizet : Loco cilalo : p. 23.

(2) Paul Bezançon : Elude sur l'ectopie testiculaire du jeune âge et son traitement. Th. in Paris, 1892, n* 2;J1.

minalc : cela signifie loul simplement que le fond du culde-sac formé par la séreuse autour du gubernaculum peut se laisser distendre et venir former tumeur au-dessous du testicule, mais rien de plus. Le péritoine de l'homme adulte obéit bien à la poussée de rinlcstin qui s'en fait « un sac » dans la hernie acquise; pourquoi le péritoine du fœtus serait-il plus rebelle P II y a longtemps que ScARPA (1) a remarqué que le péritoine « soumis à une traction graduée et longtemps soutenue peut glisser, pour ainsi dire, sur les parties qu'il recouvre et changer totalement de situation par rapport à elles », exécutant ainsi une véritable locomotion et subissant un de ces changements de place dont il olïre de si nombreux exemples dans « la distension delà vessie, de l'estomac, de l'utérus, la migration testiculaire, etc. »

Je sais bien la réponse. Dans la discussion qui a suivi la communication deBROCA, Bazy (2) rappelait avoir vu « dans un sac de hernie inguinale congénitale disséqué sur un enfant dont le testicule était en ectopie abdominale, deux rétrécissements, l'un scrotal, l'autre situé au niveau de Torifice inguinal externe ; ces rétrécissements avaient absolument la forme et la position assignées par Ramonède aux rétrécissements normaux du conduit vagino-péritonéal ». DupuYTREN, au dire d'A. Buoca, et Jalaguier, d'après Bezan- ÇON, auraient même observé des cas analogues. Mais que peut-on arguer de cela en faveur de la préformation scrotale de la cavité vaginale? Que le péritoine, pour sortir du ventre, pénétrer dans le scrotum et former la vaginale, soit entraaié par le testicule, poussé par l'intestin ou poussé par le liquide du péritoine, il descend, et voilà tout : dans un cas comme dans l'autre, il forme le canal péritonéo-vaginal, et comme tel est soumis, sous des influences et par un processus que nous ignorons, à un travail qui tend à l'oblitérer. L'oblitération est totale ordinairement quand le canal est vide (migration normale); elle ne s'opère pas ou ne s'opère que partiellement quand le canal est rempli (intestin, liquide).

(1) ScARPA : Traité pratique des hernies, traduit par Ollivier, Paris, 1812-1823.

(2) P. Bazy : Réponse à la communication de A.Broca. Bulletins de la Société anatomique de Paris, 1887, 5° série, t, I, p. 245.

Au reste, la discussion doit ici céder le pas aux faits, et les faits, les voici.

Roy (1), dans le travail dont j'ai déjà parlé, a publié le résultat de recherches sérieusement faites sur des fœtus âgés de six à neuf mois. « Dans toutes ces observations, dit-il, on relève ce fait constant que jamais la tunique vaginale ne se trouve dans le scrotum avant la descente du testicule, et que le cul-de-sac séreux qui précède le testicule dans sa descente ne dépasse pas cinq millimètres en longueur. » Avant Roy, Weil (2) avait déjà bien décrit la forme du court prolongement péri tonéal qui s'engage à peine, avec le gubernaculum, dans le canal inguinal et, en termes très nets, avait l'ésolu la question de la préformation vaginale. « Au sixième mois du fœtus, dit-il, le processus vaginal présente une fente étroite, semi-lunaire, longue à peu près de six millimètres. La fente est tellement étroite dans quelques préparations, qu'il est impossible de la voir à l'œil nu. Cette circonstance explique pourquoi beaucoup d'auteurs n'ont pas pu voir le pi^ocessus vaginal chez un embryon de six ou sept mois, tandis qu'ils pouvaient le voir, dans d'autres cas, chez des embryons de quatre mois. Tant que le testicule se trouve dans la cavité abdominale, le processus vaginal ne sort jamais de la paroi abdominale; mais aussitôt que le testicule pénètre dans cette paroi et que le gubernaculum se confond avec elle, le processus vaginal émerge avec le testicule de la paroi et descend dans le scrotum. L'opinion que le processus vaginal préexiste dans le scrotum, avant que le testicule ait traversé le canal inguinal, vient de ce que les recherches ont été faites sur nos animaux domestiques ».

Br.\3iann (3), qui a étudié avec beaucoup de soin la descente du testicule et a suivi, mois par mois, la formation de la saillie vaginale (processus vaginalis), s'exprime ainsi : « Au commencement du troisième mois, à l'endroit oii le

(1; Roy : La tunique vaginale préexisie-t-elle au testicule dans le scrotum? In Echo médical de Toulouse, 13 juillet 1889, p. 328.

(2) Weil : Ueber den Descensus tesliculorum nebst Bemerkiingen. G. Freytag, Leipzig, 1885.

(.3) F. BiiAMAN.N : Der Processus vaginalis and sein Verhallen bei Slœrungen des Descensus tesliculorum. In Archiv fur klinischc Chirurgie, Berlin, 1890, 40" volu me, l'" livraison. Traduit par Paul Bezançon, thèse in Paris, 1892, n" 231, p. 8, 9, 10, 11.

gubernaculum pénètre dans la paroi abdominale, se trouve en avant de lui une petite dépression superficielle, première indication du processus vaginalis. A seize semaines, le processus vaginal est devenu un peu plus profond, mais l'orifice extérieur du canal inguinal n'existe pas encore. Au cinquième mois, le prolongement vaginal a environ un millimètre de profondeur et arrive en dehors jusqu'au muscle oblique interne. Jusqu'à la fin du sixième mois, la dépression du péritoine est longue dé trois millimètres et demi. Au septième mois, la sonde enfoncée dans le cul-de-sac arrive jusqu'au tendon du grand oblique ; puis, peu à peu, ce cul-de-sac s'élargit, s'enfonce et se présente en dehors des piliers de l'anneau extérieur. Au septième mois (les testicules sont à ce moment dans le canal inguinal) le processus descend encore, il est à six millimètres du fond du scrotum ».

Des recherches de F. Bramann il résulte en somme que, dans la marche commune qu'ils accomplissent vers le scrotum, le péritoine précède, il est vrai, le testicule, mais ne le précède que de quelques millimètres : mais il résulte surtout ce fait important que la formation de la dépression séreuse et la migration glandulaire sont deux phénomènes connexes, que le second dépend du premier, qu'un organe s'avance en même temps que l'autre, qu'en résumé tous les faits vont àl'encontre de cette affirmation de Kolliker, d'après laquelle « la gaine vaginale naît d'une façon absolument indépendante », et qu'au total la préformation de la vaginale — au sens du moins où semblent la comprendre quelques-uns de ses défénseurs — ne saurait être acceptée.

A mon tour, j'ai étudié la formation de la vaginale et l'influence exercée par la descente du testicule et la rétraction du gubernaculum sur les dimensions progressivement croissantes du cul-de-sac péritonéal. Mes recherches ont porté sur une trentaine de fœtus.

On peut dire que jusqu'au moment où le testicule s'engage, dans l'orifice profond du canal inguinal, il n'existe pas, au sens propre du mot, de « processus vaginal ». Là où le gubernaculum s'enfonce dans la paroi abdominale, le péritoine, qui lui adhère, forme, en avant de lui et sur ses côtés, une petite fossette semi-lunaire qui s'engage à peine dans le canal inguinal, une sorte de petit nid de pigeon sans

profondeur dont les parois sont contiguës et se déplissent si tacilemcnt par la traction sur le gubernaculum qu'il suilil de soulever seulement celui-ci et de le détacher très délicatement de la fosse iliaque avec les mors d'une pince pour que la très petite dépression disparaisse, ses parois s'étalant. Il n'y a vraiment là qu'une amorce pour le testicule.

Puis, le péritoine poursuit son chemina mesure que, le gubernaculum se raccourcissant, le testicule s'engage davantage dans le canal inguinal; de fait, il est parfaitement vrai qu'au-dessous de la glande on trouve toujours le cul-de-sac péritonéal dont le fond descend un peu plus bas qu'elle.

Je conclus, en définitive, ceci. La formation de la vaginale est intimement liée à la migration testiculaire.il est certain qu'un prolongement du péritoine précède le testicule dans la descente qu'accomplit celui-ci, mais ce prolongement est court et dépasse de quelques millimètres seulement le testicule. Il n'apparaît en dehors du canal inguinal qu'au moment où la glande elle-même va bientôt s'en dégager ; c'est à la rétraction du gubernaculum testis entraînant avec lui, dans son raccourcissement physiologique, le péritoine inguinal auquel il adhère, en même temps que le testicule auquel il s'attache, qu'il faut attribuer la formation de l'infundibulum péritonéal. Quand le testicule est retenu par une cause quelconque dans la cavité abdominale, le gubernaculum ne subit pas sa rétraction graduelle et, dès lors, ne peut plus entraîner le péritoine; dans ces conditions la vaginale ne se forme pas, ou plutôt elle n'est qu'ébauchée. Ebauchée comme chez la femme où elle forme ce qu'on dénomme le canal de Nuck.

Il ne serait pas dépoui'vu d'intérêt, pour le sujet que je traite dans ce mémoire, qu'une description y fût donnée de ce canal de Nuck découvert, paraît-il, par Swasimerdam, en IB72, cherché depuis cette époque par tant d'anatomistes, vu des uns et ignoré des autres, tour à tour étudié, décrit et nié; mais je réserve pour un travail ultérieur cette question sur laquelle j'ai déjà quelques documents.

Ceci dit, voyons comment se forme la tunique vaginale.

Trois théories sont ici en présence.

Première hypothèse. — Pour les uns [c'était l'opinion de

John IIunter (1)], le testicule entraîne avec lui le péritoine, en glissant de haut en bas pour quitter la région lombaire, de sorte que « quand il est arrivé dans le scrotum, le testicule est recouvert par le péritoine exactement de la même manière que lorsqu'il était dans l'abdomen, adhérant toujours en arrière aux organes avec lesquels il était en contact, et toujours libre d'adhérences en avant .» C'est là un mécanisme simple, qu'HuNTER expliquait par « l'extensibilité du péritoine et la grande laxité de ses adhérences favorisant son allongement et sa descente », ou, pour employer l'heureuse expression de .1. Cloqueï (2), par une « véritable locomotion » du péritoine.

Les trois figures ci-jointes représentent bien les différentes étapes de cette migration. [\oirJlg. 6, 7 cl 8, p. 89.)

Seconde hypothèse. — Mais la théorie de Hunter n'est pas acceptable. Le mécanisme de la migration n'est pas si simple. Que le gubernaculum entraîne ou non le péritoine, il y a toujours, comme je l'ai dit, un petit cul-de-sac séreux qui précède le testicule. Comment donc le testicule se comporte-t-il par rapport à cette dépression ouverte devant lui?

Selon la plupart des auteurs (cette théorie est exposée dans le Manuel de Lauth et dans l'Anatomie de Cruveilhier), le testicule s'engage dans « ce canal infundibuli forme prêt à le recevoir » entraînant avec lui son propre péritoine, lequel descend, comme le pensait Hunter, grâce à la laxité de son union avec les parties voisines. Le cul-de-sac pré-testiculaire forme la tunique vaginale pariétale; le péritoine qui entoure la glande forme le feuillet viscéral. En arrière, les deux lames du méso testiculaire, entre lesquelles cheminent les vaisseaux, se continuent avec le feuillet pariétal. Peu à peu, ce méso se raccourcit. Les schémas ci-joints représentant des séries de coupes frontales et verticales indiquent l'évolution de ce processus. (Voir fig.9etW,p. dOetfig. ii,12 6^5, p. 91.)

Troisième hypothèse. — Gilis (3), après Hertwig, ex-

(1) John Huntek : Loco ciialo, p. 7'2.

(2) .TuLES Cloquet : Loco citalo, p. 44.

(3) P. Gilis : Précis d'embryologie adapté aux sciences médicales, page 319. Chez Masson. Paris, 1891.

Fiu. 11, 12 et 13.

t:Oli)>KS TnA,>SVEriSAI,ES ANTÉnO-POSÏKIUEUUKS SCHÉMATIQUES POUR MO?iTIlElt LA DESCENTE DU TESTICULE

Epidldyme. — M : McsotcsUs. — 1' : Tesliculc. — V : Vaginale,

plique autrement la formation de la vaginale. Selon lui, le testicule ne pénètre point, au sens propre du mot, dans l'intérieur de l'infundibulum péritonéal et n'entraîne point avec lui le péritoine dont il est revêtu. Le testicule glisse derrière le péritoine qui ne subit aucune espèce de locomotion; il se met ainsi successivement en rapport avec des régions toujours nouvelles du péritoine, et comme il apporte avec lui ses vaisseaux, partout où il passe, la portion du péritoine qu'il rencontre se développe en arrière de lui en véritable méso, de sorte que c'est le péritoine lombaire qui forme le méso du testicule situé dans la région lombaire, le péritoine iliaque, le méso du testicule situé dans la région iliaque et enfin le péritoine du prolongement vaginal, le méso du testicule quand celui-ci a franchi l'orifice extérieur du canal inguinal. (Voir fig. et 15, p. 93.)

Cette interprétation très simple est très satisfaisante pour l'esprit ; mieux que la précédente elle est en rapport avec l'idée qu'on peut se faire de l'action du gubernaculum qui, situé en dehors de la cavité vaginale, ne saurait attirer le testicule dans la cavité séreuse oii il n'est pas et ne peut, ainsi que dit Gilis, faire suivre au testicule un chemin autre que celui qu'il a suivi lui-même.

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