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MONTMORENCY. — HISTOIRE

membres se donnent de premiers barons chrétiens et de premiers barons de France. Elle s'est illustrée par les armes, par ses alliances et par ses services ; elle a fourni six connétables, plusieurs maréchaux et amiraux. Parmi les plus célèbres, il faut citer Mathieu II et Afine de Montmorency. Le premier, surnommé le grand connétable, vécut sous Philippe - Auguste , I^uis YIII et saint Louis. Il était allié à tous les souverains de l'Europe. Le second, Anne de Montmorency, caractère austère, homme de guerre intrépide, fut aussi connétable. Il partagea la captivité de François I"" à Madrid, chassa plus tard les Impériaux de la Provence, tomba en disgrâce à la fin du règne de François l" et se retira en exil dans son château de Chantilly. Henri II le rappela près de lui. 11 sévit d'une manière impitoyable contre les provinces révoltées à l'occasion de la gabelle et contre les huguenots. Il mourut à l'âge de 74 ans, en 1567, d'une blessure mortelle reçue à la bataille de Saint-Denis. Catherine de Médicis voulait le faire enterrer à Saint-Denis, mais il avait dans son testament désigné Montmorency comme le lieu de sa sépulture.

Son petit-iils, Henri II de Montmorency, joignait à une brillante valeur une belle figure et des manières affables. Il fut entraîné dans une conspiration contre Richelieu et fit soulever le Languedoc, au profit de ce Gaston d'Orléans dont la lâcheté compromit tant de gens de cœur qui se dévouèrent à ses intérêts. Blessé et pris dans un combat, il eut la tête tranchée à Toulouse, le 30 octobre 1632, à l'âge de 38 ans, malgré les efforts faits, pour obtenir sa grâce, par sa sœur la princesse de Condé, mère du grand Condé, par les princes et les grands du royaume. Avec lui finit la première branche ducale des Montmoremcy. Comme il mourut sans enfants, ses biens passèrent à sa sœur. Sa veuve lui fit élever le magnifique tombeau en marbre qu'on voit encore à Moulins.

A cette famille des Montmorency, qui a fourni plusieurs branches, appartenait le comte de Bouteville, décapité sous le règne de Louis XIII , pour s'être, au mépris des lois nouvelles, battu en duel sur la place Royale. Son fils s'est rendu célèbre, du temps de Louis XIV, sous le nom de maréchal duc de Luxembourg. C'est de lui que le prince d'Orange disait : « Je ne pourrai donc pas battre ce bossu-là. — Bossu ! qu'en sait-il î il ne m'a jamais vu par derrière. » Il avait épousé Thérilière de la maison de Luxembourg, petite-

fille elle-même d'un Montmorency, et il joignit à son nom et à ses armes les armes et, le nom de Luxembourg. Nous citerons encore un neveu de ce dernier, le maréchal de Luxembourg, qui donna l'hospitalité à Jean -Jacques Rousseau dans son parc de Montmorency. Sa femme en secondes noces, M"« de Villeroi, qui fut si célèbre par sa beauté sous le nom de duchesse de Boufflers , traita l'auteur de V Emile avec la même bienveillance.

Devenue veuve du duc de Bouffiers, elle épousa le maréchal de Luxembourg. Elle avait alors 43 ans.

L'histoire de Montmorency a eu peu de retentissement. Cette petite ville est désignée dans les chartes sous le nom de Mons Morenciacus. Les villages dont se composait sous Philippe le Bel la seigneurie de Montmorency étaient au nombre de quatorze : «i Sosoi , Groloi , Montmeignie, Andrelli , Migafin , Montlignon , Métiger, . Tour, Yeaubone, Ermon, Sarnoi, Franconville, SaintrGratien et Espineil. » On voit les changements que l'orthographe de ces noms a subis. En 1358 , Montmorency eut beaucoup à soufi'rir des horreurs de la Jacquerie. Les Anglais, unis aux Jacques, détruisirent le château, qui n'a pas été rebâti depuis. Mais les habitants relevèrent leurs murailles. La ville avait sept portes flanquées de tours. Ce qui en restait a été détruit sous la Restauration. Elle a eu plusieurs églises, une maison de Templiers, des couvents. «< La maison des Oratoriens était considérable, on y a compté quatre-vingts religieux, dont quelques-uns ont acquis de la célébrité, tels que M. Daunou. » Au temps de la Ligue , Montmorency eut encore à subir de nouveaux désastres. Il fut pillé, son église profanée, ainsi que le tombeau du connétable Anne.

En 1551, Henri II unit à la baronnie de- Montmorency les terres d'Ecouen , de Chantilly, etc., et érigea le tout en duchépairie pour le connétable Anne de Montmorency. Cette terre fut confisquée sur le duc Henri II, décapité à Toulouse, donnée au prince de Condé qui avait épousé la sœur d'Henri II, et érigée de nouveau en duché-pairie en 1633, à la réserve de- Chantilly, en faveur du prince de Condé. En 1689, Louis XIV changea le nom de Montmorency en celui d'Enghien. (C'est le nom de la première baronnie du comtéd'Hainaut, ayant appartenu au roi de Navarre, Antoine de Bourbon , qui l'avait donnée à sou frère Louis de Bourbon,, prince de Condé.)

DE PARIS A MONTMORENCY

Les princes de Condé , bien que seigneurs de Montmorency, n'y avaient point •de château. Le maréchal de Luxembcuqg, après son mariage avec la veuve du duc ■de Boufflers (V. plus haut), quitta Grosbois, résidence de sa famille, et vint s'établir à Montmorency. Il y acquit l'usufruit du château qu'y avait bâti un frère du iinancier Crozat, qui s'est fait un nom par le beau cabinet de tableaux, d'estampes et de médailles qu'il avait formé. Cette •demeure avait été d'abord la maison de plaisance du peintre Lebrun, qui l'avait décorée de ses peintures et de celles de ses élèves. Le parc avait des terrasses, <les bassins, des cascades, des grottes, des boulingrins, dans le goût des jardins mis à la mode par Le Nôtre. La propriété fut vendue à la Révolution. En 1813, le ministre Aldini l'acheta et y dépensa 500,000 fr. en embellissements ; il l'habita deux mois seulement et y donna à dîner k l'Empereur et à l'Impératrice. En 1814. les alliés dévastèrent le parc et le château. Ce beau domaine, comprenant 65 arpents et où avaient été, dit-on, dépensés six millions, fut offert à Louis XVIII, puis au duc de Montmorency ; ni l'un ni l'autre n'en accepta la charge. Peu de temps après un chaudronnier l'acquit au prix de 103,000 fr. et démolit le château II n'en reste que l'ancienne orangerie. On voit encore, près de l'abreuvoir, une petite porte qui a protégé la fuite nocturne de Jean - Jacques Rousseau , décrété de prise de corps. «< La grille d'entrée de la villa que possédait M. Constant Prévost (géologue, membre de l'Institut, mort en 1856), date également du temps du maréchal; cette villa occupe le terrain sur lequel s'élevait le château. »

La Convention nationale donna à la ville de Montmorency le nom à' Emile. Un décret de 1813 lui rendit son nom. La Restauration lui substitua de nouveau celui d'Enghien ; une ordonnance de 1832 a restitué le nom de Montmorency.

Édifices pablics. — Villas.

L'église de Montmorency (mon.

hist.), pittoresquement située sur le bord d'un escarpement, au S. de la ville, date du commencement du xvi^ s., et ne fut terminée qu'en 1563. On retrouve encore çà et là des traces de l'ancien mot grec AIIAA.NÛI], donnant à entendre que les seigneurs de Montmorency ne se

sont jamais écartés de leur devoir.

Les voûtes sont à nervures compliquées, les fenêtres, de forme ogivale, et les arcades, entre les piliers, à plein cintre. La façade occidentale, d'un style postérieur au reste de l'église, est dépourvue d'intérêt. Cette église était avant la Révolution décorée de mausolées et d'une suite de beaux vitraux qui ont été en grande partie détruits. Parmi les tombeaux des Montmorency, on remarquait particulièrement celui d'Anne le connétable, élevé au milieu de la nef sur les dessins de Jean Bullant. Il était composé de dix colonnes de marbre portant une coupole. Il ftit transporté au musée des Petits-Augustins. Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques tombes des membres de cette famille dans les caveaux souterrains de l'église. Les vitraux représentaient plusieurs personnages de la famille des Montmorency et de la maison des Coligny-Châtillon, avec leurs armoiries. Toute la partie du côté de la ville avait été détruite. De l'autre côté, ils ont été en partie conservés, et tous ont été restaurés. Au fond de l'église, à dr., près d'une chapelle, où sont, dit-on, des reliques de saint Martin, on remarquera avec intérêt une tête de saint Louis, offrant une finesse de sentiment rare dans ce genre de peinture. — Dans une chapelle funéraire, au fond du collatéral N., on voit, exécutées en pierre, les figures couchées, sous la garde d'un ange, des généraux Kniaziewicz (-f- 1842) et Niemeewiez , poëte et militaire (+ 1841), qui ont habité longtemps l'un et l'autre Montmorency. On lit sur une table en marbre au mur du bas-côté N.: « Les Polonais qui, après la lutte héroïque de 1831 et sa fin désastreuse, se sont réfugiés en France, ont fondé dans cette église, à perpétuité, pour sanctifier les douleurs de leur patrie, des messes pour divers compatriotes... »

Ij"" Hôtel-Dieu^ desservi par des sœurs de la Sagesse, contient 12 lits.

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