MONTMORENCY. - EGLISE. - L'ERMITAGE
dont S sont réservés à des vieillards.
Parmi les principales maison s de campagne de Montmorency, il faut citer : la propriété de M. Rej de Foresta, avec un château construit en 1788 par un premier commis de la marine ; la maison que fît bâtir M. le duc de Valmy, en vue de Soisy, sur la pente de la colline, dans un quartier de MontmoreuCy que les habitanis appellent Us Bosserons, et qui
s'enrichit chaque jour de nouvelles maisons de plaisance; enfin, l'habitation que M"" Rachel créa sur le pavé de Paris du coté deOroslay. Du reste, surtout depuis rétablissement du chemin de fer, les villas se multiplient comme par enchantement aux abords de Montmorency.
L'Ermitage, qu'habita Jean- Jacques Housseau, a ilû son nom à un ermite nommé Leroy, qui s'y bitit,
Église de Montmorency.
en 1659, un logement et une cha-
lui écrit-elle, dana la pins belle vue. 11 y
pelle et qui y vécut 39 ans.
a cinq chambres : une cuisine, une cave, un potager d'un arpent, une source d'eau
vive, et la forél pour jardin. Vous ètes^le
dillérenis proprièUires, fut acquis, en
maltre.moDbonami. de disposer de cette
1735, psr le besu-pèro de M" d'Epinay.
M- d'Épiuay, voulant empêcher Jean-
rester en France. .> Rousseau lui répond
JacquBi d'aller se fixer k Genève, mue
daiUeurs par un sentiment de bienveil-
d-éoouter ce que vous avez i me dire,
lu.™ auquel se joignait le désir de sas-
lociec, en l'obligeant, à la gloire d'un
ne suis pas à vendre, et que mes senti-
ments, su-dessus u^aintenant de tout le
nent cette vieille masure et la trans-
prix qu'on y peut mettre, se trouveraient bientôt au-dessous de celui qu on y an-
cLu'elle lui offrit d'habiter. -Elle est située,
rait mis. . Rousseau raconte celte af-
DE PARIS A MONTMORENCY
faire aa livre YIII de ses Confession» : tt Mon ours, voilà votre asile, fait-il dire à sa bienfaitrice ; c'est vous qui Tavez choisi, c'est l'amitié qui vous l'offre. >» Rousseau, quittant Tappartement qu'il occupait à Paris dans un hôtel garni de la rue Grenelle -Saint -Honoré, vint s'y installer le 9 avril 1756, bien quMl fit froid et qu'il y eût encore de la neige. Dans cette paisible retraite, il s'essaya à quelques travaux, et bientôt il commença la Nouvelle Héloïse. Les douces émotions que lui faisaient éprouver ces sites paisibles et champêtres se reflètent dans plusieurs de ses pages les plus touchantes, parce qu'elles sont les plus vraies. II ne les a peut-être peintes nulle part plus éloquemment que dans ce passage de sa troisième lettre à M. de Malesherbes :
« Quel temps croiriez-vous , monsieur, que je me rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves ? Ce ne sont pas les plaisirs de ma jeunesse; ils furent trop rares, trop mêlés d'amertume Ce sont ceux de ma retraite, ce
sont mes promenades solitaires, ce sont ces jours rapides, mais délicieux, que j'ai passés tout entiers avec moi seul, avec ma bonne et simple gouvernante , avec mon chien bien-aimé, avec ma vieille chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur. En me levant avant le soleil, pour aller voir, contempler son lever dans mon jardin ; quand je voyais commencer une belle journée , mon premier souhait était que ni lettres ni visites n'en vinssent troubler le charme... Je me hâtais de dtner pour
échapper aux importuns Avant une
heure , même les jours les plus ardents, je partais par le grand soleil avec le fidèle Achate, pressant le pas dans la crainte que quelqu'un ne vînt s'emparer de moi avant que j'eusse pu m'esquiver ; mais, quand une fois j'avais pu doubler un certain coin, avec quel pétillement de joie je commençais à respirer en me sentant sauvé , en me disant : « Me voilà « maître de moi pour le reste de ce jour! » J'allais alors d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt... quelque asile où je pusse croire avoir pénétré le premier, et où nul tiers importun no vint s'interposer entre la nature et moi. C'était là qu'elle semblait déployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L'or des genêts et la pourpre dos bruyères frappait mes yeux d'un luxe qui touchait mon cœur ; la ma-
jesté des arbres qui me couvraient de leur ombrage ; la délicatesse des arbustes qui m'environnaient ; l'étonnante variété des arbres et des fleurs que je foulais aux pieds, tenaient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation et d'admiration : le concours de tant d'objets intéressants qui se disputaient mon attention, m'attirant sans cesse de l'un à l'autre, favorisait mon humeur rêveuse et paresseuse et me faisait souvent redire en moi-même : « Non I Salomon , dans « toute sa gloire, ne fût jamais vêtu « comme l'un d'eux. »(S. Matthieu, chap.v.)
« Mon imagination ne laissait pas longtemps déserte la terre ainsi parée. Je la peuplais d'êtres selon mon cœur... Bientôt de la surface de la terre j'élevais mes idées à tous les êtres de la nature, au système universel des choses ; à l'être incompréhensible qui embrasse tout. Alors, l'esprit perdu dans cette immensité, je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, je ne philosophais pas ; je me sentais, avec une sorte de volupté, accablé du poids de cet univers ; je me livrais avec ravissement à la confusion de ces grandes idées ; j'aimais à me perdre en imagination dans l'espace ; mon cœur resserré dans les bornes des êtres s'y trouvait trop à l'étroit ; j'étouffais dans l'univers , j'aurais voulu m'élancer dans l'infini.
«Ainsi s'écoulaient, dans un délire continuel, les journées les plus charmantes que jamais créature humaine ait passées : et, quand le coucher du soleil me faisait songer à la retraite, étonné de la rapidité du temps, je croyais n'avoir pas mis & profit ma journée...
« Je revenais à petits pas , la tête an peu fatiguée, mais le cœur content ; je me reposais agréablement au retour, en me livrant à l'impression des objets, mais sans^ penser, sans imagier, sans rien faire autre chose que sentir le calme et le bonheur de ma situation. Je trouvais mon couvert mis sur la terrasse ; je soupais de grand appétit dans mon petit
foyer domestique Ma gueté durant
toute la soirée témoignait que j'avais vécu seul durant tout le jour... Enfin, après avoir fait quelques tours dans mon jardin, ou chanté quelque air sur mon épinette,je trouvais dans mon lit un repos de corps et d'âme cent fois plus doux que le sommeil lui-même. »
Pendant une année, J.-J. Rousseau alla souvent visiter M"* d'Épinay. Mais bientôt elle cessa d'être l'unique maitresse de ses pensées. Il ressentit alors.