‹ Les environs de Paris illustrésChapitre 223 sur 562 · COMPIEGNE. — LE PARC. — LA FORET · texte numérisé non relu

COMPIEGNE. — LE PARC. — LA FORET

Cotterets ; au N.-E., à la forêt de Laigue^ située au-delà de TAisne.

Les druides furent sans doute les premiers qui pénétrèrent sous ces antiques ombrages, pour y cacher leurs mystères religieux. Au bois de Cuise, ravins voisins de Cuise-Lamotte , et au lieu dit le Champ de Bataille^ ont été découvertes des haches ^en silex opaque , presque blanc, et en pierre granitoïde de couleur verte, qui ressemblent beaucoup aux instruments indiens employés dans les sacrifices. Plus tard, les soldats de César traversèrent cette forêt, y portèrent la hache, y tracèrent des routes militaires et construisirent des forts. On trouve sur une multitude de points de la forêt de Compiègne des traces irrécusables de Toccupation romaine. Vingt-cinq localités différentes ont fourni des objets d'art, des vestiges de constructions (surtout au mont Berny , près de Pierrefonds, au mont Ckipray, dans le voisinage de la Croix-Saint-Ouen, et au Quartier de la Buissonnet, sur la route de Soissons), des médailles, etc. Nos premiers rois occupèrent ce vaste domaine après les Romains. Au moyen âge les moines vinrent en partager la possession avec les hauts barons et la Couronne, pendant que des serfs k demi nus l'exploitaient au profit de ces mattres divers, en y perpétuant le confus souvenir de sombres mystères et les rêves d'une imagination crédule. A la Fosse Dupuis (excavation ovalaire, distante de Compiègne de 3 kil.), la tradition gauloise leur enseignait que des esprits apparaissent ; à la Table-Bonde {triage des Bossignols, point de jonction des routes du Crucifix, des Amazones, des Dames et de la Forte-Haie), fosse profonde, figurant un cercle et qui contenait alors deux petits tertres, les juges des esprits venaient siéger, disait-on, comme les barons qui se rassemblaient aux assises du seigneur. Ces légendes remplissaient les bois de terreur ; aussi, lorsque Philippe Auguste, âgé de quatorze ans et chassant dans la forêt, s'y égara, rencontré par un charbonnier de haute taille, il crut voir un être surnaturel et s^évanouit. L'homme ramena Tenfant au château, mais le jeune prince, revenant à lui, avait la pensée tellement obsédée de cette vision que Louis VII, son père, crut devoir aller au tombeau de saint Thomas de Cantorbéry pour demander la guérison de son fils. Arioste, recueillant chez nos romanciers les fantastiques

merveilles de la forêt de Compiègne, y a placé le siège des chevaliers de la Table- Ronde. Cette forêt, k l'époque où Clotaire y venait chasser, portait le nom de forêt de Cuiset k cause d'une maison royale désignée successivement sous les noms de Domus Cotia, Cota, Causia^ Coysia, Cusia, et elle le garda jusqu'en 1346, époque k laquelle Philippe VI divisa les foriêts du Valois en trois maîtrises, afin d^en régler rexploitaiion. Depuis, le nom de forêt de Compiègne prévalut pea k peu. Les ruines de cette maison Cotia ont été découvertes, lors du défrichement de la plantation qui se trouve derrière Saint-Jean-au-Bois ( V. p. 310), sur le chemin de Saint-Nicolas^ k peu de distance du carrefour du Bocage. î/ea rois francs avaient la passion de la chasse : parmi les forêts de leurs Etats , la forêt de Cuise était une de celles où, an printemps et k l'automne, ils aimaient surtout k se donner ce plaisir. Leur résidence était alors dans une de leurs villas de cette forêt : k Verberie; au Chesne, près de Chelles; k Choisy-en- Laigue ; k Morienval ; k Venette (dont le nom, en basse latinité désigne une maison de chasse). Alcuin a décrit, vers la fin du VIII* s. , une de ces grandes chasses royales. L'auteur représente le souverain environné d'une escorte brillante, composée de ducs et de comtes ; la reine et les femmes de la reine, montées sur des chevaux richement caparaçonnés, soivaient hardiment la course des chasseurs. Avant cette époque, en 715, la forêt de Cuise avait été témoin d^nne grande bataille entre les Austrasiens et les Neustriens. Ceux-ci remportèrent une victoire qui ne les empêcha pas d'être soumis peu après par Chaidee Martel.

Avant François I""', les «ewles grandes voies de communication étaient les roules de Paris à Soissons, de Compiègne à Crépy., de la Croix à Pierrefonds, et Ja ckaunée de Bfunehaut (voie romaine, garnie de bornes milliaires an temps de Caracalla, com.me l'atteste TiiiBeription retrouvée en 1712, -sur une de ces bornes, près de Vto-sur-Aisne). Cette chaussée décrivait un demicercle dans la forét^ en venant de Soissons, puis en passant par Pierrefonds, Champliea, Béthiisy-Saint- Martin, Raray, au-dessus 4e Verbe-

DE PARIS A COMPIEGNE.

rie, et de là en allant à Senlis. François I®' lit percer les huit grandes routes qui aboutissent au Puits du Roi (routes du Moulin, partant de Compiègne ; de Royal-Lieu, du Carnois, du Pont-la-Reine, de Champlieu, de Morienval, de la Mariole et de Berne). Louis XIV fit tracer la route dite le Gumnd Octogone^ qui, à une distance de 3 kil.,se déroule autour du Puits du Roi. Il réunit les 8 routes par 54 petites. Louis XV fit ouvrir 229 routes nouvelles, y compris celle du Petit Octogone, A l'intérieur de celui-ci, on a encore inscrit les huit pans d'un tracé secondaire nommé VOctogonet^ placé au centre de cette disposition. Le carrefour du Puits du Roi est un excellent rendez- vous de chasse.

La forêt de Compiègne a 94,328 met. de circonférence. Sa contenance est de 14,509 hectares, savoir 13,974 hectares de bois, 152 hectares de terre, 212 hectares de friches et de terrains vagues, 25 hectares 88 ares d'eaux, 68 hectares de chemins et de fossés, etc. — Sa contenance n'était que de 11,948 hectares en 1564. — Le fonds exploité est estimé 20 millions ; la superficie, 40 millions. En 1804 et 1805, le reïrenu n'en était que de 3 à 400,000 fr.; il est évalué aujourd'hui à 650,000 fr. nets. Les travaux nécessités par l'exploitation et la plantation des bois, et qui occupent environ 800 ouvriers, les frais de garde et d'entretien, etc., se montent à 200,000 fr.

environ. La forêt produit près de 100,000 stères de bois par an ; mais elle n'est pas encore parfaitement aménagée. On exploite, soit en taillis, soit en futaie pleine. Les principales essences sont le hêtre, le chêne et le charme. On trouve quelques restes de vieilles futaies dans plusieurs cantons : aux Grands- Monts, au mont de Saint-Mard, à la Forte-Haie, aux Rossignols, des hêtres de 200 ans; de 2Ç^ ans, au carrefour du Puits des CKasseurs; au carrefour de la Michejette, des chê-

nes de 150 à 200 ans; de 180y à celui de la Bréviaire, etc. Le plus gros chêne de la forêt se trouve près du carrefour de la Ruine ^ à 1 kil. N.-O. de Saint-Jean (F. ci-dessous, p. 310).

278 carrefours et 354 roxites forment, dans la forêt de Compiègne, une longueur de 1 ,350,000 met. La plus longue de ces routes, celle de la Mariole, partant du Puits du Roi et aboutissant à Neufontaine , a 10,541 met.

Le nombre des ruisseaux s'élève à 27 ; celui des mares, à 16.

Plusieurs villages et hameaux sont enclavés dans la forêt : les villages du Vieux- Moulin, de Saint- Jean-au- Bois ; les hameaux de Four-d'en- Haut, la Bréviaire, l'Ortille, Malassise, Saint-Nicolas-de-Courson, Vaudrampont, Vivier-Frère-Robert. On compte, en outre, diverses habitations de gardes (autour de quelquesunes sont groupées plusieurs autres maisons). Ces habitations sont la Bassequeue, les Clavières, la Croix du Saint-Signe, la Faisanderie, la Forte- Haie, les Grands-Monts, le Hazoy, Landeblin , la Muette , Saint-Corneille, Sainte-Périne , Saint-Pierre, les Vineux, le Vivier-Corax. L'existence de plusieurs de ces hameaux remonte à une époque lointaine, et, si les traditions en avaient été conservées, l'histoire de telle habitation isolée dans la forêt présenterait, depuis les premiers pionniers, bien des aventures curieuses et d'un caractère dramatique. Le promeneur retrouve aujourd'hui ces localités comme des accidents pittoresques au milieu de la verte étendue de la forêt, et quelques-unes comme des buts d'excursions intéressantes. « Il aimera, dit M. de Ballyhier, à gravir les hautes collines ou les monts qui dominent la forêt ; il ira au mont Saint-Mard , où il découvrira une partie du cours de l'Aisne, Clairoix, Choisy-au-Bac, Francport et une partie de la forêt de Laigue ; il verra à ses pieds, au milieu de ces tranquilles solitudes, le hameau de Vivier-Frère-Robert et

FORET DE COMPIEONE.

la ferme de l'Ortille. Il voudra atteindre RU sommet du mont Saint- Pierre, situé dans un des canlODB de U forêt les plus riches en Tégétation. n A cùté de ces belles perspectives du pajsage, des ruines, semées cà et U, appellent son attention par l'intérêt des souvenirs.

On peut consacrer plusieurs journées A visiter avec détail la forêt de

Compiègne; mais, en supposant que l'on ait seulemeot deus jours disponibles, nous en indiquerons le meilleur emploi. Le premier jour sera consacré A Champlieu et à Morienval ; le second aura pour biit une promenade à Pierrefonds avec retour par le mont de Saint-Mard, les Beaux-Monts et le mont du Tremble '.

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porte le nom asses bizarre de rue Saint- Aceroupy ; on se dirige ensuite vers la belle roule macadamisée de Champlieu, que l'on parcourt d'abord jusqu'au carrefou. ' " '■

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Mariole et celle de Morïenval. De là

DE PARIS A COMPIEGNE.

on gagne directement Champlieu.

Le trajet de Champlieu à Compiëgne (13 kil.) demande environ une heure un quart avec un bon cheval.

Champlieu, hameau de la commune d'prrouy {V. ci-dessous, p. 321), est remarquable par son église ruinée du XII'' s., les nombreux cercueils de pierre qui l'entourent, et surtout par ses antiquités romaines. Ce sont d'abord les restes d'un camp romain, situé en rectangle dans une plaine élevée. Des fouilles ont mis au jour, en 1860: un théâtre antique (mon.

hist.), dont les murs, flanqués de contre-forts, ont encore une certaine élévation ; des thermes, avec leurs hypocaustes et les bases de leurs colonnes; un temple (mon. hist.), dont les ruines offrent des fûts de colonnes sculptés, encore en place, de nombreux débris de bas-reliefs , et une magnifique vasque monolithe. Des fragments d'architecture ont, en outre, été déposés dans la cabane du gardien, contre le mur du théâtre. — De Champlieu, en se dirigeant vers l'E., on peut gagner Morienval (8 kil.).

' Morienval, 975 hab., doit sa notoriété tout archéologique à son église (mon. hist.), remarquable extérieurement par ses trois belles tours romanes, placées, la plus grosse, sur la façade occidentale, les deux autres aux côtés du chœur. Ces dernières ont conservé leurs toitures en pierre. Saint-Germain-des-Prés de Paris et Saint-Benoit-sur-Loire offraient autrefois des types d'une ordonnance semblable. La nef^ remaniée au xyii*' s., est curieuse par ses chapiteaux du xi° s. L'abside, malgré son architecture grossière, n'est pas moins intéressante. Ses piliers et les voûtes de l'étroit couloir qui Tentoure sont un des spécimens les plus anciens et les plus rudimentaires de l'art ogival. L'abside centrale n'est que du xv« ou du xvi® s. L'église de Morienval menace ruine, malgré les réparations qui y ont déjà été faites. Parmi les monuments

tumulaires qu'elle renferme, on remarque la dalle de l'abbesse Agnès de Viry (xiii® s.) et la statue de Florent de Hangest, membre aussi de la famille de Viry (f 1191). Les stalles sont du xvi^' s. Au S. de l'église, on voit les restes {jf^in^ s.) des bâtiments de l'abbaye, sous lesquels régnent des cryptes.

Il y avait originairement deux monastères à Morienval^ fondés tous deux par Dagobert, qui avait en ce lieu une maison de plaisance. L'un de ces monastères, habité par des Bénédictins, disparut longtemps avant la Révolution ; l'autre, celui dont faisait partie l'église actuelle, reçut des religieuses , qui , en 1744 , se retirèrent à Royal -Lieu.

De Morienval à Compiègne, la distance est de 14 kil., que l'on parcourt en 2 h. 1/2, si l'on veut aller directement ; mais, au lieu de suivre la grande route, nous inclinerons vers l'E., par la route de la Fortelle, et, remontant par le Four (Ten haut, nous visiterons successivement plusieurs localités historiques :

Saint- Nicolas - de - Courson , Saint- Jean-au-Bois , la Bréviaire , Sainte- Périne.

Saint-Nicolas-de-Gourson (5 kil.

N. de Morienval, 12 kil. de Compiègne) est un hameau situé au fond d'une gorge retirée, où s'élevait un prieuré, ravagé par les Normands, rétabli au xii° s., et dont il ne reste qu'un pignon ogival. Le territoire de Saint - Nicolas - de - Courson recèle de nombreux débris d'antiquité appartenant à plusieurs époques.

Saint-Jean-au-Bois, 396 hab., à 10 kil. de Compiègne (2 kil. de Saint-Nicolas-de-Courson), se trouve dans une région de beaux arbres, conservés avec soin pour l'intérêt pittoresque de la forêt. Les chênes, au lieu d'être élancés et d'une belle venue comme ailleurs, sont trapus et noueux. L'un de ces chênes, que l'on montre aux promeneurs comme le plus gros arbre de la forêt, a 6 met. de tour. Saint-Jean-au-Bois en est

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