DE COMPIÈGNE A PIERREFONDS
14 kil. — Services de voitures 2 fois par jour. — Chemin de fer projeté.
Pierrefonds est le but le plus ordinaire des voyageurs qui visitent la forêt de Compiègne. — Une belle route macadamisée conduit de Compiègne à Pierrefonds (14 kil.; env.
1 h. 15 min., en voiture); elle sort par le carrefour Royal, puis elle laisse à dr. la Faisanderie, et à g, le hameau de Saint-Corneille. On peut se détourner de la grande route pour visiter ce lieu historique ; cette excursion prend 30 min. à peine.
DE PARIS A COMPIEQNE.
Le prieuré de Saini-Gorneilleau-Bois dépendait de Tabbaye Saint- Corneille de Compiègne. Son église avait été bâtie en 1164, mais il ne reste de cette construction primitive qu'une arcade ogivale, une fenêtre en plein cintre et quelques chapiteaux. Dans la charpente, se voient encore des sculptures du xvi® s. Les bâtiments du prieuré ont été remj)lacés par une habitation de garde.
Cette habitation, placée au milieu des futaies de'la forêt, au pied des collines ombragées des Beaux-Monts, plaît par sa situation isolée et paisible. Elle rappelle en outre un récit du milieu du xiv° s., que les chroniques nous ont conservé.
A cette époque où la contrée avoisinante, qu'avaient déjà épuisée les malheurs de la guerre et les fureurs de la Jacquerie, continuait à être ravagée par les bandes d'Anglais et d'aventuriers qui ran(:onnaient les campagnes, « les habitants du village de Saint-Corneille, et quelques-uns des villages voisins, s'étaient retranchés dans un petit fort, attenant au prieuré de Saint -Corneille, soua le commandement d'un fermier nommé Guillaume L'Aloue, homme résolu et aimé dans le pays. Guillaume avait avec lui son valet de ferme, qu'on appelait le Grand-Ferré, espèce de géant d'une taille et d'une force prodigieuses, du reste aussi humble de cœur que simple d'esprit. Les aventuriers de la garnison de Creil envoyèrent un détachement pour prendre le fort de Saint-Corneille : les bandis entrèrent par surprise et commencèrent par massacrer L'Aloue ; à cette vue, le Grand-Ferré prend une lourde hache, et, suivi des plus hardis paysans, il se jette sur les Anglais ; à chaque coup, il abattait un bras ou fendait une tête, et ses compagnons, l'imitant de leur mieux, frappaient sur les Anglais comme s'ils eussent battu le blé dans l'aire. Le Grand-Ferré en assomma plus de quarante à lui tout seul; les autres s'enfuirent. Un second détachement étant venu pour venger le premier, les paysans, enhardis par leur victoire, sortirent au - devant des ennemis en pleine campagne et tuèrent tous ceux qu'ils purent attraper. Cependant le Grand-B'erré s'était fort échauffé dans ce second combat ; il but beaucoup d'eau
froide et fut pris de la fièvre ; il retourna dans son village et s'alita. Les gens de Creil apprirent bientôt sa maladie, et dépéchèrent douze soldats pour le tuer :
mais le Grand-Ferré, averti par sa femme, eut le temps d'empoigner sa bonne hache et de sortir dans la cour : « Ah ! larrons ! u cria-t-il aux Anglais, vous croyei me « prendre dans mon lit; mais vous ne me « tenez pas encore ! » Il s'adossa au mur, leva sa hache cinq fois et abattit cinq Anglais, morts sur la place. Les sept autres se sauvèrent à toutes jambes. II se remit au lit et but encore de l'eau froide. La iièvre redoubla ; il reçut les sacrements, et mourut regretté de tout le pays. Ses exploits en avaient fait un héros populaire. » (Henri Martin, Histoire de France, t. V.)
Reprenant la route de Pierrefonds, on passe successivement au carrefour de la Belle-Image et au carrefour de Beaurevoir, dont une des voies, à g., conduirait vers le mont Saint-Pierre (F. p. 316). En approchant de Pierrefonds, la route côtoie, à l'extrémité de la vallée arrosée par le rw de Berne (F. p. 318), des collines boisées qui masquent la vue du château. On Tapercoit seulement, avec ses tours nouvellement restaurées, lorsque Ton entre presque dans le village.
Pierrefonds*, v. de 1,760 hab., (canton d'Attichy), est situé à 14kil.
de Compiègne, à l'extrémité orientale de la forêt, qui le sépare de cette ville, au pied d'une colline boisée que couronnent les tours de son château, et dont un charmant petit lac de 1,000 met: de circuit baigne la base. Il se relie au ham. de Fantenoy , remarquable par ses cascades.
Après avoir traversé le pont sous lequel s'écoule le trop plein des eaux du lac, on passe devant l'établissement des bains, h^église (mon. hist.) s'élève près de là, à dr. Cette église fut fondée sous l'invocationde saint Smlpice parNivelonI®', sire de Pierrefonds. La crypte, cruciforme^ date de 1060. Le chœur et les chapelles sont de 1 206, avec des restes romans ; la nef et le portail , du style flam-