LA FERTÉ-MILON
9 kil. de Villers-Cotterets, 4 kil. du Portaux-Perches, 12 kil. de Neuilly-Saint- Front.
La Ferté-MUon*, V. de 1,823 hab. , fait partie du canton de Neuilly- Saint-Front, arrond. de Château- Thierry, départ, de l'Aisne. Située en amphithéâtre sur un coteau (113 met. d'altit.), elle est baignée par rOurcq, qui serpente gracieusement à travers les prairies. La Ferté-Milon peut se diviser en trois parties : le château, la ville et le faubourg (la Chaussée), La ville est séparée par l'Ourcq de la Chaussée, qui doit son nom à une voie romaine venant de Soissons.
L^église de Notre-Dame (xii° et surtout XVI® s.) était autrefois consacrée à saint Vulgis, disciple de saint Rémi. Son clocher est surmonté de tourelles. Les voûtes sont ogivales à pendentifs. Le chœur, du xvi° s. (Renaissance), a conservé une belle verrière (le Serpent d*ai-
LA PERTÉ-MILON. 3S3
rdtn); lUEiiB laaefde dr. en pré- 1 plus ancienne peut-être et toat & fait sente une plus belle encore du intacte, qui représente saint Hubert: xvi° s. (Passion et Résurreclion) , et | celle-ci est d'une richesse et dWe celle <le g. en a une autre, un peu I harmonie de couleurs tout à fait re-
marquables; la composition et le <ieB£in ont aussi uu grand mérite.
PrËB du vitrail de saint Hubert se voient Ie« restes d'une verrière du
L'église Saint-Nicolas, dikna U bourg, date du xvi° s. et coni également de magnitlques vitraux.
Le château (mon. hiat.), dont les restes se dégradent chaque jour.
DE PARIS A VILLERS-COTTERETS
complétait le système de défense du pays de Valois, au temps du duc d'Orléans, frère de Charles VI. (Pour le visiter, ainsi que les souterrains, s'adresser au Café des Ruines.)
Il est question d'un fort existant à la Ferté vers 880, époque où les religieux de Sainte-Geneviève de Paris auraient transporté dans ce château les reliques de leur patronne pour les mettre en sûreté contre les Normands. Ces moines étaient propriétaires du village de Marizy (6 kil. N.-E.) , à l'occasion duquel il est fait mention du plus ancien seigneur connu de la Ferté-Milon, qui était appelée alors la Ferté- sur-Ourcq. Ce seigneur, nommé Theudon, fut contraint, en 1035, de rendre à ces religieux les revenus de Marizy, qu'il percevait indûment. Vers le milieu du xn« s., le surnom de Milon commence à paraître, mais on ignore qui l'a donné. A cette époque, le château était déjà flanqué de grosses tours et avait reçu un donjon ; on y voyait en outre une chapelle dédiée à saint Sébastien, devenu patron des hommes de guerre dans cette partie de la France, depuis que ses reliques avaient été apportées à l'abbaye de Saint-Médard, de Soissons, en 826.
Les seigneurs étaient les mêmes que ceux de Crécy. Sous Philippe-Auguste, la Ferté fut unie, avec tout le Valois, àla Couronne. Louis d'Orléans, frère de Charles VI, devenu duc de Valois, rasa l'ancien château et fit élever celui dont on voit les restes. Ce château, sous le règne de Charles VII , fut pris deux fois par les Bourguignons, et réparé sous Louis XI, en même temps qu'une partie des maisons de la ville.
Vers 1540 commencèrent, dans le Valois, des assemblées fréquentes de sabbatiers; la Ferté eut de nombreux chevaucheurs de ramons, c'est-à-dire des sorciers et sorcières qui, au sabbat, tenaient un balai (un ramon) entre leurs jambes.
Pendant les guerres de religion, la Ferté fut investie plusieurs fois par les Huguenots, qui ne purent la prendre. Un aventurier, à la tète de quelques brigands, fut plus habile et s'empara du château ; mais les habitants de la Ferté surprirent cette troupe, qui fut, jusqu'au dernier homme, passée au fil de l'épée. Les Ligueurs occupèrent le château en 1589, et, commandés par Antoine de Saint-Chamant, s'y défendirent si bien que, en 1594, Henri IV, après les avoir assiégés en
vain, finit, de guerre lasse, par acheter le gouverneur et sa garnison ; mais il fit démanteler la place. Enfin c'est à la Ferté-Milon que s'est passée une aventure d'où est venu un dicton populaire.
Henri II de Bourbon, père du grand Condé, était seigneur de Muret, en Valois. Voulant affermer une de ses propriétés, il se rendit incognito chez un notaire de la Ferté, nommé Arnould Cocault. Le prince, reçu par la femme du tabellion, demande à parler au maître du logis, apprend que celui-ci est à table, insiste pour être in> troduit en sa présence : « Faut ben qu' Arnould datne, » répond sèchement la ménagère. Le prince dut attendre, à la porte de l'étude, le bon plaisir de Cocault et ne se fâcha point : u Faut ben qu' Arnould daine, » répéta-t-il en riant, lorsque ensuite, ayant décliné ses qualités, il vit le notaire épouvanté. On conserve à la Ferté-Milon le bail, à la date du 11 avril 1611, qui fut rédigé ce jour-là par ordre de Condé.
A en juger par le front principal, le seul debout, le château de la Ferté- Milon devait être plus colossal encore que celui de Pierrefonds. Peutêtre n'a-t-il jamais été achevé. Cette façade se compose de quatre énormes tours : l'une carrée, c*était la tour du roi ou le donjon ; les trois autres cylindriques, avec un éperon triangulaire qui en augmente la saillie. Un des neuf Preux était sculpté sur chaque tour; au-dessus de la porte, un grand bas-relief mutilé représente un sujet religieux. Dans la ville haute se voient aussi des tours du xiii° s., restes des murs de la cité.
Le château neuf^ construit par les propriétaires du vieux fort, les ducs d'Orléans , se fait surtout remarquer par ses dépendances. La rivière d'Ourcq arrose les prairies du parc.
La Ferté est la patrie de Jean Racine, dont la statue , adossée à la mairie , est due à David (d*Angers).
De Villers-Cotterets, les archéologues et les touristes peuvent se rendre aussi, en 5 ou 6 heures, à pied, à Verberie par la vallée de TAuthonne (V. Section XVI, p. 320-322).
■e du chem[a d^ fer
CHEMINS DE FER DE L'EST