‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 100 sur 180 · JI · texte numérisé non relu

JI

LA VKRSIFICATION DKS CHANSONS DE GESTE.

1 PAUT. Livn. II .

CHAP. Vllt.

En résumé, le type de l'asclépiade classique, c'est VErgo Qnintiliiim perpetuus sopor .Le type de l'asclépiade rhylhmiqiie, c'est ce vers d'imc hymne du Yii^ au x" siècle : 0 Ronia nobilis, orhls et domina. Le type de notre alexandrin, c'est ce vers du Voijage à Jérusalem : a Ne remaindrat en bois cerf ne daim â fa'ir », ou cet autre vers du Mainet récemment découvert : «Lt' cant del rouseignol et del dons papegaut. »

Mais il est à croire que le type intermédiaire 0 Roma nobilis était fort usité, puisque nous voyons au xif siècle Abailard l'adopter pour plusieurs de ses hymnes, dont nous espérons donner bientôt une édition complète '.

Quoi qu'il en soit, le vers de douze syllabes ne fut pas employé par nos premiers trouvères. Constater que telle pi.is réccmmeni qh [ç,\\ç. chausou de oresto est écrite en vers alexandrins, danSS'toésio ^î'cst coustatcr par là môme qu'elle est d'une époque i'P"i"o- relativement récente. L'invention de ce vers nous paraît, d'ailleurs, avoir été désastreuse pour nos chansons de geste et, en général, pour notre poésie nationale. L'alexandrin, au moyen âge, est généralement lourd, monotone, fatigant. Il prête trop à l'épithète, à la formule. Plus lard, il ne faudra l'ien moins que Racine et André Chénier pour l'assouplir et l'alléger. Mais, aux xii'- et xiii' siècles, l'ennui sort trop souvent de ce grand vers : il endort.

Nous ne savons si l'on a fait jusqu'ici cette observation :

L'iilcxaiidi'iil a lUi! ialrotliiil

lics-iioiubreiix. =M. l*iiul Mcyer s'est trùs-vivoniRiit prononcé contre rascli'-jiiado (Redierches sur l' Épopée fiiniçaise, Bibl. de V Ecole îles Chartes, I. 1., oiU). « L'asclépiade, dit également M. lîarlsch, n'a jamais eu assez de popularité pour donner naissance à une forme devers aussi populaire (Renie crilique, 18G6, n° 52). El M. Bartsch propose le senarius comme origine de l'alexandrin. Jlais les senarii n'ont jamais été ramenés à un nombre régulier de syllabes.

' iiln altnm oibita solis jam dticitur, — Calorque proficit quo mimdus alitnr : — Lux primum, deinde calor infnndilur, — Qimm (idem cbaritas in nobis spquitnr. » Etc. Un grand nombre de Illujlliines inédits d'Aliailard se trouvent dans le « Bréviaire du Paraclct », qui est conservé à la liibliolbèqnc de Clianmont I llan'.e-Marno),

LA VERSIFICATION DKS CHANSONS I)K CKSTK. :][;',

l'alexaiuli'in, snivanl nous, ne dnt gônoi'alcnicnl liioni- ' ''airi,.''vni.'' plier qu'à l'époqne où nos poëmes nationaux eessèi'enL d'être chantés pour être lus. Nous ne prétendons pas (|ue les chansons envers de douze syllabes n'aient jamais été chantées; mais elles le lurent moins fréquemment, et surtout moins facilement. Cette sorte de demi-chant et de demi-déclamation qui s'appliquait si commodément au vers décasyllabiipie ne put enlever à l'alexandrin sa lourdeur native. La mélodie fut impuissante à soulever ce vers. Cette malheureuse complexion de ,

l'alexandrin a persisté jusqu'à nos jours, et les musiciens ne s'en sont guère servis que pour leurs récitatifs. Et encore faut-il, pour ne pas endormir, qu'un récitatif ne dure pas longtemps.

L'alexandrin rèc;ne dans quarante- quatre chansons de Quaranto-quatrc

^ ' . ,, 'Ip nos cliansons

eeste. On aura facilement la liste de ces poëmes, si 1 on ^..nt écrites

o 1 en alcxaudiins

veut se reporter à la liste précédemment donnée des poëmes écrits en vers décasyllabiques '. Tous les romans f[ui ne sont pas en vers de dix syllabes sont en alexandrins. Il importe cependant de remarquer que quelques-unes de nos chansons ne sont pas composées d'un bout à l'autre dans le même ihythme. Telle est V Entrée en Espagne; tel est Foulques de Candie; tel est surtout le beau poëme

* Nous donnons ici, pour plus (le clarté, la liste des cliansons écrites en dodécasyllabes. Dans la geste du Roi, ce sont : Mainet, Charlemagne (de Girard d'Amiens), Berte (d'Adenct) , le Voilage à Jérusalem, Sinwn de l'ouille, la Deslruction de Rome, Fieiidiras (français et provençal), Jehan, de Lanson, la Prise de Pampelune, VEnlrée en Espagne (pour une partie seulement). Gui de Bourgogne, les Saisnes, la Reine Sihille. Dans la geste de Doon de Mayence : \(t<, Enfances Doon, Doon de Mugence, (îuufreg. Age d'Avignon, Guide Nanleuil, Parise la Duchesse, Maugis d\\igremu)il, Vivien VAmachour de Monhranc, les Quatre Fils Agmo)i. Dans la geste de Guillaume : les Enfances Garin de Monlglnne, Garin de MonUjlane, Ilernaut de Beaulande, Renier de Gennes, Siège de Barhastre (Beuves de Gommarcis}, Foulques île Gandie (en partie). Dans le cycle de la croisade : les Ghelifs, Ilelias, les Enfances Godefroi, Anliûclte, Jérusalem, Beaudouin de Sehourc, le Bastarl de Bouillon. Dans les autres gestes : Aiol (en partie). Elle de Saint-Gilles, Doon de la Roche, llorn, Floovant, Giperis de Vignecaux, Florent et Octavian, Florence de Rome, Hugues Capel, Charles le Ghauve, Lion de Bourses (une des deux versionsi.

1 l'AUT. I.IMi. H.

CHAI'. v;ii.

Le mot nli'.raiiilrin

dérive

du roman

i\'Me,vandre.

C'est

dans le Voijagc

à Jérusalem

(|ii'on trouve

ppul-i'lrc

li> plus aneion

excni|ili'

du vers lie douze

syllabes.

iVAiol, donl la première parlie est en décasyllabes et la seconde en alexandrins.

Il resterait à déterminer l'origine du mot alexandrin. Le sentiment le plus commun est que ce vers doit son nom au poëme d'Alexandre, lequel fut écrit auxif siècle par Alexandre de Bernay et Lambert le Tort. Nous n'avons pas d'argument valable à opposer à cette hypothèse. Nous ne pensons pas, néanmoins, queV Alexandre soit le plus ancien poëme où le vers de douze syllabes ait été mis en usage, et nous partageons ici l'opinion de M. Gaston Paris : (c Le plus ancien document qu'on en possède paraît être le Vo'i/af/e de Charlemagne à Jérusalem \ »

De la

valeur de> s\ll;

dans la

versiliealio

roula ne.

Le décasyllabe, comme son nom l'indique, se compose régulièrement de dix syllabes; l'alexandrin, de douze. Ces syllabes étaient généralement comptées comme on les compterait aujourd'hui, et il est certaines règles de notre versification qui n'ont jamais varié. Mais nos pères prenaient avec leurs rhythmes bien plus de libertés qu'on n'en prend de nos jours, et cette indépendance était vraiment des plus heureuses. C'est ainsi qu'à la fin du premier hémistiche, les syllabes muettes n'avaient pas plus de valeur qu'cà la fin du second, et qu'il était permis d'écrire : « Le cœur d'un homm6' vaut tout l'or d'un pays », etc. C'est encore ainsi que les poètes des xf-xvr siècles n'étaient pas soumis à cette loi, véritablement trop rigoureuse, par laquelle il nous est interdit de faire entrer dans nos vers, à moins d'une élision, les mots « joie, voient, aimée, finies », etc. Au moyen âge, on tenait compte de Ve muet final, quand il n'était pas élidé. En d'autres termes, Ve muet

' « Etiulc .sur le rôle de Eaccont lalin clan* la foriiiation ilu la laii;j;\ic franeaisf », p. 113.

LA VERSIFICATKIN I>KS CHANSONS l)K GESTE. 315

qui lerminiiil un mot avait oénéi-alemcnt la valeur MMrrrivr,

CllAl'. VIII.

d'une syllabe, et les auteurs de Roland, de Jourdain

de Blaivcs, de Raoul de Cambrai et du Voijaye ont pu dire fort correctement :

De desuz Ais est la raiiE mult large.

DiENT Français « Dehet ait ki s'enfuit. Los mains li lient à curreies de cerf.

Secor moi, sire, par la toie pitié.

El dist Girars : De folie plaidiez.

Cil de la ville ont graut joie mené '^.

* Malvais lechieres, por quoi .ioes tu ci 3.

Veiext Jérusalem, une citet antive '♦.

Mais, à côté de ces excellentes libertés, cette vei^sification, qu'a singulièrement méconnue et insultée Boileau, n'était pas sans connaître certaines hésitations iTgrettables"', Nos poètes ne furent point toujours d'accord sur la valeur de certaines syllabes^. Somme toute, de telles incertitudes, qui s'expliquent aisément par des

' Chanson, de Roland, v. 3873, 10i7, 3738. — - .Jourdain de Blaires, édit. Hoffmann, v. 47, 48, 73!). — ' Raoul de Cambrai, édit. Le Glay, p. ^7. — ' Voijage à Jérusalem. = Cf. « La eue avoit tondue jusqu'au bout » (Ogier, 10551). « Et rendomain, ains que fust miedi n {tbid., 7794). « Deu reclama et les SOIES bontés n (ibid. (JI4"2)., Etc., etc.

^ Los futurs comme areronl ont partout deux syllabes dans le Roland: (I Sièges avères el greignur paradis. Enquoi perderal dulcc France sur los. Par num (rocirei nieterai un mien filz. Si recererez la lei de crestiens. u Mais dans Jourdain de Blaires, au contraire, nous lisons : « Ainz ïarerons acoléet baisié » (v. 556); dans Ogier : « Dont maint prodoin en perdera la vie » (v. 528:2), et (\ans Iluon de Bordeaux : « Par devant lui li mêlerai son lil u (v. 752, cf. 10G4).

" Certaines notations syllabiques qui nous étonnent dans nos chansons s'expliquent par l'étymologic ou par la prononciation. Il est à peine utile d'observer que les vocables, tels que destriers, ont été considérés comme des mots de deux syllabes jusqu'au xvir siècle inclusivement : « Quant vos serés sor le destrier de pris » {Ogier, \. 7785). = Tout le monde sait encore que lie peint le son eu : « Bien pues savoir il t'enverra liontage » (Ogier, v. 4294). « Ens el bruelet fièrement les escrient n (ibid., v. 1183). = il ne faut pas s'étonner si arision, dans Roland et dans Ogier, ri'est que de trois syllabes : « Une avision ot veiie et coisie » (Ogier, 1159). Le fait s'explique piiilologiipiement et l'on prononçait arison : « Une avison li vint en son dormant » [Guidon, édit. Guessard cl Luce, v. 329). = Une dernière observation. Dans les mots comme milie, Rlavies, Marsilie, etc., où la voyelle accentnr'e est Tante-

1 PART. LIVn. II.

cnAP. VIII.

ramener loule coUe théorie

accidenls philologiques, sont fort rares, et il n'y arien de " plus précis que les lois de cette poésie où la plupart

des syllabes ont une valeur aussi bien et mieux établie

que de nos jours. Rien n'était mieux discipliné, rien

n'était plus sage.

Tiiéorie complète Ccpcndant, il faut le dire à la louange de la versifica-

de l'élision . . ii-idm'' • i

et énoncé des tiou modcme : les lois de 1 elision y sont mieux ordon-

quatre règles ''

auxquelles on peut nécs Quc daus Ics vcrs de notre antique épopée. Les poètes

ramcMier i i i i l

du moyen âge ont éprouvé, à cet égard, une indécision qui a duré plusieurs siècles. Deux systèmes se sont trouvés en présence l'un de l'autre : en présence et en lutte. Les uns souffraient volontiers l'hiatus, môme après un c muet; les autres, dans ce dernier cas, exigeaient partout l'élision. C'est ce dernier camp qui l'a emporté, mais après de longs combats.

Un fait très-certain, c'est que ce terrible hiatus, devant lequel nos puristes jettent des cris d'horreur comme une femme devant une araignée, ne causait point autant d'effroi à l'oreille de nos pères. La chose, d'ailleurs, est aisée à comprendre. Nos premiers vers épiques étaient chantés (ce qu'il ne faut jamais oublier), et le chant y sauvait tout. Sur les lèvres de chanteurs habiles et de jongleurs exercés, l'hiatus n'avait rien de rude. Ils l'escamotaient.

De là vient que nous pouvons lire aujourd'hui, dans nos chansons, des vers comme les suivants : Irx wers, si revcnrx Estez\ Viint les ferir la u il les encuntrenC\ Son fils couchx xn un chier drap pourprm'\ C'est un traîtres fjni parens HardrÈ \ert\ Et il est bien peu de couplets,

péniiUk'ine, la pénultième, ne comptanl pour rien dans la prononciation, n • compte également pour rien ni à la fin thi ])r.Miiier hémistiche, ni à la fin du vers. Et l'on procède exactement comme s'il y avait nnUe, Blaive, Marsile, etc.

' Cliarroi de Ninics, vers 75.

- Cltimfinn de Roland, éditions ÎMiiller et Gautier, v. 354'2

' Raoul de Cambrai, édit. Le Glay, p. 115.

* Jourdain de Dhtiues, v. 35.

LA VEUSiriCATION DKS CHANSONS KK CESTE. 317

dan> nos vieux poëmes, (|iii m' nous ollrcut (|ui'li|ues heurts tout semblables'. Le jour vint, néanmoins, où l'on se montra plus difficile : ce fut celui où nos romans, au lieu d'être chantés, furent lus. Mais on n'arriva jamais, durant le moyen âge, à cette horreur excessive de l'hiatus qui caractérise notre versification moderne.

Donc, il y avait, au sujet de l'élision, quelque chose d'indécis et de mal défini dans l'esprit de nos pères. Et rien n'est moins facile aujourd'hui que de réduire à quelques propositions lucides les règles qui, dans leur Traité de versification, composaient le chapitre intitulé : De Vélision. Essayons de récrire ce chapitre... qu'ils n'ont jamais écrit .

(( L'élision d'une voyelle peut se produire à la fin ou au commencement d'un mol. A la fin d'un mot, la voyelle à élider peut se trouver soit devant un mot qui commence par une voyelle, soit devant un mot qui commence par une consonne. Autant de cas particuliers, autant de règles spéciales.

» Au commencement d'un mot, l'élision d'une voyelle se produit assez rarement, et Ye muet est, en ce cas, la seule voyelle qui s'élide : Oiist la prouesse que avoir saluez. Si II deit hum perdre e de V quir e de V peil. Fols est /il 'ncoiitre vus eslrive".

» A la fin d'un mot, quand la voyelle finale fait partie

' Ces hi;iLus ne scandalisaient personne; mais, en particulier, ceux qui s'appliquaient aux (liplilhongues étaient régulièrement admis : « Volt la corone par devers ixi \trere » (Charroi de Xinies, v. llij. « Ge li doiinxi vne colée large » {ibid., V. 174). « Ou Esl tes sire » (Jourdain de Blaives, v. 266). « Moi zt vos oncle, i somes oublié » (Charroi, v. 3'J). « Un nevEV A, Gaselin le membre » (Aubri le Uourgoing, p. -i de l'édition Tobler). Etc., etc.

- Le premier de ces exemples est tiré de Jourdain de Blaives, v. 379; le second, de la Chanson de Roland, v. 1012; le troisième (en dehors de nos chansons de geste), de la Vie de S. Gille, du xii» siècle (qui sera prochainement publiée pour la « Société des anciens textes » par MM. Dos et G. Paris), v. 1 125. Cf le V. 1676 : Jo' N sui desespere:i. = Donc, ïe du verbe est s'élide à volonté dans u 'st, ja 's(, si "st, ço 'st : Laissiez, ço 'sler (Chanson de Roland, 2741). El il en est de même de Ve du mot en : Lui'n égale lui en; si '» = si en;

I P,\UT. LIVIl. H.

CHAP. vin.

i;tlAP. VIII.

318 LA VliRSlFIC.UION DLS CHANSO.NS DE GESTl::.

d'un polysyllabe eL que le mot suivant commence par une voyelle, Vc muet est la seule voyelle quis'élide, et l'élision en est facultative : Ge vos don-aide France un quartier, ou Caries H reis, nostre emperere magne. L'élision est, à beaucoup près, le cas le plus fréquent'.

)) A la fin d'un mot, quand la voyelle finale fait partie d'un monosyllabe et que le mot suivant conmience par une voyelle, l'élision est encore facultative : Cest Looi/s fils Karlon au vis fier, ou Ce est d'Ogier le duc de Danemarche. Toutes les voyelles, en ce cas, peuvent s'élider ; mais l'élision de Vc muet est la plus régulière et la plus fréquente"-.

Id'n = Uien. Le seul cas douteux, dans tous les vers précités, est celui de co'st, et ron peut lire dans le Roland: « Laissiei c' ester », aussi bien (|ue « Laissiez ço 'ster. — Voy. rart. de G. l*aris, dans le Tlomania (MI, 398;, sur le >Iém. de Fianz Hil, Ueberdas Melrum der « Chanson de Uoland » (Strasb., lA'i).

' Le premier de ces exemples est tiré du Charroi de Aimes, v. 385. = Cf. : « Qui plus vos ierent et sauvaigr. e< grief » (Jourdain de Dlaives, v. 837). « Ciiin faileineiit GuiUauniE xtainod « {Charroi, v. 1301). Etc., etc. Le second excmi)le appartient à la Chanson de Roland (v. 1) ; mais il y en a cent mille tout semblables. = M. ('■- Paris a fait observer, au sujet du Saint Alexis, que celle clision y est conslammcnt pratiquée dans les polysyllabes (Vie de saint Alexis, p. 131). Et c'est en effet une règle presque générale. = Ce qui est dit ici de Ye muet s'ap]ilique, dans nos plus vieux poèmes, à 1> muet suivi d'un t (3° personne sing. de rindicalif présent, etc.) : « Se culchLT à tere, si 'n ail Dell (jraciet » {Chanson de Roland v. 2180). Mais l'auteur même du Roland éprouve, à cet égard, une certaine hésitation, et c'est ce que M. Hill a bien l'ail voir dans son l'eber das Melrum der « Chanson de Roland » : « Le cas où une 3' personne en et se trouve devant une voyelle se présente dans le Roland 59 fois, sur lesquelles Télision de 1"^ a lieu 20 fois et n'a pas lieu 39 fois, m « M. Hill, ajoute M. G. Paris, regarde les formes de la seconde série comme appartenant au poiJte; celles de la première seraient le fait d'un copiste rajcunisseur. On peut admettre ce mélange de formes archaïques et néologiques. » [Romania, 111, pp. 399, 400.)

- Il est très-évident que nos vieux poêles ont été fort indécis relativement à raccenlualion de certains monosyllabes français, tels que ce, que, etc. ; et c'est de cette incertitude par ra|pport à l'accent qu'est venue celte incertitude par rapport à l'élision. Suivant qu'on a accentué i)lus ou moins énergiquemcnt ces mots français, on y a plus ou moins pratiqué l'élision de la dernière voyelle. Les exemples suivants nous permettront de conclure que Ve muet est la seule voyelle véritablement élidée ; les autres ne le sont que dans le cas oi!i, n'étant [las accentuées, elles ont, pour ainsi parler, une tendance à fléchir en e muet.

Ve muet s'élidc. Le muet ne s'élide pas.

L'e s'élide toujours à tous les cas- L'e peut fort régulièrement ne pas

régimes de l'article masculin deV, al', s'élider dans ce .-Ce est d'Ogier, le duc

le, ainsi que dans les pronoms me, te, de Dancinarche (Ogier, v. -i). Ensi cuiu

LA VKP.SiriC.ATION I)i;s CHANSONS I)K GKSTi;. 319

» A la lin d'un mot, quand le mol suivant commence h-aut.uvk. n.

' CIIAI'. VIII.

se, clc, cl ilaiis la préposition '/e. = ce est voirs, et "' i siii bien creaiis (6'if j Il s'élide souvent dans ce : C'est un deBour(jo(jne,\.tM\). Merci cria, por traîtres qui parcns Hardré iert (Jour- (^c an o\\)ï\.iè (Charroi de Nimes,\.'iV.)). dain de Blaires, v. Gô). C'est Looys = Il peut ne pas s'élider dans ye, Je : fils Knrlon au vis fier (Couronnemenl Quant ge en ving à mon lioste Guion Loo}jH,\. 1729). = Dans ^e ou je: En- (Charroi de Nimes, 48). Après celui cor ne sai où g'eu doie trover {Char- vos en fis ge une autre (ibid., (39; roi de Aimes, v. 85). Cirai lassus el cf. 212, 163). Je en ferai del tout paleis seignorez (Aliscans, v. 262i). = vostre plaisir (Jourdain de Blaires, Dans ne, au sens simplement négatif: 779). Ains que je isse de la cort Dc- Demurent trop, n'i poedentestre à tens sicr (Ogier, 4222). = Il peut ne pas (/?o/«»(/, V. 184). et au sensdisjonctif : s'élider dans ne : Ne vos, ne il, ni En païenisnie n'en la crestienté (C/irtr- porterez les piez (Roland, v. 260). Ne roi de Nimes, v. 139). Devant Viane n'a as puceles ne par nuit ne par jor (Auun millor princier, — N'en toute la beri le Bourgoing, p. 3 de l'édition contrée (Girard de Viane, édit. Tarbé, Tobler). Ne as enfanz ne la volez tolir p. 89). Ne que je sièce al boire n'ai (Charroi de Nimes, v. 318). Ne dist ne mangier (Ogier, v. 4223). Qu'escus od ne non (Ogier, v. 9053). Ne un ne n'aubers ne li ait ja garant (Jourdain autre ne volsist gaaignier (Jourdain de Blaives, v. 1775j. = Dans que: de Blaives, v. 1633). = Il peut ne Trcsqu'au paies ne se volt arester (C/w- pas s'élider dans fywe ; De cel enfant roi de Nimes, v. 52). Tant fist en terre dites que il en iert (Jourdain, de Blaiqu'es cicx est coronez (ibid., v. 33). ves, v. 546). Où que il voit Guion, si Olivier sent qu'il est à mort naffrcz l'a baut salué (Gui de Bourgogne, (Roland, v. 1965). = Et, enfin, dans vers 2891). A bien petit que il ne pert se : De doel murrai s'altrc ne m'i ocit le sens f /îo/anrf, 326). Sire rois de Gas- (Roland, v. 1967). Bouc chanson, s'en- coigne, que aies vos disant {Renaus de tendre la volés (Ogier, v. 19). Etc. Montauban, édit. Miciielant, p. 155, v.

17). Puis que avez à tel besoing mestier [Gaidon,v. 8814). Nului n'enconlie que il ne mete à mal (Ogier, v. 5141). Qui plus reluit que estoile joriial (Aspremont, Bibl. iiat., 2495, fMll v°). =11 peut enfin ne pas s'élider dans se ."Se il ne veult trouver nouvelerie (Gaidon, v. 10887). Se il les fins Aiinoii ne vos fait délivrer i Renaus de Monlauban, 1. 1., p. 151, v. 20). Que se ai envers vous con traîtres erré (Gui de Bourgogne, v. 2750). = 11 est inutile d'ajouter que e ne s'élide jamais : Doué i ot maint ruisle cop mortal (Ogier, v. 5133).

L'a s'élide.

L'rt s'élide dans /(/, ma, ta, sa : Li glorieus lu nos fist à s'image (Huo)i de Bordeaux, v. 2j. Que m'ost soit descendue (Renaus de Monlauban, édit.

Michelant, p. 150, v. 24). Tenez m'cspée (Roland, y. 620). Si ait m'ame pardon (Auberi, p. 8, v. 7 de l'édit.

Tobler). Etc. Mais il faut observer que dans ces difl'érents cas Va flécliit à l'e, et qu'en certains dialectes ou a le, me, te, se = la, ma, ta, sa.

L'a ne s'élide pas.

Lu ne s'élide jamais dans /à (venant d'illac), ni dans les mots qui sont fortement accentués : Là u cist furent (Roland, v. 108). Desi au maistre tré là ont Karlon trové (Renaus de Montauban, édit. Miciielant, p. 150, v. 1). Là où les os assaniblent d'ambes pars (v. 5130.) = C'est tout à fait par exception que l'on trouve dans un texte de la Prise de Pampelune (œuvre d'un Lombard écrivant en français) des élisions telles (jue les suivantes : H n'alera ja cnsi (166). Là où Dieu nous conduira (4213). Elc.

'''Xi..''viM."' par une consonne, Télision est permise ; mais Ve muel

L'î s'élide. \.'i ne s'élirle pas.

L't s'élide souvent dans U, au cas L'i ne s'élide point au cas sujet sujet de l'article singulier : Parolet de l'aiticle pluriel : Quant li enfant l'unsàTaltre (Roland, v. 369), et quel- l'entendent, si crient à haus cris quefois dans si = se (venant de .sic) : (Gui de Bourgofjne , v. 2817). Que Ot le Guillaumcs, s'en a un ris geté bien le virent et li un et li altre (Charroi de Nimes, v. 4G0). Lors se (Charroi de Nimes, v. 178). Malbailli reliève , s'a prins gens à huchier m'a, ce sevent li auquant {Ogier , (Jourdain de Blaives, v. 58). Quant vers 9088). = Quelquefois mémo il il les voit, s'ot une paor tele (Ogier, ne s'élide point au cas sujet de l'ar- V. Ili7j. = L'élision du l'clatif qui ticle singulier : Jourdain li cnfes se est rare : Por la clialor qu' est grans lève sur en pies (Jourdain de Bluii,RenausdeMontauban,p.l'>i,\.l).\cs ves,\. 1198). Li eslors fu mult fort ici les barons qu' issent de la cité de grant ravine (Ogier, v. o'26i). (ibid., \}. lôOj. = Encore faut-il obscr- Lors s'est li enfcs Guis gcnteniont ver que l'on jiourrait ici supposer fort coin'éés (Gui de Bourgogne, v. 2877 ; bien ryîte et , se, etc., et que, dans les au- et dans les trente vers précédents, très mots qui précèdent, surtout dans on trouve plusieurs fois Venfes). = li, Ti tend à fléchir en e muet. Le plus souvent, \'i ne s'élide point

dans si : Fu niolt preudons, si ot le cucr hardi (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay,p. 3). Del gentill conile si est reniés un i\h (Charroi de Aimes, v. 324). Si avés awcc vos trestous les -Xll- pcrs (Renaus de Monlauban, éd. Michelant, p. 151, v. 16). Si iert Callos et Ogiers li nobiles (Ogier, v. II61). = Dans le relatif r/»(, l'élision ne se produit (pie bien rarement: Qui est-il, ce médites por Dieu de majesté (Guide Bourgogne, \. 2918). Car iiaïiMi oirrenl qui ont grant coupaignie (Ogier, \. 1181). Ki onques fust en France n'en la crcstientél /}e«rtu.sde Monlauban, édit. Miclielant, p. 153, v. 26). = Jamais li (au datif), cui (au datil), ci, mi, li et si ne s'élident, ni leurs congénères, parce que dans ces derniers mots Vi ne peut fléchir eu l'e muet : Desus !a bocle li a l'escu troé (Ogier, v. 5257). Je li affi par Malien cui j'ai chicv (Jourdainde Blaives, \. 1035). Qui dcffier te vint ci en ta corl i Charroi de Ximes, v. 18!)j. Sire, dist Hermcnfrois, ci a maie amisté (Renaus de Montauhan, édit. Miclielant, p. 150, v. 12). Dcssi as très oii li Sarrazin crent (Ogier, v. 1150). Je ne mi benne ne fièrent mais aidant (Raoul de Cambrai, 1. 1., p. 29). Tôt ti ami en seront irascu (0(/ier, v. 11470).

L'o s'élide. L'o ne s'élide pas.

Lo s'élide dans les mots fo et jo de II arrive quelquefois que, dans le

la Chanson de Roland; mais il est Roland, l'o des mots po et yo ne s'é-

clair (jue l'o n'est ici qu'une notation lide pas. Mais on peut dire, en thèse

de l'e muet. générale, qu'il ne s'élide jamais, quand

il n'est pas une notation de l'e, quand il ne peut fléchir en e.

\.'a s'élide. L'w ne s'élide pas.

\.'a ne s'élide, à noire connaissance, L'u ne s'élide pas et ne peuts'élider que dans le mot tu en une ou deux de dans les mots vigoureusement accennos chansons de geste : T' as bon hau- tués, tels que fu : Ce fu à Paqiies (Cobert et çaint le braiic forbi ylluon de venanl Vivien, \. 8). Etc., etc. Rordeaux, v. 739). Cf. Paul Meyer, Recherches sur rEpapre français/', 1. 1., p. 313.

est ici la seule voyelle qui s'élide : Gitai le cl Toiirc, sel "'e',îli,''v''m"' mangierent poisson \ »

Telles sont les quatre propositions où nous avons ^^ i^ '^^-'^i'-'jlaborieusement essayé de condenser tout le chapitre de l'élision dans la prosodie de nos pères; mais le chapitre de la césure est, par bonheur, beaucoup plus facile à , l» césure

' '11 du décasyllabe

écrire : (t La césure du décasyllabe est après la quatrième , "^^^ «pf^

•J 1 Tl la quatrième

» syllabe accentuée; la césure de l'alexandrin, après la syiiabe^acccmuéc; )) sixième. » Ces quelques mots résument la question-. ap1-L^'î''si'Snc.

Il est à peine utile de répéter ici que, par une indulgence pleine de bon sens et de logique, nos pères autorisaient leurs poètes à ne tenir aucun compte de Ve muet à la un du premier hémistiche, de même que nous n'en tenons encore aucun compte à la fm du second. Cette règle ne s'applique pas seulement à Ve muet, mais encore à Ve muet accompagné d'une s, d'un t ou d'un ut. :

Jusqu'à la teRE si chevoel li baleicut. Très bien le batENi à fuz et à jamclz. Ceignent espéES de l'acier viancis^.

' L'exemple cité est tiré du CItarrol de Ximes (v. 210). Cette règle s'applique aux cas obliques de rarticle masculin del cl al, placés devant une consonne; à nel, quel, jel, = ne le, que le, je le; à quem, nem, = que me, ne me, etc., etc. Il faut cependant observer que doux cas peuvent se présenter. Dans l'un deux : Rollanâ in'forftst (Rolan I, v. 3758 ; le manuscrit d'Oxford porte : Rollanz ne forfisl), la consonne lostée seule n'a pas de voyelle antérieure sur laquelle elle puisse s'appuyer; dans le second : Gel le rendi, la consonne vient en quelque sorte se coller contre la voyelle précédente et fait corps avec elle. M. G. Paris n'admet ciue cette dernière élision et condamne le Rolanz m'forfist que j'avais adopté dans mou texte critique [Romania, II, p. 110, et III, p. 39',)j.

- Parfois Te muet, surtout dans les monosyllabes, devient accentué h la quatrième syllabe du décasyllabique. De là une césure particulière qu'il faut signaler : — Cornent lu che, biaux lix, ne me celés {Ogier, v. 360'Jj. Encor ai-(/e soixante de vos pers {Charroi, v. "IHi). Ce chaleng-je par le cors saint Geri (Raoul de Cambrai, p. 27).' Raverai-je Broiefort mon destrier (ibid., v. 10659j. I fcrrai-/e de m'espée forbie {ibid., 1716). N'i remagne qui puisse porter armes (tèw/., 199). Et à Lengres seroie malbaillés (Auheri, p. 17, v. 24). C'est cette césure que l'on a appelée « lyrique », parce qu'elle se rencontre souvent dans les chansons lyriques des trouvères. Bartsch fait observer qu'elle y est plus employée que je n'ai voulu le dire dans ma première édition (p. 19i), et qu'on la trouve quatre fois dans une seule chanson du Châtelain de Coucy {Clirestomathie de l'ancien français, 2" édit., p. 230).

' Chanson de Roland.

CilAP. VIII.

U existe dans

GiratzdtRossilho

et dans Aiol

une seconde

espèce de vers

dêcasyllabique

qui a sa

césure

après la sixième

syllabe accentuée.

Quant P.iïen virENl, li cuvert suduiaut, Que Franc i furENT si lier et conbatant'.

Sire reis de GascoignE, faites pais, si m'oez :

Je ne vos salu miE, jà mar le cuiderés.

Par moi vos mande KarlES, li riches coronés^.

L'Empereres reguardEi la reine sa muillier; El' fu ben corunÉE, al plus bel e al mieus 3.

On ne saurait ti-op regretter que cette excellente règle ait été remplacée dans notre versification par une règle plus sévère et dont la sévérité n'a véritablement rien de rationnel.

L'alexandrin n'offre jamais, dans nos poëmes, que la césure dont il vient d'être question; mais, pour le décasyllabe, il existe une autre césure, une autre coupe. En certains vers décasyllabiques, la pause est placée après la sixième syllabe sonore. Deux de nos chansons, deux seulement, ont adopté ce rhythme, lequel est, à nos yeux, moins naturel, moins souple, moins harmonieux que l'autre.

L'un de ces deux poëmes est ce Giratz de Rossilho qui a été écrit sur la frontière des deux langues d'oc et d'oïl ; l'autre est Aiol, qui est une œuvre très-purement française. En voici des extraits, qui nous donneront le type de ce vers si singulièrement construit :

A(|ui fo la Gonitessa — pui corduriera, Que anc no vistes de mas — ta fazendiera.

* Charroi de Mmes. — ' Giii de Bourgogne.

' Voyage à Jérusalem. = « On sait, dit M. P. Mcyeren sa préface do Brun de la Montagne, qu'au moyen âge les vers de dix et de douze syllabes peuvent admettre, à la fin de chaque hémistiche, une syllabe atone, qui ne compte pas dans la mesure du vers. Cette faculté a été restreinte, dans notre versification moderne, au second hémistiche seulement : d'où nos vers à rimes féminines. Jusqu'à présent on n'a pu faire remonter cet usage au delà du poète Jehan le Maire, qui vivait au commencement du xvi° siècle. Or, lise trouve que l'auteur de Brun de la Montagne, antérieur de plus d'un siècle à Jehan le Maire, suit très-exactement l'usage actuel. » {Brun de la Montagne, p. xv.)

LA VEUSll'ICATION DES CHANSONS DE GESTE.

No i ;i laii riclin (loiiipiiu — iio lu i"0(iuiera,

1)(; sas ohras à lar — iio Ihi pi'olicfa.

Don dizo lliidoiizel — e geiislicliicra,

l'avion tût son auzen — e en dericra :

« Esgai-datz quai boulât — de carboniora!

» Si r vilas del carbo — no la fos niera,

» N'agues ta genla dompna — Iro à Baviora. »

I l'SUT. i.ivn. II.

CHAP. VIII

Ce fu à un lundi — , prias jor seniane , Que Karles tint sa cort — grant et fortane En la sale à Paris — qu'est viele ançano. Quant li Rois a manjat, — dort meriane. Li donzel vont bordir — à la quintane, Aval, soz la citât, — lonc la fontane.

Signor.s, che savés vous — , que c'est verlés Li oiseus doboinairos — del bos ramé, 11 meismes s' afaite, — bien le savés. Autresi Aiols fait — cl bos li ber :

Les consaus de son père — mist si en grés Il n'ot valot on France — mious dotrinô... r>ien savoit .\iols lire — etonbriover; En latin et romans — - savoit parler*.

Que notre lecteur ne se borne pas ;i lire avec les yeux les quelques vers qui précèdent. Qu'il les lise à haute voix, et il se convaincra facilement de leur infériorité ihythmique. Ce rliythme n'a pas d'origines latines, et il n'y faut voir, avec M. Ten Brink, que la (( création toute artistique d'un versificateur inconnu >). Un poëte fantaisiste aura cru bien faire en déplaçant arbitrairement la césure, et en mettant à la fin du vers cette tranche de quatre syllabes qui était jadis au commencement. Il ne faut pas s'étonner si cet essai a avorté : il n'était point dans le génie de notre langue. Le décasyllabe qui nous

' I,c premier de ces extraits est enipriiiité à la version île Girali de Rnasillio qui est la plus voisine tle la hiiiyue d'oc; le second, à la version de ce même poënie qui s'approche le plus de la langue d'oïl; le troisième à Aiol

l't Minthcl (vers 251 et siiiv.).

vif,"- est resté est bien coupé : il est clair, il est harmonieux, et il a fait le tour du monde avec le génie français. Conclusion Et maintenant vous connaissez assez notre vers pour

sur >■

le vers épique. \q juger. Il cst vrai que nous n'avons pas encore parlé de ces assonances et de ces rimes qui le terminent si heureusement et qui en sont à la fois le charme, la parure et la vie ; mais il est aisé de se figurer, dès à présent, l'effet produit dans nos vers héroïques par cette homophonie de leurs dernières syllabes. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, on a pu se convaincre jusqu'ici que la prosodie de nos épiques était d'une régularité et d'une précision remarquables. Il est juste d'avouer que cette versification était, à certains points de vue, moins roide et plus large que la nôtre, et il nous sera permis, comme conclusion de tout ce qui précède, d'affirmer que Boileau a poussé jusqu'à leurs dernières limites l'injustice, l'ingratitude ou plutôt l'ignorance, quand il a écrit ces vers plusieurs fois malheureux :

Durant les premiers ans fin Parnasse françois, Le caprice tout seul faisoil tontes les lois. La rime, au bout des vers assemblés sans mesure, Tenoit lieu d'ornemens, de nombre et de césure. Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers. Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers.

Hélas ! h l'heure même où j'écris ces lignes, quelques milliers d'enfants apprennent les vers de Boileau : ils le croient sur parole, ils le citeront toute leur vie, et c'est seulement depuis cinq ou dix années que quelques-uns de leurs professeurs ont parfois l'audace de leur dire : « Boileau s'est trompé. «

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