II. Lk Coltlet
KPIQIK.
Il est temps d'en venir au Couplet épique.
Le mot couplet est moderne dans le sens que nous lui
donnons. Les poêles du moyen Age appelaient vers ce ' V'im. ';'),','■ ''
que nous appelons « couplet ». Nous en trouvons dans le
Roman de la Viol elle une preuve que personne ne pourra «» tirndTs^ippeiio
, 111 encore
récuser : '«"««^ ou vers.
Lors coiiiença, si com moi scmblo, Com cil qui molt estoit sénés, Un VER (le Guillaume au court nés A clerc vois et à dous son "...
Suil, dans \QRoman de la Violelle, un couplet extiep. de la geste de Guillaume : « Grant fut la cour en la salle à Loon. » Dans Elle de Saint- Gilles, on lit encore : (( Plairoit il vos oïr trois vers de baronie. » Enfin, l'auteur de la Vie de saint Thomas prend soin d'annoncer à ses lecteurs que, dans son poëme, « li vers est d'une rime en cinc clauses cuplez )). Remarquez ce dernier mot qui sert à expliquer l'étymologie du mot « couplet » ; mais observez aussi (jue depuis longtemps, dans la poésie latine, le mot versus signifiait « une pièce de vers^». Il avait passé, avec ce sens, dans notre langue et dans notre poésie nationales.
Le couplet prend- encore le nom de laisse. Dans le fabliau intitulé : les Deux Troveors ribauz, l'un des jongleurs s'écrie avec orgueil qu'il « ne sait pas moins de quarante laisses^ ».
Durant les premiers temps de notre poésie, la laisse La laisse. était a la lois tres-courle et lort régulière. Les couplets noire voisiikaiiou.
Il- ''*'' composée
du Saint Léaer sont de six octosyllabes, qui « assonent » , d-nn nombre
•^ . régulier do vers.
deux par deux. La laisse de la Passion consiste en quatre
' Homan de la \'ioIetle, pur (lirard de Moiitrcuil, édit. rr;incisque Michel, 1834, p. 73.
- Une pièce de vers régulièrement écrite d'après les luis de raiicienne prosodie. Versus, dans ce sens, était opposé à rhijthmns, qui a toujours exprimé une pièce de vers rimes et où racccnt et la numération des syllabes remplacent la quant'dé.
' Voy. Rutebeuf, édit. Ach. .lubinal, I, p. 33i. Cf. la "2" édition qui a paru en 1875-70.
CIIAP. VIII.
Mais,
ries le lioèce
et dès la Chanson
de Roland,
le couplet
est foniié
d'un nombre
variable
do décasyllabes
ou d'alexandrins.
vers à huit syllabes, et leur homophonie est disposée de la même manière que dans \e Saint Léger. Qusini au Saint Alexis, il nous offre des strophes monorimes de cinq décasyllabes. Notez, encore un coup, que ce sont là de petites chansons de geste.
C'est dans un poëme provençal du x*" siècle, c'est dans le Boèce, que nous trouvons, pour la première fois, des laisses irrégulières. Et tel est le plus ancien type, aujourd'hui connu, qui soit conforme à celui de nos Chansons de geste.
La tirade épique se compose d'un nombre très-variable de vers, qui tous sont ornés de la môme assonance ou de la même rime : de là le nom de couplet monorime. Certain couplet des Lorrains ne renferme pas moins de cinq cent quarante-six vers '. Tout au contraire, dans la Chanson (VAspremonl, nous trouvons un couplet de trois vers, et, dans Iluon de Bordeaux, à la suite l'une de l'autre, deux laisses de trois et une de quatre vers^. On peut dire que, dans les deux cas, il y a exagération. Dans la Chanson de Roland, les couplets se composent en moyenne de douze à quinze vers. Nulle règle fixe, d'ailleurs. Mais il faut avouer ijue nos poètes tendirent sans cesse à
' Garin le Loherahi, "20'= couplet de la seconde chanson.
= En la qartc iert Dosicr de Pavie,
Et li dus Nainin, li convers Jeremie, Ricliiers li preus fu en sa compagnie.
{Aspi'cmont, Bibl. nat., anc. I.avall. 12'.{. f" ."i" v" )
•M' en trova qui forent les ccvaux Et autres -M" qui traient as travaux.
'M' en trova qui jucnt as escas Et autres -M' qui del ju furent mas.
•M' en trova, saciés à cssiant.
Qui as puceles jueut à leur talant.
Et autres -M' qui del vin so:it bcvant.
•M' on trouva qui cl palais s'en vont Et antres 'M' qui repairié en sont.
Tout cliil millier esgarderent Huon.
{Iluon de Bordeaux, vei-s 5400 o sniv.
Cf., dan vers, elc
s Anus et Amiles ip. 18 de l'édilion Hoffmann), un couplet de cinq
augmenter considérablement le nombre des vers dans chaque laisse ou couplet. Rien de plus fâcheux qu'une telle tendance. Et que dire des raffinements ridicules du poëte Adenet, notamment dans sa Berte ans grans pies? Il s'amuse, il s'épuise à trouver un nombre énorme de rimes en oe : tour de force qu'il n'exécute qu'au grave préjudice du bon sens et de la poésie'. C'est là un signe certain de décadence. Quand le versificateur remplace le poëte ; quand il joue avec des sons au lieu d'émouvoir avec des idées ; quand l'écrivain se préoccupe uniquement des yeux de ses lecteurs ou de l'oreille de ses auditeurs, et non pas de leur intelligence, la poésie d'un peuple est morte, et elle méritait de mourir.
I PAUT.