‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 116 sur 180 · CHAP. MU · texte numérisé non relu

CHAP. MU

ilu Roland.

de la cautilèiic de sainte Eulalie ', et de cet exemple on

pent inférer qu'un certain nombre de cantilènes se terest gfiirriiliMiioiit ■■ , '

.i';, ^'P":. minaient de la sorte. Ce qu'il y a de certain, c'est que d'une ciu.nso,i. l'hcxasyllabe est généralement le signe de l'antiquité d'une chanson. Entre deux versions d'un même roman, il est naturel et logique de choisir, comme la plus ancienne et la meilleure, celle où se trouve, à la fin de chaque tirade, le petit vers dont nous venons de parler"'. \h' lAoi Voici encore une difficulté , et c'est la dernière que

l':'J:'i!*!'' nous rencontrerons dans ce Traité de versification. Le plus grand nombre des couplets du Roland se terminent, dans le manuscrit d'Oxford, par ces trois lettres agi, qui ont grandement exercé la patience des érudits. M. Fr. Michel, dans sa première édition de \n Chanson, rapproche aoi de ce mot cuouac, qui se trouve, assuret-il, « dans une sorte de poëme sur sainte Mildred, mis en musique^ ». Hélas ! hélas! sans aller aussi loin, M. Michel aurait pu trouver ce fameux cuouae dans son Paroissien noté et dans tous les antiphonaires du monde entier. Il signifie seculorum... Amen, et non pas EvoJie, comme le croyait aussi l'excellent M. de Martonne, qui, dans sa Piété aa moyen âge, avait cru trouver là quelque

' « Post la moii, et à lui nos laisl venir — Par souuo clemcritia. » - Voici la liste comiilcte des poëmes qui sont munis de ces petits vers de si.v syllabes :

POE.MES EX DÉC.iSVI.L.VBES Qfl OFFRENT TOlJOlliS LE PETIT VERS HEXASYI.LA-

BiQLE A LA FIN DE ciiAcrx DE i.EiKs COUPLETS : Girard (le Viaup, AiniPride Aarbo)i)K', Siège de Narbonne, Mort d'Aiirteri de Narbonne, Guibert d'A)idre)ias, Prise de Gordrex, Amis et Aiiiiles et Jourdain de Dluire!<.

POE.\IES EN ALEXANDRINS Ûll OFFRENT TOIMOI'RS LE PETIT VERS IlEXASVLLAIilûLE

A LA FIN DE CHACUN DE LEURS COUPLETS" EnfaHces Gariu de MonUjlane, Garin de Montglane, Siège de Darbaslre (et Heures de Gommarcis qui en est le rifacimento) ; les remaniements dMna's et Aniiles et de Jourdain de Blaires. Poèmes en décasyllap.es qui, ex certains m.\xuscrits, sont munis du petit

VERS FINAL ET NE LE SONT PAS EN CERTAINS AUTRES: EnfailCeS Virieu, GoVCUaut

Virien, AUscaus, Ilalaille Loquifer, Moniage Renoart, Foulques de Gandie (en partie) et Moniage Gmllaume. — Voyez la Notice placée en tète de notre tome IV.

' Ghanson de Roland, l" édition, p. oli. — Dans sa "2' édition, à la p. XVII, M. F. Michel rectifie lui-même son erreur.

i.v NMisiiir.vriON i)i:s chansO-ns de geste. 3G9

reste du oui te de Bacchus au sein de nos églises catholi- ''cHli..''vm."' ques. Donc, aoi et euouaena sont pas un seul et môme mot, comme l'affirma d'abord M. Michel, qui, dans sa seconde édition, est revenu à résipiscence. Faut-il voir dans aoi « le mot saxon abeg ou l'anglais away, exclamation du jongleur pour avertir le ménétrier que la tirade finit et qu'il ait à s'arrêter? » Cette seconde hypothèse de M. Michel' ne semble guère plus heureuse que la première. Le moyen de supposer qu'un mot d'origine brutalement étrangère ait ainsi pénétré dans un poëme où tout est français! M. Génin, lui, opine pour avoi, qui, suivant lui, viendrait de ad viam et signifierait : « En route, allons"-. » Mais M. Génin oublie que, dans le dialecte dn Roland, ad viam donnerait à veie. M. Lehugeur ^ avance que (c c'était un hourra jeté par le ménestrel )) ; mais encore faut-il remarquer que ce hourra ne serait point conforme à la phonétique de notre manuscrit. M. Alexandre de Saint-Albin traduit aoi par: (( Dieu nous aide ! » et y voit « le verbe ajuder, qui est, dit-il, une contraction d'adjuvare ^ » ; mais on ne trouve dans la chanson que les formes dit, et aiat venant d'adjuvet. Une nouvelle, une troisième opinion deFr. Michel vaut mieux que les deux premières : c Aoi serait un neume. » ^lais il y aurait, ce semble, un bien rude écart pour la voix entre la note désignée par a et celle indiquée par 0. Après avoir longtemps hésité nous-même sur le sens de ces trois lettres, nous en sommes venu à les rapprocher, tout simplement, de Vo ae, qui est le

' M. Fr. Michel citi; li.'s v.;rs : « Auui, di-st saint Pieres, avoi » (De saint Pierreetdu jougleor. Fables et contes, édil. deMéon, 1808, p. 292 du tome III). «Avoi, sirp, ciie dist Girars » (Roman de la Violette, \ers 289). Gf. la note du vers 149 U des Canterburi/s Tales'j)f Chaucer, édit. d'Oxford, t. II, p. 499.

- Chanson de Roland, p. 340.

' Dans les quelques notes rejetées à la fin de sa traduction du Roland.

* Chanson de Roland, p. 1, et passim.

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refrain d'une pastourelle de Guillaume le Vinier ', et de a e 0 qui est le refrain d'une chanson d'Ernoul le Vieil'. Telle est aujourd'hui notre conclusion; mais nous pensons que, demain, la science éclaircira ce point noir mieux que nous. Espérons.

Et maintenant le voilà terminé, ce Traité élémentaire (le la versification de nos Chansons de geste, que nous nous proposions d'écrire ^ Cette versification a perdu plusieurs de ses caractères principaux et, à vi-aiment })aiier, n'existe plus depuis cinq siècles. Le décasyllabe et l'alexandrin nous sont restés : le couplet monorime a depuis longtemps disparu. On peut regretter cette fin prématurée de notre versification épique. Telle qu'elle nous apparaît dans la Chanson de Roland, elle possédait de précieuses qualités. Elle ne connaissait aucune de ces entraves dont nous avons pris soin d'embarrasser la marche de notre vers moderne : elle était ferme, rapide, vivante. « On peut lire trois cents vers du Roland, dit Gaston Paris \ sans y trouver un mot à retrancher. Pas une cheville, pas une concession à la rime : tout est plein, nerveux et sohde; le tissu est serré, le métal de bon aloi. Ce n'est ni riche, ni gracieux ; c'est fort comme

' Histoire Ultéraire, XXIII, p. 595 : « Deux touses chantent un nouvel ton, — Deureuleu de o a é; — J'amcrai. «

- Histoire littéraire, XXIII, p. 560. = Tel est aussi, mais d'une façon beaucoup plus vague, le sentiment de G. Paris : « Aoi, dit-il, est un véritable refrain, et un très-ancien fragment nous offre le retour, en manière de refrain, de quatre vers entiers. > (Histoire poétique de Charlemagne, p. 22.) = Nous avons, en partie, emprunté le paragraphe qui précède à notre Introduction de la Chanson de Roland (édit. de 1872, t. I, p. Lviii).

^ Cf. le traité de Diez : l'elier den epischen Vers, à la suite de : Altromanische Sprachdenhnale. = Voy. aussi L'elier den Einfluss von Metnnn, Assonanz und Reiin aiif die Spraclie der altfranzœsischen Dichter, von Hugo Andresen (Bonn, 1874, in-8"). M. G. Paris en a donné un excellent résumé dans la Romania du mois d'avril 1875.

* Histoire poétique de Charlemagne, p . 24.

un bon haubert et pénétrant comme un l'er d'épée. 11 n'y a aucune recherche d'harmonie. Pourvu que les vers y soient, peu importe que les notes se heurtent, que les élisions se pressent, que les consonnes s'accumulent. Les vers, sans variété de coupe, sans enjambement, le plus souvent composés d'une phrase entière avec ses verbes au présent et avec son allure tout d'une pièce que n'assouplissent point les particules, les vers se suivent et retentissent pareillement l'un après l'autre, comme des barons pesamment armés. Et pourtant, cette poésie barbare vous domine ; on sort d'une première lecture étonné, sous le charme. Quand on y revient, quand on se familiarise avec cette forte langue, avec cette versification escarpée, avec ces mœurs et cet idéal, quand on endosse cette lourde armure, on se sent pénétré du génie ardent qui la soulevait. C'est l'air âpre et pur des sommets. Il est rude d'y monter; mais on se sent grandi, quand on y est. » Nous ne pouvions mieux finir que par cette page, la plus belle peut-être qu'ait jamais écrite M. Gaston Paris, et celle qui, sans rien exagérer, donne l'idée la plus exacte de notre versification épique, de cette versification « forte comme un bon haubert et pénétrante comme un fer d'épée ».

l'AFlT. LIVR.ir.

CHAP. VIII

IPAP.T. LIVR, II.

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