FORME
' (Xive siècle).
Poëme en vers
de douze syllabes
et qui est
beaucoup plus
développé
que les précédents.
(Or| est li bers Oger du chastol départis : Par devant le roy Charle fu amené et mis Et devant les messages qui crient à hauts cris « Venjance te prions, Charle de Saint-Denis. )i Vecy le fils Gauffroy : il est nos anemis, » Ce que père forfait doit comparer le fils. » Quant Ogier les entend, si fu tous esbaïz, A genouls se jelta moult (piteus) et pensis. « Ogier, ce dit li Roys, or est ton corps trays, » Et tout parle lien père qui doit eslre haïz.
LES TRANSFORMATIONS DES CHANSOiNS DE GESTE. 465
pour sauver la vie d'Amiles. Amis et Amiles, comme nous l'avons dit, c'est Oreste et Pylade, c'est Pytliias et Damon. Le pauvre lépreux, inconnu de tous, arrive un jour dans le pays qu'habite son ami : il se fait
» Je t'i'n coailcra|iae à mort, voians tous les marquis. » — Mercy ! ce ilist Ogier, Empereres gentils, » Aies pitié de moy, pour Dieu de paradiz, n Et se mon père n'est venus en ce paiz , « Ainsi comme il devoit et qu'il avoit promis; » Hoir [suis] de sa contrée et, s'il estoit fenis, )i Je tenroie la terre et le noble païz. ji Honiage vous en fays [en foy| et en servis » De moi entièrement, et serai vos siibsriz ; /) Et me donnés office qui soit li plus potis : j> Si vous feray homage volontiers, non envis. » Rois, j'ai une marrastre dont li corps soit bruïz : » Et mon père la croit : pour ce en vaut-il piz. )i Bien vouldroit ma marrastre que je feusse fenis » Pour [ce quej son lils teinst en sa main les prouffis. » Vois, je suis le droit hoir pour tenir le pais : » Homage vous en fay et le feray tondis. \ » Et se mon pères a aus messagiers mospris,
>i Tant leur donrray du mien, par le corps Jhesu-Cris,
Il Con jugeront li prince et li barons gentils.
» Et en feray penancc du tout à leur devis.
» Pitié seroit, s'ensi estoie à la fin mis
ïi Pour une maie femme de quoy je suy haïs. »
Ogier parla au Pioy et bien et sagement;
Et li Rois li a dit : « Tout ce ne vault noient;
» Forostagé vos a vo père laidement.
» S'en perderés le chief par le mien serement. »
Il a dit à ses hommes : « Or tost, délivrés m'ent. «
Adont parla Ogier de ciier piteusement.
A Naimon de Bavière grande pitié on prent
Et à Houel de Nantes qui moult ot hardement
Et à Oedon de Langres et au conte Florent.
Sanson et Manessier, et des autres granment ;
S'en sont venu au Roy, dit lui ont doucement :
( Empereres de France, pour Dieu omnipotent,
n Aies en vous pitié de ce dainoiscl gent :
» Car le sien père l'a tray villainement.
» Car c'est le plus beaux enlfes (pii soit ou firmameiil.
» Encor a-il onze oncles et maint noble parent.
» l\ n'a si gentil homme en tout le casement.
n Et se li cnffes meurt par vous si faittement,
I Vous en acquerés certes des anemis granment.
» — Ne m'en chaut, dist li Roys, je n'en donne noient
» De trestout le linage si grant come il s'estent.
» Car bonis soit mon corps trestout entièrement,
» Se je ne fay destruyre Ogier à mon talent.
» — Sire, ce dist dus Naymez, par le mien serement,
» Vous vous ferés haïr de trestoute vo gent.
0) Et se besoing vous croist d'estre en aucun content,
» Vous ne trouverez prince en tout vo tenement
» Qui vous veuille servir ainsi ne autrement.
» — Sy feray, dist li Rois, par foy, s'en ne les pent.
» Ne suy-je roy do France par droit cngendreraenl?
n S'il avoit home nul dessoubs le lirinament
» Qui voulsist révéler contre moy nulement,
» Àlaudis soit le mien corps de Dieu omnipotent,
» 5i je ne me vcngois de mon corps tellement
» Que li autre en seroient esbay grandement.
» Mourir feray Ogier. »
(Ogier le Danois, Bibl, de l'Arsenal, B. L. F. 190-191.)
CHAP. XIV
CH.\P. XIV
conduire vers lui. Amiles entend de loin le bruit de la», crécelle qui annonçait l'approche des lépreux ; ému de compassion, il envoie à l'infortuné sa coupe pleine d'excellent vin. Or, Amis possède une coupe toute pareille qui lui a été donnée, comme celle d'Amiles, par le pape de Rome. A ce signe, Amiles reconnaît son libérateur, son ami, la meilleure moitié de lui-même : il tombe aux bras d'Amis, il le couvre de baisers. Le lépreux est aussitôt introduit dans la maison d'Amiles, et on le conjure d'y passer le reste de sa vie. Ici s'arrête notre épisode : Amiles ne tardera pas, ainsi que nous l'avons vu, ainsi que nous le reverrons bientôt, à sacrifier à son ami la propre vie de ses enfants.