CHAPITRE IV
ORIGINE DE l'Épopée française. — ses premiers GERMES A l'Époque mérovingienne
Si l'on jette un regard attentif sur la France mérovingienne, on se convaincra aisément qu'elle ne remplissait
' " Il f.iut aussi qu'ils dominent le fait épique, et qu'ils le dominent de tri-sliaut, jusque-là que ce fait n'ait aucune signification sans eux et leur emprunte toute son importance. » (La Chanson de Roland, édition Marne, 1872, l, p. x.)
La France moiovingicnne ne remplissait
point les conditions
micessaires à la production
de l'épopée.
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d° Cette époque n'élait pas sincèrement primitive ;
'-° 11 n'y eut alois
ni unité nationale,
ni unité
religieuse ;
point toutes les conditions favorables à la production et au développement de l'Épopée.
Cette époque ne fut qu'à moitié primitive. A côté des hordes barbares qui se jetaient sans cesse sur ce beau pays et s'y installaient plus ou moins pacifiquement, il y avait encore de nombreux Gallo-Romains qui se transmettaient, en les altérant, les traditions d'une civilisation délicate et môme raffinée. Singulier mélange, et qui n'est point fait pour inspirer des poètes naïfs. Les Germains, d'ailleurs, avaient leurs vieux poèmes populaires dont ils ne perdirent jamais la mémoire et qu'ils s'obstinaient à chanter; mais les Romains n'entendaient pas la langue de ces tudesques, et ils se plaisaient à certains poèmes artificiels et de convention. C'est assez dire que la fusion n'était point parfaite entre ces deux races. Une première fois Clovis, une seconde fois Clotaire, et, plus tard, Dagobert, réunirent tout l'empire frank dans l'unité de leur gouvernement; mais, si l'on excepte ces monarchies extraordinaires, il faut avouer qu'il n'y eut pas alors une nationalité unique et profonde, et l'on n'a qu'à étudier le sens des mots Neiistria, Austrla, Burf/undia et Francia, pour se persuader que c'étaient là des tronçons coupés qui essayaient parfois de se rejoindre, et n'y parvenaient pas.
L'unité religieuse elle-même, menacée par l'arianisme, ne fut pas faite en un jour, et il faut peut-être arriver à Charles-Martel pour trouver la race chrétienne véritablement unie pour faire face aux envahisseurs musulmans. Clovis et Daçfobert avaient sans doute plus d'un trait épique; mais Charles-Martel eût seul mérité d'être le héros d'une épopée nationale, si Charlemagne ne l'eût fait oublier, Charlemagne avec lequel nos vieux poètes l'ont plus d'une fois confondu. Malgré tout, tant que dura le principe de la personnalité
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des lois, tant qu'iin Ripuaire dût ùtre uniquement jugé par la loi ripuaire, et un Salien par la loi salique, on peut dire qu'il n'y eut pas chez nous de patrie véritable, ni de véritable épopée. Les faits militaires et les héros n'ont pas alors une importance assez vaste. Les défaites ne compromettent, le plus souvent, que l'existence de tel ou tel petit royaume, et les héros ne se meuvent guères que sur un petit théâtre.
Certes, il y eut alors de beaux faits d'armes, de nobles 30 et 4" delaites, des morts magmtiques. Mais, a raison de leur ni héros
,,. . , ... , . vraiment cpiiiiies,.
peu d importance nationale ou religieuse, ces exploits inspirèrent uniquement de petits poëmes populaires, brefs et rapides, auxquels nous donnerons le nom de cantilènes et dont nous aurons lieu de reparler longuement. L'P^popée exige plus de souffle.
Donc, l'Épopée n'existait pas. Mais les germes en étaient déposés dans le sol; mais ces germes étaient déjà travaillés par la vie; mais ils allaient bientôt percer la terre pour nous donner cette belle fleur et ce beau fruit.
A cette production de l'épopée française, trois groupes, cependant trois erands orroupes de travailleurs ont pris part, mais ie...ps derÉpopce
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bien mentalement : les Gaho-Romains, les Germains, ^ •""»s""'
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1 ILgU.St. Germains,
Les Gallo-Romains ont fourni à l'association quelques •^*= ''^^lise. traits de leur caractère, et surtout cette langue latine vulgaire, cette lingua romcma qui, sous de certaines influences, était alors en voie de devenir la langue romane.
L'apport de l'Église, ce fut son dogme et ce fut sa morale, qui ne furent pas toujours adoptés sans résistance.
C'est l'influence des Germains qui fut à la fois la plus profonde et la plus vive. Ils communiquèrent aux futurs auteurs de nos épopées leur amour pour la poésie
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populaire, leurs mœurs primitives, leurs idées militaires, leur vigueur, leur jeunesse, leur esprit.
Tel fut en réalité le rôle de ces trois créateurs de noire épopée nationale. Nous allons essayer de le mettre en lumière.