LES CELTES; LES ROMAINS: L'ÉGLISE
païens malgré les heureux envahissements de la vrrité ; > p^rt livr. i ces contes à travers lesquels circulent tant de fées, d'enchanteurs, de nains et de géants, et où les merveilles abondent plutôt que les miracles; ces contes dont le théâtre est presque toujours la Petite ou la Grande-Bretagne, dont les héros sont bretons, où le nom de la France est rarement prononcé, où la grande et historique figure de Charlemagne est remplacée par la singulière et fabuleuse figure d'Artus, où éclate l'amour d'une patrie qui n'est pas notre patrie, où il n'y a pas de Roncevaux, pas de Roland, pas de croisades ; ces contes, charmants d'aUleurs et pétillants d'aventures, après avoir été très-probablement composés et chantés en langue bretonne, après avoir revêtu parfois l'utile vêtement de la langue latine, deviennent tout à coup populaires dans notre langue et ont la bonne fortune d'être traduits par un des poètes les plus féconds, les plus spirituels, les plus aimables du xii" siècle. Chrétien de Troyes les met à la mode, et tellement à la mode, qu'on peut assister à cet étonnant phénomène : les vieilles épopées françaises sont délaissées pour ces nouvelles poésies qui n'ont rien de national. Les Romans de la Table ronde font presque oublier les Chansons de geste. Ouoi qu'il en soit, nous possédons encore aujourd'hui les uns et les autres, et il nous est facile de comparc'ies documents « celtiques ))aux monuments français. Il suffira d'un regard pour constater qu'il n'y a pas entre eux la moinde ressemblance ni le moindre lien. Les romans de la Table ronde n'ont rien de français ; nos chansons n'ont rien de celtique. Elles n'ont ni les traditions celtiques, ni les mythes celtiques, ni les héros celtiques, ni les noms celtiques, ni les idées celtiques. Tout au plus quelfjues traits du vieux caractère gaulois peuvent-ils être çà et là relevés dans nos vieux poèmes, et il faudra les petits romans du xii" siècle et les ignobles
I pAur. Livii. I.
CUAP. V.
L'Épo|ioo fraïKNiisc lie (luil aux Honiains que sa laiijj'iie el quelques souvenirshistoriques.
fabliaux du xiir pour remettre en honneur certaines, finesses et gouailleries dont on prétend que nous sommes redevables à la race gauloise et dont, pour notre part, nous nous serions bien volontiers passés. Concluez.
Les Romains ont donné à notre future épopée quelque chose de plus : leur langue, avons-nous dit; leur langue qui est devenue la nôtre. A bien considérer les choses, ils n'ont exercé directement aucune autre action sur notre poésie nationale. C'est qu'en vérité, les derniers temps de l'empire étaient absolument incapables de produire une véritable épopée. Ils en étaient incapables tout d'abord, à cause de la perfection de leur sens historique, mais principalement à cause de leur avilissement moral. « L'Épopée, comme nous l'avons établi, ne peut naître que chez des peuples qui confondent sans cesse l'histoire avec la légende, le myihe avec la réalité; chez des peuples qui n'ont pas encore la notion précise de l'histoire et qui peuvent se contenter de la tradition orale. » Rien de pareil chez les Romains de la décadence. Ils avaient très-nettement la notion du réel , et se riaient de la légende. Ils possédaient de vrais historiens et ne croyaient pas leurs poètes qui ne se croyaient pas eux-mêmes. Je n'ignore point qu'ils avaient des épopées; mais c'étaient des imitations artificielles de y Eue Ule,\m\\iQ\\c était aussi un poëme artificiel. La présence merne de ces taux poëmes est bien faite pour nous prouver qu'il ne pouvait se produire alors de véritable et naturelle épopée. Il est rigoureusement impossible qu'un peuple possède dans le même temps une Iliade et une Enéide, une Henriade et une Chanson de Roland. Mais surtout la véritable poésie épique ne peut naître et se développer qu'au sein d'une nation jeune, et non corrompue. Représentez-vous les orgies de la décadence : comment voulez-vous que, sur les lèvres blêmes de ces convives tremblants de débauche, viennent jamais les vers guer-
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