‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 22 sur 180 · I. C'est grâce aux habitudes · texte numérisé non relu

I. C'est grâce aux habitudes

chanteuses

des Germains

et grâce

il la persistance

do leurs chants

iialioiiaux

et militaires

que l'Epopée a pu

naître

et se développer

parmi nous, Textes de Tacite et d'Eifinhart.

' Voici la citation complète : « Célébrant carminibiis antiqiiis (qiiod iinum apiid illos memoriœ et annalium genus est) Tuisconein (i(Mini, terra editiim, et filium Mannuni, origineni gentis contlitorrsque. » (De viorihus Gennaniœ, cap. ii.)

i2 ÉLÉMENTS DE LÉPOPÉE FRANÇAISE.

'"aI\p'.'vL ' APUD GENTES'. Tous ces iiiots oiit iiiic grande force -. Plusieurs siècles après Tacite, Eginhart constate trèsclairement la permanence des mêmes habitudes poétiques au sein des populations germaines de son temps. Il dit de Charlemagne que ce grand homme, honneur de la race germanique, recueillit avec soin et écrivit les vieux chants où étaient célébrés les origines et les héros de sa race : Barbara et antiquissima carmina quibus

YETERUM AGTUS ET BELLA CANEBANTUR SCRIPSIT MEMO- RLEQUE MANDAVIT \

Ainsi voilà un texte du i"' siècle et un texte du IX' siècle de notre ère qui établissent, en termes presque identiques, la même vérité. Nous pourrions les relier entre eux et leur donner plus de force par la citation de plusieurs autres annalistes * : mais nous préférons nous en tenir à ces deux grands historiens et faire tourner notre discussion sur ces deux pôles.

Or, que résulte-t-il de ces seuls textes de Tacite et d'Eginhart?

C'est que les Germains étaient une race poétique, un peuple chanteur : Camtlr barbaras apud gentes... Célébrant gar>[imbus antiquis... Bella canebantur.

C'est qu'ils concentraient sur leurs origines, sur leurs héros, sur leurs dieux, tout l'effort d'une poésie qui était

' Annules, II, 88 (édition Emile Jaoob, I, I8ôl. Il est question d'Arminius. - Jornandès {De Gothis, cap. iv), dit des Gotlis qu'il nmis représente arrivant un jour victorieux à rexlréniité de la Scythie : « Qi emaumodum et in priscis eokum

CARMIMBIS PE.\E HISTORICO lilTU IX COMMUNE RECOLITLR. )) (VOV. l'édition de Cassio-

dore de D. Garet, ICT'J, I. p. 88.)

' Vita Karoli, cap. xxix.

* Un texte fort important, et presque aussi ancien que celui d'Eginhart, est celui d'Altfrid qui a éciit, dans la première moitié du ix* siècle, la vie de saint Liudger, premier évèque de Munster. Un jour on présenta au saint évoque un aveugle qu'il guérit miraculeusement. Et cet aveugle, dit le biographe de Liudgcr, était aimé de tous, parce qu'il chantait les grands faits des anciens et les guerres des rois : « Oblatus est cœcus, vocabulo Bernlef, qui a vicinis suis valde diligebatur eo quod esset affabilis ct.\NTiûiùRCM cert.vmina bene nover.\t psal- LENDO PROMERE. )) (Pertz, Sciiptores, II, 11:2. — Acta snnctonim Bollandiana, "26 mars.) Ce sont presque les mêmes mots que ceux dont se sert Égiuhart.

L'ELEMENT GERMAIN. -J3

•avant tout une poésie nationale : Célébrant originem ' ''Vh^^p'^"-

GENTIS CONDITORESQUE. . . VeTERUM ACTUS ET BELLA CANE- "

BANTUR.

C'est que ces chants de la race germaine remontent à une époque fort reculée : Carmimbus antiquis, dit Tacite. Antiquissima carmina, dit Eginhart.

C'est que, durant plusieurs siècles, ces poèmes nationaux et religieux se sont transmis oralement, de génération en génération, et que Charlemagne enfin fut peut-être le premier à les écrire : Scripsit memorleque

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