MANDA VIT
Ces conclusions, ces irrécusables conclusions suffisent pour attester les habitudes poétiques de la race barbare.
Lorsque les Germains pénétrèrent dans la Gaule, ils y firent pénétrer ces habitudes avec eux. Et ils les firent triompher parmi ces populations gallo-romaines, qui, dans les campagnes, répétaient encore quelques chants populaires, quelques chants de leur propre race.
Mais il nous reste à faire voir ci3mment les Germains ont pénétré notre épopée de leur esprit...
Tout semble Germain, tout semble barbare dans l'es- n. L-Epopoe prit de ces poëmes primitifs : tout, sauf l'élément chré- doitauxSains tien. Et encore n'est-ce pas sans quelque difficulté que le dont cnô est
christianisme se fait jour et triomphe : on sent l'effort de la victoire. La jeunesse ardente, sauvage, effrénée de la race germaine se heurte terriblement contre la sérénité de l'Église. Le barbare finit toujours par se jeter aux pieds du prêtre; mais c'est à la façon de Clovis, et les bouillonnements de son sang dominent trop souvent les énergies de sa volonté. Nos épopées françaises, c'est, à
animée.
*chap!' v" ' proprement parler, l'histoire de cette grande lutte entre l'Eglise qui veut convertir et les Germains qui ne se laissent convertir qu'à moitié.
' Nous pourrions prendre l'une après l'autre les principales idées contenues dans nos Chansons de geste, les analyser subtilement, et montrer qu'elles ne renferment guères, comme éléments de composition, que l'or du christianisme et le fer de la barbarie germaine. Mais cette longue et minutieuse démonstration, nous la réservons pour la troisième et dernière partie de notre œuvre, à laquelle nous sommes forcé de renvoyer notre lecteur. Contentons-nous ici d'étudier sommairement quelques idées, en nous arrêtant aux plus importantes, à celles qui semblent résumer tout l'esprit de nos épopées : l'idée de la guerre, l'idée du gouvernement et du droit, le type de la femme, la notion de Dieu. Et démontrons que ces idées sont de physionomie germanique.
1" L'idée II est d'autant plus facile de bien étudier la guerre
de la guerre p •
est toute dans nos épopées françaises, qu elles ne sont après tout
germanique ' * ^ ' i i
dans nos poéiucs. qyg ^cs cliausons guerrières. Tous les^ héros y portent le haubert et le heaume, et no quittent guères leur cheval depuis le premier jusqu'au dernier vers de chaque roman. Le récit d'une bataille suffit parfois à remplir tout un poème. Eh bien ! tous les vainqueurs de ces grands combats ontl'allureîïermaine. Leurs noms sont germains, tout d'abord : ce sont des Roland, des Charles, des Guillaume, des Louis, des Gautier, desRegnault, des Raoul ; un nom d'origine gallo-romaine semblerait déplacé au milieu de cette riche nomenclature. Il ne m'échappe point, d'ailleurs, que ce seul argument est bien loin d'être décisif. Mais ce qu'il y a de plus germain que les noms de nos héros, ce sont leurs mœurs, et en particulier leurs mœurs militaires. Ils font la guerre avec une rudesse farouche et unemportementsanspitié; ils n'ontpas d'entrailles. Lisez,