I.'KLK.MENT GEUMAIN
par exemple, les diverses chansons qui composent la geste des Lorrains, et vous penserez assister à ces guerres sauvages et primitives qui déchiraient les tribus germaines. La paix est pénible aux héros de nos poëmes comme elle était pénible aux Germains du temps de Tacite : lufjrata genti qiiies. L'idéal des uns et des autres, c'est une guerre immortelle. Lorsqu'ils no sont pas en face de l'ennemi, ils tombent en d'inexprimables ennuis; ils ne savent plus que dormir et manger : Dedili somno vinorjuc... mira diversitate naturœ citm iidem Jiomines sic amenl inertiam et oderint quiet ern '. Nos Chansons de geste enfin paraissent le meilleur. commentaire de ces paroles de Sénèque qu'on n'a peut-être pas assez remarquées ni assez mises en lumière : Germanis quid est animosius? Qiùd ad //?ciirsum acrius? Quid armorum cupidius, quibus innascuntur innutriunturque, quorum uuica illis cura est in alla neglii/enfi/jus'-. Certes, la valeur savante, la stratégie des Romains ou des Gaulois devenus Romains n'avait rien qui ressemblât au courage indiscipliné, à la vaillance toute barbare, à la Irénésie guerrière des héros de nos romans \ Les anciens Gaulois, je le veux bien, avaient eu la même nature d'intrépidité; mais ce temps était
' Voici la citation coinplcle de Tacite, que nous rapprochons de deux textes non moins précieux de Jules César : ". Ingrata genti qitiex et facilius inter ancipitia clarescunt. . . Materia niunificentife per bella et raplus. Nec arare terram aut exspectare annuni tam facile persuaseris quam vocare hostes et vaincra mereri ; pigrum quinimo et iners videtur, sudore acquirere quod possis sanguine parare. Quotiens bella non ineunt, inultum venatibus, plus per otium transigunt, dediti somno ciboque... mira diversitate natura^ cum iidem liomines sic amcnt inertiam et oderint quietem. » (De moribus (jermaniœ, ^^ xiv, xv; édition Lemaire, t. iV des Œuvres de Tacite, pp. 30, 31.) — « Civitatibus maxima laus est quam latissimas circum se vastatis finibus solitudines habere. Hoc proprium virtutis existimant, expulses agris finitimos cedere neque qucmquam prope se audere consistere. « (J. César, Comment., lib. M.) — « Publiée maximam pulant esse laudem quam latissime a suis finibus vacare agros. » (Lib. IV.)
- De ira, lib. 1, cap. xi.
' Consulter, sur la nature essenliellement militaire des anciens Germains, l'ouvrage trop oublié de Ph. CUiver, Germania antiqua iLeydc, Louis Elzevier, 1619), et particulièrement le chapitre xliii du livre 1, intitulé : De militia.
CHAP. VI