‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 26 sur 180 · I.'i rt-iniiii' is moii niiaiiii · texte numérisé non relu

I.'i rt-iniiii' is moii niiaiiii

CHAP. Vi.

G" La notion

de Dieu

elle-niùinc

a subi l'influence

barbare.

empressements, elles profitent de la nuit et vont s'installer dans le lit de celui qu'elles désirent : cet épisode se trouve en vingt ou trente de nos romans. Les femmes mariées font à peu près de même, bien qu'il y ait, parmi elles, de brillantes et admirables exceptions. Mais, je le demande : d'où vient cette grossière et presque naïve sensualité? Est-ce là cette impudicité raffinée, secrète, éléijante, délicatement ignoble des Romains? Est-ce là la débauche des Gallo-Romains, de cîs anciens Celtes que Rome avait façonnés comme elle l'avait voulu? Estce là surtout le caractère de la femme chrétienne, qui peut tomber quelquefois, mais qui lutte si magnifiquement et si longtemps avant de tomber? Non, non; c'est la nature, toute jeune encore, tout indomptée et frémissante, de la femme barbare. Tout cela est germanique, uniquement et absolument germanique.

L'idée de Dieu, dans nos vieux poèmes, est plus profondément chrétienne. Dieu y est sans cesse représenté comme ii», comme spirituel, comme créateur de l'univers visible ; ces trois conceptions suffisent pour élever nos poètes infiniment au-dessus de tous ceux de l'antiquité qui ont toujours cru à la pluralité et à la matérialité de leurs dieux, qui ont toujours cru à la coéternité de la nature. Et les auteurs de nos chansons de «este ont encore d'admirables pa^es sur la Trinité, sur l'Incarnation, sur la Rédemption et le Ciel. Mais cette théologie a d'étranges lacunes et de plus étranges faiblesses. Ce qui prouve bien que les clercs ne sont pas les auteurs de nos poèmes nationaux, c'est cette infériorité dans les conceptions religieuses. La théologie des chansons de geste est de plusieurs siècles en retard sur celle des écrivains ecclésiastiques. Ouvrez un poème du xif siècle, ouvrez un recueil de prières liturgiques ou extraliturgiques à la même

L'ÉLÉMENT GERMAIN

époque : il vous sera facile de constater cette différence que nous signalions tout à l'heure. Les héros de nos romans font souvent des prières que nous pouvons aisément comparer à la plus banale de nos prières latines. Autant les prières latines sont métaphysiques, substantielles et dégagées de toute superstition, autant celles de nos chansons sont naïves, et quelquefois vulgaires. Ce sont bien là les supplications d'un peuple enfant qui retient plutôt les faits que les dogmes. Habitués à toutes les subtilités intellectuelles, rompus à la philosophie, ce n'est pas de la sorte qu'auraient parlé à Dieu les Romains ou les Celtes romanisés. Des Germains seuls pouvaient prier ainsi.

Et cette étude que nous venons de faire sur quelques idées exprimées dans nos romans, nous pourrions la faire, nous la ferons sur toutes. Elles sont, pour la plupart, de physionomie germanique, et l'on peut affirmer que, sans recourir à tant de textes historiques pour établir la germanicité de nos poëmes., il suffirait de les lire.

r.HAP.

ivR. r.

Un dernier mot. Il est certain que la race Franke, Les Germains, autant et plus que toutes les autres nations germaines, oa'jarucuîier, avait un esprit et des tendances énergiquement poé- h noUonZ Be„.

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tiques. Ce lait jette quelque lumière sur 1 histoire de nos cantilènes et sur celle de nos épopées. Nous pensons enfin que, dans une Histoire de l'Épopée française, il faut tenir compte d'un monument tel que le célèbre Prologue de la loi salique. Non que ce prologue ait rien d'épique, non qu'il ait eu directement la moindre influence sur nos chants populaires; mais parce qu'il montre quelles étaient la jeunesse, la fierté, l'énergie et la poésie enfin de ce peuple d'où la France a tiré son nom .

sentiment

de la poésie.

Le Prologue

de la Loi salique

le fait bien voir.

Conclusion.

THAP. VI.

34 ÉLÉMENTS DE L'Él'OPÉE FRANÇAISE.

Yoici ce prologue, qui est le quatrième de ceux qu'a publiés M. Merkel. Nous traduisons ici le texte latin que, plusieurs fois déjà, l'on a fait passer dans no^re langue :

d L'illustre nation des Francs a Dieu pour fondateur. » Elle est puissante dans la guerre, lidèle dans la paix, » profonde dans le conseil. Elle est belle de corps et » remarquable par sa blancheur. Elle est audacieuse, » rapide, terrible, récemment convertie à la foi catho- » lique et pure de toute hérésie...

y> Vive le Christ qui aime les Francs ' ! Puisse ce Sei- )) gneur des seigneurs, puisse Jésus-Christ protéger .) leur royaume, remplir de sa grâce ceux qui le gou- » vernent, conduire leur armée, les mettre à l'abri der- » rière le rempart de la foi et leur accorder miséricor- )) dieusement et la paix, et la joie, et le bonheur ! Car » c'est cette nation qui, forte et courageuse comme elle )) était, a rejeté vigoureusement de sa tète le joug odieux » des Romains, et qui, après avoir reçu le saint baptême, » a recueilli les corps des martyrs que les Romains » avaient consumés par la flamme et tranchés par le » fer. Et elle les a enchâssés dans l'or et dans les » pierres précieuses. »

Le cœur bat, en vérité, quand on lit cette admirable page. Certes i\ n'y a rien, dans la forme de ce prologue, qui fasse penser à nos cantilènes et à nos futures chansons de geste; mais nous ne craignons pas d'affirmer que notre épopée est contenue en germe dans ces quelques lignes. La nation qui faisait précéder sa loi de telles paroles devait nécessairement produire un jour la Clians'on de Roland.

'. On a voulu voir dans le Vivat Christus une pièce liturgique, une acclamation. Nous ne saurions partager ce sentiment, et la comparaison de ce document avec les véritables acchimatlons nous persuade, au contraire, que le Vivat (Jhristufi est tout à fait original et appartient en propre à l'auteur du Prologue.

L'ÉLÉMENT GERMAIN

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