PAR DES CANTILÈNES TIDESULES ET ROMANES
au rhythme simple et à la musique facile dont ils sont toujours accom])agnés.
Toutes les fois, donc, que dans un texte authentique des vii% Yiii% IX' et x" siècles, vous entendrez parler de chants populaires qui sont répétés par tout un peuple, vous enpourrez conclure sans hésitation qu'il s'agit de cantilènes, et non d'épopées.
Or, tel est le cas du Chant de saint Faron et de ces innombrables cantilènes dont le grand Guillaume de Gellone était encore le héros au xf siècle.
Mais, lorsque, au contraire, Orderic Yital' nous parlera de certains chants sur le même saint Guillaume qui étaient de son temps exécutés par des jocula tores, nous nous écrierons : « Ce sont des chansons de geste. » Et il est certain que nous aurons raison.
En résumé, les cantilènes ont précédé les chansons de geste. Disons mieux : elles ont abouti aux chansons de sieste.
I l'Aur. Livii. I.
i;iiAP. viK.
Nous avons renoncé à l'opinion excessive que nous avions jadis défendue et qui pouvait se résumer en ces quelques mots : « Les premières chansons de geste n'ont été que des bouquets ou des chapelets de cantilènes. »
Mais nous croyons encore, et nous croyons très-vivement, que les premiers auteurs de nos chansons de geste se sont inspirés de nos anciennes cantilènes, de ces premiers chants populaires de notre race. Ils se sont inspirés des faits qu'elles racontaient, des héros qu'elles célébraient, et surtout de l'esprit qui les animait. Sans doute, et par exception, ils ont pu faiVe entrer, çà et là, le texte même d'une ancienne cantilène dans une composition
' Orderic Vital écrivait au corniiieiiceiiiniit du xii" siècle.
IPART. LIVR. I.
CHAP. VIII
U L'ÉPOPÉE FRANÇAISE A ÉTÉ PRÉCÉDÉE PAR DES r.ANTILÈNES.
épique dont tout le mérite leur doit être légitimement attribué. Mais, presque toujours, ils se sont contentés de profiter des cantilènes, et ne les ont point textuellement accaparées. Môme il est permis d'admettre que nos premiers épiques ont pu se passer de ces complaintes et de ces rondes primitives. Nous croyons, en d'autres termes, qu'ils ont quelquefois emprunté directement à la tradition orale la matière et les héros de leur épopée. Néanmoins nous nous imaginons que tout fait réellement épique avait presque toujours donné lieu à une ou à plusieurs cantilènes ; et il semble que ce recours à la tradition orale n'a pas dû être le fait le plus constant.
En certains pays, les cantilènes ont abouti à l'épopée. C'est ce qui s'est produit dans la Grèce antique comme au moyen âge. Mais, ailleurs, la forme lyrique est la seule qu'ait connue la poésie héroïque, la poésie à l'usage du peuple. Et l'on a souvent cité l'exemple des romances espagnoles et des chants serbes, qui ne sont pas arrivés à constituer ce qu'on appelle une épopée *.
C'est encore là une supériorité de la France.
' Paul McNor, BlbUoUiequo li' F Ecole des Charles, 1867, p. 31), Cf. G. Paris : « L'Épopée est propre aux peuples aryens ; mais nous ne la trouvons pas chez tous. Telle est l'Italie. Les cliants héroïques n'ont pas donné d'épopées en Ecosse ni en Serbie. L'Es|>ngn(' (en laissant ici de côté le iioëme du Cid) a plusieurs classes de chants nationaux fort remarquables qui n'ont point dépassé cette l'orme. En Scandinavie, en Lithuaiiie, en Russie, les chants nationaux se sont arrêtés à une forme qu'on peut appeler intermédiaire entre la poésie contemporaine et FÉpopée. Les véritables épopées sont celles de l'Inde, de la Perse, de la drèce, de l'Allemagne, de la Bretagne et de la France « (Histoire poétique de Charlemagne, p. 9) — « La romance espagnole, dit M- Bartsch, indique un développement poétique qui n'est pas arrivé jusqu'à FÉpopée. » {Revue critique, 1866, n" 52.)
LES CAN'TILÈNES A LÉPOQUE MÉr.OVlNT.IENNE.
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