‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 33 sur 180 · HAI · texte numérisé non relu

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5î> LES CANTILÈNES A L'EPOQUE MEROVINGIENNE.

l'un d'eux avec. une plus vive et plus courageuse insistance, cet épisode se retrouve en plus de vingt chansons de geste et au commencement de ces chansons. Citons notamment Aspremont, où l'on voit Charlemagnc jouer le rôle de Glotaire et Naime celui de saint Faron. C'est d'ailleurs un simple rapprochement que nous voulons faire, et nous ne prétendons pas que ces passages de nos épopées dérivent directement de la cantilène citée par Helgaire. Mais les allures, tout au moins, sont les mêmes.

6° Notons encore (et nous allons ici le redire à dessein) , notons que nous avons affaire à un véritable chant populaire et qui devait être nécessairement facile ii retenir. Il ne s'agit pas d'un de ces longs poëmes narratifs qui sont chantés parles gens du métier, comme le furent ceux d'Homère, comme le seront nos chansons de geste. Non, non; Helgaire nous apprend que ces vers sur saint Faron étaient chantés par les mille voix de tout un peuple, pcr omnium penc volitahat ora, et que les femmes répétaient cette chanson en frappant des mains et en dansant. C'était une ronde.

Eh bien ! tel est précisément le caractère des cantilènes : c'est ce qui les distingue principalement, c'est ce qui les distinguera toujours de nos futures chansons de geste. La Cantilène, comme nous l'avons dit, est un chant bref et profondément populaire qui court sur les lèvres de tout un peuple. La Chanson de geste est un poëme d'un certain développement, que les seuls jongleurs savent par cœur et que, seuls, ils peuvent chanter.

Il y a longtemps que nous n'avons plus de chansons de geste ; mais nous avons encore et nous aurons toujours des cantilènes ou, pour parler plus clairement, des chants populaires.

On a nié que nos épopées aient été précédées de

cantilènes : le chant sur saint Faron est décisif. Il n'v ' '''^"- '''^"- ■•

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avait pas de chansons de geste au \if siècle : il n'y avait ~

que des chants lyrico-épiques. Les héros de l'époque mérovingienne en ont inspiré jdIus d'un ; Gharlemagne en inspirera bien davantage encore.

Quand viendront les premiers auteurs de nos poëmes chevaleresques, ils s'inspireront de ces chants populaires. Ils ne les copieront pas ; mais ils en prendront les héros, la matière et l'esprit.

Si l'on nous objecte que nos premiers épiques ont pu se contenter d'emprunter à la tradition orale les sujets et les héros de leurs poëmes, nous en conviendrons volontiers, à la condition d'ajouter qu'ils ont également pu les emprunter aux anciennes cantilènes, à ces chants rapides que tout un peuple chantait autour d'eux.

Telle est notre conclusion, que nous avions déjà formulée plus haut et sur laquelle nous aurons lieu de revenir plus loin, mais qu'il était rigoureusement nécessaire de remettre ici en bonne lumière.

Ce n'est donc pas au w" siècle que s'est opérée la séparation définitive entre la poésie tudesque et la poésie française. Une étude plus attentive de la cantilène de saint Faron nous permet d'affirmer (|ue cette séparation date au moins du vn" siècle.

En d'autres termes, nous avons alors gardé les habitudes chanteuses, les idées et les mœurs des Germains; mais nous avons dès lors abandonné la langue tudesque, les héros germaniques et la matière épique des races barbares, pour consacrer désormais nos chants à notre propre gloire'.

' M. Édelestaiid Duméril a publa- tout un volume de Poésies populaires latines antérieures au xii= siècle; mais la Cantilène de saint Faron nous parait, à peu de chose près, la seule poésie populaire de tout ce recueil. Les autres pièces sont, pour la plupart, de médiocres compositions de rhétorique : il est facile de le reconnaître à lu facture des vers, aux allusions mythologiques, à Tem-

I PARI. LIVU.

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'"il CH.\RLEMAGNE PERSONNAGE ÉPIQUE.

Néanmoins, il nous manquait encore un héros qui fût vraiment de nature épique. Voici Cliarlemai^ne.

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