NAISSANCE DE CETTE ÉPOPÉE
primitive.
Les IX' Il semble qu'à la fin du ix^ siècle ou au commencement
pouvcat être con- du x% la FYance réunissait enfin toutes les conditions
sidérés connue , . . i i » • i i r- '
époque nécessaires a la production de la véritable Epopée.
On ne saurait tout d'abord contester le caractère vraiment primitif de cette époque. Il est vrai qu'il y a plusieurs sortes d'époques primitives et que le x" siècle ne ressemble point aux temps homériques. Mais enfin, si l'on en excepte la société cléricale, qui était lettrée et
du Chronicon Centulensis abbatiœ seu Sancti Richarii, est mort en 1143. D'Achery a publié intégralement cette précieuse Chronique qui s'étend de 625 à 1088 (Spicilegium, IV, 419-616^. Le passage qui nous intéresse se rapporte au fameux roi Gormond qui est un des héros de laCantilène de Saucourt, et c'est de cette défaite des Normands qu'llariulphe veut parler quand il dit :« Quomodo sit fadum, nonsolum liistoriis, sed eti.\m patriensilm memori.v recolitlr et can- TATL'R » (cap. XX, p. 518 de l'édition de d'Achery). = Il ne reste plus qu'à citer Albéric de Trois-Fontaines. Cet historien du Xiii^ siècle fiiit plusieurs fois allusion aux cantilenœ, aux cantilenœ heroicœ, aux fabulœ des cantores gallici, etc., etc. (voy. Fédition de Leibnitz, ou celle du Scriplores de Pertz, aux années 770, 772, 779 et 866). Albéric s'est défié de la vérité historique de ces chants qu'il cite si volontiers, mais il ne les croit pas cependant inutiles à l'histoire. Ses Jieroicœ cantilenœ sont des chansons de geste. Quant aux cantilenœ d'Ekkehard et à celles d'Hariulphe, nous y verrions plutôt des cantilènes.
savante, ces hommes de l'an 900 ou de l'an 1000 étaient réellement d'un esprit simple et tout à foit aptes à préférer la légende à l'histoire. Il est même permis de dire qu'il y a eu, après Gharlemagne, une recrudescence de simplicité, très-favorable au travail de la légende épique. Cette société offrait une physionomie toute militaire et héroïque. Toujours en lutte, toujours en fièvre, toujours en armes, et debout. Véritablement on n'avait guère le temps de songer au repos, et tous les hommes de guerre (il n'y avait que des hommes de guerre) ressemblaient alors à notre Guillaume d'Orange, lequel, dans le beau poëme d'Aliscans, revient, tout couvert de son sang et plus qu'à moitié mort, de cette effroyable bataille contre les Sarrasins qui a duré plusieurs jours. Sa femme lui crie sur-le-champ : « Cours à Paris , va chercher des )) vengeurs, pars! » Il ne prend pas le temps de se désarmer, et se remet en route tout sanglant'... Tels étaient les chevaliers du x'' siècle. Là, tout près d'eux, dans tous les châteaux voisins, ils avaient des ennemis contre lesquels ils ne cessaient de combattre, soit par la violence, soit par la ruse. Puis, c'étaient les Normands au nord et les Sarrasins au midi. Ces derniers étaient en voie de devenir les grands ennemis du nom chrétien, et la chrétienté de ce temps-là semblait avoir l'oreille clouée au sol pour entendre ce bruit sourd des envahisseurs musulmans qui s'approchaient. On parlait, à voix basse, de toutes les infamies dont ils se rendaient coupables et du tombeau de Jésus-Christ qui était au pouvoir de ces maudits. On s'imaginait de plus en plus que le grand empereur Charles n'avait eu durant toute sa vie qu'à lutter contre ces mécréants. On grinçait des dents contre ces conquérants de l'Espagne qui avaient aussi envahi la
1 PART. LIVU. I.
CHAP. xir.
" Il y a alors,
en Fronce,
un milieu
national
et religieux.
' Aliscaivs, vers 1365-2046.— Vov Fanalyse decette Chanson à la fin de notre tome III.
France et n'avaient pas été bien loin de la conquérir. Et c'étaient surtout ces invasions, parfois victorieuses, qui fournissaient à l'Epopée une matière digne d'elle. Nous ne nous rendrons jamais un compte bien exact du retentissement merveilleux qu'avaient encore, dans la France du ix' siècle, la victoire de Charles-Martel à Poitiers, en 732, la défaite de Roland à Roncevaux, en 778, et celle du comte Guillaume à Villedaigne, en 793. C'est à peine si les historiens consacrent deux lignes à cette dernière bataille qui mit réellement en péril toutes les destinées de la chrétienté et de la France. Les Sarrasins étaient là cent mille, et furent vainqueurs. Sans l'admirable résistance de Guillaume, et s'il s'était fait battre d'une autre façon, c'en était fait : les Musulmans arrivaient aisément jusqu'à la Loire. On peut dire qu'à cette époque et tant que durèrent ces prodigieux événements, tout le peuple cln-étien fut haletant d'angoisse. C'est qu'en vérité il s'agissait pour lui d'être ou de ne pas être. Voilà, voilà un sujet d'Épopée.
Et quels héros ! A C(Mé de ce Chaiiemagne dont nous craignons de n'avoir point parlé dignement, nous trouvons des géants comme Guillaume, Roland et Ogier, qui vont facilement devenir le centre de nos grands cycles épiques. Roland, qui semble avoir tous les traits de l'Achille antique, est le type inimitable du courage jeune et emporté ; Guillaume, de la fidélité ; Ogier, de la rébellion. Tous finissent en saints après avoir vécu dans les larmes et s'être montrés dignes de la couronne du martyre ; tous ont la double auréole de la douleur et de la sainteté; tous sont épiques. D'ailleurs, la France qui les célèbre, la France vient enfin de trouver ses véritables limites et de se constituer à l'état de nation'.
' (I Le nom de France, dans le Roland (qui est du xi" siècle), est donné cent SOIXAME-Dix FOIS à tout l'cmpirc de Charlcmagne, lequi-l, en dehors de la France
I l'AHT. LIVR. I.
ciiAP. xrr.
Et, enfin,
Elle a une laiii^ue qu'elle balbutiait depuis plusieurs siècles et qu'elle parle maintenant d'une voix assurée et forte. Il ne lui manquait que cette dernière condition imè' fa"ngûe
^ ,,-, ii'ii r • -, ^""t '3 formation
pour pouvoir enfin s élever au delà de la poésie des can- est
' ^ , . suffisamment
tilèncs, et pour mériter ce « quelque chose de mieux » achevée. qui s'appelle une épopée.
Puis donc que nous sommes en présence d'une époque primitive, de faits et de héros épiques; puisque notre P'rance a le sentiment de sa nationalité et qu'elle possède enfin une langue digne d'elle, nous pouvons dire que les temps de l'Épopée sont venus.
Cette première apparition de notre Épopée, à auelle ^^ ^^^^^^ époque précise convient-il de la placer? doc££Eigi-
riSl-Ce au X SieCie . que ,,0^^ donnons
Parmi les arguments qu'on a mis récemment en notreépopée lumière pour justifier cette date et soutenir cette thèse, il en est dont on ne saurait faire estime ; il en est d'autres qui sont médiocres ; il en est enfin qui, sans déterminer en nous la certitude, nous forcent à dire : « C'est probable. ))
Telles sont les trois groupes de preuves qu'il t^ous faut successivement passer en revue.
J'avoue, encore un coup, que je ne suis aucunement sensible à l'argument tiré de ces mots : vuUjaria car-
proprement dite, renferme, d'après notre chanson, la Bavière, l'Allemagne, la Normandie, la Bretagne, le Poitou, l'.Auvergne, la Flandre, la Frise, !a Lorraine et la Bourgogne. C'est ainsi qu'Aix-la-Chapelle est en France, et qu'on se trouve également en France au sortir des Pyrénées. Il est vrai qu'en plusieurs autres jiassages de notre poème, ce même mot « France » est employé dans un sens plus restreint et pour désigner le pays qui correspondait au domaine royal avant Philippe-Auguste (voy. la nomenclature des dix corps d'armée de Charlemagne, vers 301-i et s.). Mais il ne faut pas perdre de vue le sens général et qui est, à beaucoup près, le plus usité. En résumé, le pays tant aimé par le grand empereur, c'est notre France du nord avec ses frontières naturelles du côté de l'est, et ayant pour tributaire toute la France du midi. {Vidée politique dans les Chansons de geste, par L. G., p. 8i.)
7nina et cantilenie-\ que l'on trouve dans plusieurs textes du IX' siècle. Rien ne prouve qu'il s'agisse ici de chansons de geste, et, presque toujours, le contexte nous fait voir jusqu'à l'évidence qu'il est uniquement question de chants populaires, de cantilènes sans art, de rondes et de complaintes chantées par tout un peuple. Tel est le sens des fameux vers du poëte saxon- et d'Ermoldus Niger^; tel est le sens de ce mot non moins célèbre de l'Astronome limousin : « Je n'ai pas besoin, s'écrie-t-il, de vous dire les noms des héros tombés à Roncevaux. — Et pourquoi? — Parce qu'ils sont connus du vulgaire; cjuia vulgata sunl\ }> C'est une allusion aux cantilènes rolandiennes. C'est cela, et rien de plus"'.
\\ y a dans Aimoin un texte qui m'a fait réfléchir }j1us longtemps. C'est ce passage, plusieurs fois cité, où, parlant de ces Bourguignons du x*" siècle qui étaient de véritables Français, il nous apprend fjii'ils se faisaient
' Nous avons du citer plus haut les paroles de M. Paul Meyer disant : « Je suis porté à regarder comme de véritables chansons de gfste les vulgaria carmina elles can/j/^nœ dont parlent les auteurs du ix' siccle.u ( Bibliothèque de l'Ecole dex Chartes, 1867, p. il.) Ailleurs, il n'admet comme ayant été influents sur l'Épopée que les vulgaria carmina ayant un caractère narratif. Ilhid., p. 35.)
' « Est quoqiie jam notum : vllgaria carmisa magnis— Laudibus ejus avos et proavos célébrant. — Pippinos, Carolos, Hludovicos et Theodricos — Et Carlomannos Hlotariosque canunt. »
' « Haec CAXiT orbis ovans vn.GOOUE résultant; — Plus populo résonant quam canat arte melos. » fil, 191, 19:2.)
* « Quorum nomina, quia vulgata sunt, dicere supersedi. » (Vita Uludovici imperatoris; Pertz, Scriptorex, H, r)(j8.)= Dans un manuscrit d'Eginhart, conservé à la Bibliothèque nationale (lat. TjS.^i, xi" siècle), la Vita Karoli se termine parce commentaire :" Reliqua actuum ejus |Karoli|,seu eaquœin carminihus VCLGO CAMNTiR de co, nou hic pleniter descripta. » (G. Paris, Histoire poétique de Charlenmqne, p. 50.)
' M. d'Héricault cite, à l'appui de sa théorie des cantilènes préexistantes, un texte de Thegan en sa Vita Uludovici imperaloris (cap. xix : Historiens de France, VI, p. 78). Suivant M. d'Héricault, ces poèmes populaires « seraient entrés, pour une partie importante, dans l'éducation de Louis le Pieux «. Or, Thegan se contente de dire : <' Poetica carmina gentima r/urc l'n jHcen<«<e didicerat respuit, nec audire, nec docere volait. « Qui ne voit que les « poetica carmina gentilia » signifient uniquement les poi'tes de la gcnlilité, les poètes de l'antiquité païenne, pour lesquels Louis le Débonnaire eut toujours un dégoût prononcé? Ce sens ne nous semble pas douteux. Et il n'est ici question ni de cantilènes, ni de chansons de geste.
NMssANCK i>i-; i;i';i'Oi'KK rn.vNr.Aisi; w \" sif.c.i.K. 73
niccédcr ;iu coiubaL par un rhauleiir de iii-olossioii, nar ' ''^"^- '"" '•
i ' I ' 1 ' CIIAP. XII.
un véritable jongleur. Et ce joni^leur, dil-il, leur chantait les exploits de leurs ancêtres et les anciennes Liucrres'. C'est là sans doute une formule, j'allais |)res(ine dire un cliché « renouvelé de Tacile ctu'Kyiidiart)). Mais enfin, me voilà |)longé dans le doute, et la présence de ce jongleur que l'on eliari;v d'uiie lelle mission, me l'ail supposer que nous pourrions avoir alVaire à des poèmes d'un certain développement. Eh! s'il s'agissait de cantilènes, tous ces Français de la Bourgogne les eussent chantées en chonn-.
Néanmoins c'est vague.
Mais voici qui peul-(Mre send)lera plus précis.
Si j'ouvre aujourd'hui la j)lns ancienne version delà ces ai-imionu Chanson de Rohnid ipii soil parvenue jns(prà nous et '"'^^ «lo ''''-'a™ qui est de la fin du xi'' siècle, je suis h-appé de cei- ,„•''"'■'
^ '.111 (jlinnson
tains noms de héros (pii ont une physionomie parlienliè- '',''t mm'i'oÛ'i'' renient hisloritpie. Je ne veux cerles point }>ariei'de ('.liar- ''ï/[i'fyon>tc'^^ lemagne ni de Roland, mais de ce duc de Normandie, Richard, et de cecomie d'Anjou, (i(H)llVoi, (pii joneni un rôle si considérable dans la vieille chanson. Ces noms, je les connais. l\ s'agit visiblemeni de Richard I''', dit Sans-Peur, qui mourut en l)i)(), el d(> (îeolTroi, di( Cris(>- Coimelle, qni monrni en U87. D'où vieiil (pi'ilsoiil Iroiivé place dans nue légende (jui, comme celle de Roland, a ses racines dans le viii" siècle? A qiud (iii-e y tignrentils? Qu'y viennent-ils faire?
La l'épouse est bien sinq)le : »( Ces personnages ont été sans doute introduits dans la légende de Roland à l'époque où vécurent Richard-sans-l'eur et (îeolTi'oiCrise- Gonellc, ou, pour mieux parlei-, (piehpie temps après leur mort. y>
' " Resfortiter £»estaset prionini belhi. » (Voy. G.Paris, Histoire poéliqur de Charlemagne, p. 48.)
CHAP. XII
Cette époque, c'est la fin du x'' siècle ou le commencement du xi".
Or, il n'est pas probable que Richard et Geoffroi aient été le sujet de chants populaires ou de cantilènes : c'est dans une véritable chanson de geste qu'ils ont été probablement introduits par quelque poëte à la fois crédule et adulateur. Et c'est ce qui nous permet de penser qu'il y a eu une première rédaction de la Chanson de Roland^ remontant au règne de Robert ou de Henri P'".
Une découverte récente donne encore plus de probabilité à cette date de notre Épopée.
M. Pertz avait publié, sans y attacher d'importance, deux pages d'un manuscrit du x'^ siècle ', qui, par bonheur, tombèrent sous les yeux d'un jeune savant français, lequel était alors fort occupé à écrire sur les chansons de geste. D'un premier regard, M. Gaston Paris y découvrit une sorte de traduction latine d'un de nos plus vieux poèmes.
' Le fragment dit « de la Haye » a été publié par Pertz (Scriptorea, III, 708-71U), qui l'attribue au x" siècle. Quelques vers religieux, qui se trouvent sur le même morceau de parcliemin, ne contredisent point cette date ; mais ils me feraient penser à la fin plutrit qu'au commencement de ce siècle. = Ce fragment est conservé à la Haye, dans la Bibliothèque du Roi, sous le n" 921. = L'éditeur allemand avait déjà fait remarquer que cette amplification en prose renferme, çà et là, des vers entiers (1. 1., p. "lOi, et M. G. Paris a pu effectivement en remettre quelques-uns sur leurs pieds : « Concurninl reges pariter, Martemque lacessunt. — Virihiis emissis,qiioniambene creditur illis, etc. » {Histoire poétique de Charlemtgne, p. 50.) = M. Pertz s'est bien apen;u qu'il s'agissait, dans ce récit poétique et ampoulé, d'une bataille contre les Sarrasins; mais il s'est étrangement trompé en le rapportant au siège de Pampelune en 778. = En réalité, nous avons affaire ici à des personnages du cycle de Guillaume, et c'est ce que prouvent les noms de ces héros : Ernaldus, Bertrandus Palatinus, Bernardus, Wibelimis. = M. Gaston Paris (l. 1., p. 8i-86) va plus loin. Il identifie VErnaldiis du fragment de la Haye avec cet Ernaut de Girone qui joue un rôle si considérable dans la geste de Guillaume, et conclut que la cité dont on raconte le siège dans le document latin n'est autre que Girone. C'est une hypothèse ingénieuse, mais non pas « un résultat trèssùr 11, comme l'assure M. Paul Meyer {Recherches sur l'Epopée française, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1867, p. -i6i, et dans plusieurs poèmes du même cycle on retrouve également les quatre personnages du fragment de la Haye. = Somme toute, ce fragment est l'œuvre d'un rhéteur de couvent qui a amplifié sans doute une de nos toutes premières chansons de geste.
C'est ce texte qui deniciininidésonuiiis célèbre sous le uoiii (le (( iVagmeiit de la Haye ». Il u'est plus permis de le uégliger, quaud on écrit Thistoire de l'Épopée française.
Ne vous attendez pas, d'ailleurs, à rien de merveilleux. Ce morceau de basse latinité est bien la chose la plus mortellement ennuyeuse qui se puisse imaginer.
Amusez-vous, pour vous en faire une idée, à traduire en style mythologique quehjues strophes de la Chanson de Roland. Écrivez, par exemple : « Roland, plein de la fureur de Bellone, se lance dans la plaine où combattent les héros, fils de Mars, et où, comme une pluie terrible, tombent les traits des guerriers »; etc., etc.
Tel est le fragment de la Haye '. H ne se peut vraiment comparer qu'à ces prétendus chants populaires que M. Edelestand Duméril a publiés, et où il ne faut voir, comme nous l'avons dit, que des amplifications d'école et de vrais devoirs de rhétorique.
Les beaux esprits de couvent se divertissaient à ces sortes d'exercices, et les meilleurs de ces devoirs étaient conservés sur une sorte de cahier d'honneur.
' Texte du fragment de la Haye. Nous n'en citons ici que les passages les plus intéressants (voy. le reste dans les Scriptores de Pertz, III, 708-711, et dans V Histoire poétique (le Cliaiieinagne, pp.4G5-4-08). « .... Illic et pertonat ardens miles Ernoldi ad niuros, et ipse tenens pilum scienter anhelat ante suos, perfunditque sudor ubique promptus ducem, lucentquc oculi et coucrescunt spumœ per ora pulsantque truces vcnœ in pcclore : nunc poplex titubât, nunc adstat firmior quercu. Plene fructificat juventus Berxardi exporta in adversis relius et (pialiscumque résistât; favet fortuna suuui velle certatque valere. Sed tameu prr cuuta, neque dcgeneratur ab ullo obice, quisquis minus gravior omnibus obstat. It gravis fremitus Bertrandi qua eminet forlior pars urbis fossa et muro, permittente sua mente quasque obnoxia, trucidatque pugiles, quo sonitu cadit intolerabilis ictus de cœlo.... At eccontra magis continet se Carolus imperator, ut fortis, fixus pietate Tonantis, quem semper sciebat prœsentem largumque, instigatque ardentes manus amori bellorum, nec cogit formido sequi tam validum regem, scd cogit mens prœcedere. Se prope toUit lumina ad sidcra, soluta mananti rore lacriinarum humectatque gênas ne tripudiet gens offensa superno régi palma receptetque superba spolia. Optiuet dux sublimis equo quemredemit multa cœde médias phalanges mucrone docili penarum, et hue illucque seminat mortes. Ergo reïtiunt elumbes dextraî arma, quibus negatur ut stent; laborat belliger evcntus emulusque ordo fratrum conferre
PAIiT. LIVK. r.
ClIAP. \u.
r.HAP. XII.
Mais, dans cette page de rhétoricien de vingtième ordre , dans ce récit banal de je ne sais quel combat des chrétiens contre la « gent mandite » , je découvre quatre noms bien français : c'est Ilernaut et Guibelin ; c'est Bernart et \e palazm Bertrand. Parmi leurs adversaires figure un Borel.
Je les reconnais. Ce sont les héros du cycle de Guillaume d'Orange : Ilernaut et Bernart sont les fds d'Aimeri de Narbonne; Bertrand est le fds de Bernart.
Mon rhétoricien du x* siècle a donc eu sous les yeux les couplets assonances de quelque poëme roman. Il est difficile de se figurer que ce clerc ait emprunté un aussi long récit à un chant populaire, à une cantilène militaire et orale.
Non ; ce n'est pas probable. Et toutes les probabilités, au contraire, sont en faveur d'une chanson de geste.
Notre Épopée est née.
acre seniiim Borel patris, homini vafro per incendia pugnoe. Nec mora : hauritiir subsistens hospcs corporis per muniinina dipei et per trilicem tunicani. Summittitqiie caput, sed vertuntur crura in altuni : modo dehiscunt colla confracta solo. Picspirat Wiiîeums agilis et audax, pner par parenti suo virtute, sed suppar mole, compensandus in omnia ferro judice. Circumdedit unum e natis IJoREL visu, procul frenientcm inter mille pollenti dextra ; rumpit itcr telis intentus illi exhortansque eqmim talo monitore, et statim devenit ante eum collocatqne ensem ardentem inter mcdiwm temporis, et exfibulat e suo visu cervicem cui magis adhœrebat, totamque medullaiu utrimque : occtibuit lingua projecta plus uno pede. Propalat sitibunda cupido laudis Ern".\ldum quanti prctii sit quantoque actu refulgeat. Quicquid enini parât Bellona, etc. » = Il serait facile de ramener cette prose à sa forme poétique, et nous allons essayer cette restitution pour les premières lignes du passage que nous venons de citer : Ernohli ad muros hic miles pertnnat ardens, — Proruptusqup ducem stidor perfundit ubique — Atque oculi lucent, concrescit spuina per ora. — Atqiie truces sœvo puisant in pectore venœ. — Nunc pople.v titubât, nunc qnercu firmior adstat. — Plene fructificat Bernardi experta juvenlus — Rébus in adversis et qualiscumque résistât. — Vellesuum fortunafavet,certatque valere, clc.