‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 40 sur 180 · I. PASSAGE DES CANTILÈNES AUX CHANSONS DE GESTE · texte numérisé non relu

I. PASSAGE DES CANTILÈNES AUX CHANSONS DE GESTE

(x'^-xi^ siècles)

I PAHT. LIVn. I.

r.llAP. XIII.

de q-este.

Nous sommes à la fin du x° siècle. Le moment est lcs anciennes solennel. Après deux siècles de luttes dont les clironi- sur lo même héros.

, , . . nui e'taient

queurs ne nous ont pas raconte toutes les péripéties, par^s chantées

une dynastie très-française vient enfin de monter sur '"^J'Xes '""*

le trône de France. L'avènement des Capétiens, c'est le "n/ée à^Z"""

triomphe de cette idée et de cette nationalité françaises ''T'comSo'ser'

, ^ , . . , . , , • 1 • nos plus anciennes

que les Carlovingiens n avaient pas toujours bien com- chansons prises ni toujours bien servies. Ces Carlovingiens, d'ailleurs, auront bien mérité de notre Epopée. Ils lui laissent, en se retirant, des sujets et des héros véritablement dignes d'elle. On peut dire, sans exagération, que notre Épopée nationale a pour substance un certain nombre de faits qui se sont passés depuis Charles-Martel jusqu'à Hugues Capet. Par malheur, ces siècles épiques sont des siècles obscurs.

Nous sommes à la fin du x' siècle. Dans les châteaux et aux armées, dans les rues des villes et durant les veillées religieuses, partout et sans cesse on entend retentir les mélodies populaires des cantilènes. Les hommes les chantent, les femmes les dansent. Il est fort probable qu'il en circulait un très-grand nombre, et le texte de la Vie de saint Guillaume atteste que le

I PART. LlVn.

CIIAP. MU .

Mais nos premières

épopées

n'ont pas été

formées par la

simple

juxtaposition

d'un certain

nombre

de

canlilènes

préexistantes.

môme héros en avait insjDiré bien plus d'nne. Autant d'exploits divers, autant de cantilènes différentes. C'est le propre de ces sortes de chants de ne célébrer le plus souvent que des faits isolés. Le Lmkvigslicd est consacré à la seule bataille de Saucourt, et le Lndwifjslied peut ici passer pour un type*.

Nous sommes à la fin du x' siècle. Étant donnée cette nature de la chanson populaire, il n'est pas étonnant que quelqu'un ait alors eu l'idée de rassembler, dans le corps d'un même poëme, un certain nombre de faits consacrés au même héros et qui étaient l'objet d'un certain nombre de cantilènes. Que dis-je? C'est une idée qui a dû venir à plusieurs dans le même temps. Il devait arriver en effet qu'on demandait souvent à un chanteur de bonne volonté de réciter toutes les cantilènes qu'il connaissait sur Ogier, ou sur Guillaume, ou sur Roland. Il les récitait de suite et en leur imposant sans doute un certain ordre. De là à avoir l'idée de composer une chanson de geste, il n'y a pas loin.

Nous avouons, d'ailleurs, que c'est là une simple hypothèse ; mais elle nous semble bien probable et vraiment scientifique. Quant à croire (comme nous l'avons fait jadis) que les antiques cantilènes aient été pieusement conservées dans le texte môme de nos premières chansons de geste, ou, pour parler un langage plus imagé, que nos premières chansons de geste aient uniquement

' M. Paulin Paris nous paraît s'rtre trompé en disant des cantilènes qu'elles étaient « le bulletin des combats, l'ordre du jour», et en ajoutant que (( chaque année, sous Pépin et sous Charlemagnc, les cantilénistes se mettaient au courant et chantaient les événements de la dernière campagne ». Nous ne croyons ni à cette existence régulière des cantilénistes, ni à cette périodicité de leurs fonctions. La cantilène est une œuvre actuelle, mais essentiellement spontanée et anonyme : ces deux caractères sont ceux de toute poésie populaire. Loin d'avoir été un bulletin de combat et un ordre du jour, la cantilène était un hymne national et guerrier qui se chantait avant la bataille et qui était plein de légendes. C'est avec ce caractère qu'elle est parvenue aux auteurs de nos premières chansons de geste.

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