PASSAGE DES CANTILÈNES AUX CHANSONS DE CESTE
été (( des bouquets ou des chapelets de canLilènes », c'est une théorie excessive et ù hiquclle nous avons depuis longtemps renoncé. Non, non, nos premiers épiques ne se sont pas contentés, ils ne pouvaient se contenter « de juxtaposer, de souder, de coller ensemble un certain nombre de chants populaires ». Il n'est plus permis de se les représenter « comme travaillant avec réflexion sur ces matériaux, les ajustant et les disposant de façon à en composer une œuvre artistique S). Il est évident, comme on nous l'a fait observer, que « l'action du poëte épique est, par l'effet de la civilisation où il vit, beaucoup moins réfléchie, beaucoup plus mconsciente'- ». Le génie épique intervient alors, avec une ti'ès-puissante indépendance et vitalité, « pour donner à l'ancienne matière de nouvelles formes, pour la pénétrer d'une seule idée, pour en grouper les éléments dans une unité grandiose^ ». Tel est le travail qu'ont accompli les auteurs de nos premières épopées, et ce travail, comme on le voit, « est toute autre chose que la simple compilation des cantilènes préexistantes'' ». Voilà qui est bien dit, et j'admets volontiers une conclusion aussi raisonnable.
J'écarte donc la théorie de la juxtaposition ou du chapelet des cantilènes. Peut-être, parmi nos vieux poëmes, trouverait-on un ou deux exemples de cantilènes textuellement insérées dans le corps d'une chanson de geste. Toutefois c'est un « peut-être », et non pas une réalité.
Mais encore faut-il expliquer le passage, la transition des cantilènes aux chansons de geste.
Deux théories sont en présence. Et elles ne sont véritablement séparées que par une nuance.
D'après le premier de ces deux systèmes, une certaine
' Paul Meyer, Rechercher sur l'Epopée française. Bibliothèque de l'Ecole rfes Chartes, p. 31. — - Id., ibid. — ^ K. Bartsch, Revue critique, 1866, n" 52. — '■ kl., ibid.
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