‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 42 sur 180 · I PART · texte numérisé non relu

I PART

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Livn. I.

Mil.

Un certain nombre de chansons do geste ont été composées directement

d'après

la tradition ;

mais, pour

un plus grand

nombre, le poote

s'est inspiré

des

antiques

ciiitilènes.

partie de nos chansons de geste « auraient été composées directement d'après la tradition' » .

Suivant nous, la plupart de nos épopées ont été inspirées par des cantilènes préexistantes.

Je suis tout disposé à admetti-e que quelques-uns de nos vieux poëmes ont pu être empruntés à la tradition, sans aucun intermédiaire. Mais j'estime que tous les faits vraiment considérables de notre histoire nationale avaient nécessairement donné lieu à des cantilènes. Nous en avons la ])reuve, qui est absolument irrécusable, pour Gudlaume d'Orange; mais on ne saurait douter un instant que Gharlemagne, Ogier, Roland, aient été moins populaires, et, par conséquent, moins chantés. Bref, pour qu'une de nos légendes ait eu la force de parvenir jusqu'aux auteurs de nos premières chansons de geste, elle a dû au préalable être l'objet de chants populaires. Avant d'être chantée par les jongleurs, elle a été chantée par tout un peuple.

Admettez, d'ailleurs, autant d'exceptions que vous le désirerez. Mais telle est la règle.

Donc, on s'est le plus souvent inspiré des antiques cantilènes. On ne les a pas cousues l'une à l'autre, on ne les a pas grossièrement copiées ; on ne leur a emprunté que leurs héros et leur esprit '-.

Nous disions tout à l'heure ({u'il n'y a pas loin entre l'habitude de chanter une série de cantilènes sur le même

' V II n'y a, dit M. Paul Meyer, aucune difficulté à admettre que des poi'mes, même très-anciens, ont pu être composés directement d'après la tradition. » {Bibliothèque de VÉcole des Chartes, 1867, p. 32.) Et ailleurs, le même érudit formule cette opinion sous une forme encore plus modérée : n La tradition, n'étant pas soutenue par la poésie, a pu être la source à laquelle ont puisé directement les auteurs de certains poëmes. « (Ibid., \). 35.)

■^ « Nos premiers épiques n'ont pas soudé réellement, matériellement, des cantilènes préexistantes. Ils se sont seulement inspirés de ces chants populaires; ils en ont seulement emprunté les éléments traditionnels et légendaires. Bref, ils n'en ont pris que les idées, l'esprit, la vie; et ils ont trouvé tout le reste. La forme épique leur appartient en projire, et telle n'était point celle des chants

PASSAGE DKS CANTILÈNKS AUX CHANSONS DK (iKSTK.

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héros et l'idée de composer une chanson de geste. Mais entre le chanteur qui déclamait de suite toutes les cantilènes consacrées à Roncevaux et Fauteur de la ChanfiO)i de Roland, il y a véritablement un abîme.

Les cantilènes se suivaient, ou du moins elles pouvaient se suivre sans unité et sans ordre. Le poëme, au contraire, nous offre toute la magnificence d'une profonde unité. 11 est pensé par un seul écrivain, écrit par une même main, chanté par une même voix. Il va là une exposition, des péripéties, un dénoùment. C'est tout un drame. Le génie littéraire a passé par là. •

Quant aux cantilènes, la naissance de l'épopée ne les fit pas mourir. Mais partout, dans les villes comme aux champs, on continua de chanter les anciennes, on s'obstina à en composer de nouvelles. On en chante en 187(3. Il nous en est resté un certain nombre qui remontent aux xv* et xvi' siècles, et quelquefois plus haut. Les érudits s'efforcent aujourd'hui de les recueillir scientifiquement et de sauver ainsi de l'oubli ces chants populaires de notre race, ces chants qui sont généreux et fiers ; mais qui, trop souvent aussi, sont malicieux jusqu'à la méchanceté et joyeux jusqu'à la grivoiserie.

Les cantilènes relioiieuses ont subi le même sort que Histoire abrégée

'^ des cantilènes

les autres. religieuses

qui ont abouti

Il Y en avait alors des milliers qui circulaient sur les V"*' ,'?'''''

J 1 de petites

lèvres des nations chrétiennes et avec lesquelles on ber- ''""'eômme^"'" çait les enfants. C'était une sorte de catéchisme poétique ; desaMMexis.

populaires ou cantilènes, lesquels étaient sans doute ornés de refrains et chantés sur un rhythme beaucoup jjIus vif. Le génie inconnu qui a écrit la Chanson de Roland n'est donc pas et, en vérité, il ne peut être un compilateur vulgaire. Ce n'est certes pas un compilateur qui donnerait jamais à une œuvre cette unité vitale, cette sublime et incomparable unité. Non, non : il avait dans roreille le souvenir exact d'un certain nombre de chants populaires; il les avait classés dans sa mémoire; peut-être même les avait-il fi.xés sur le parchemin^ Mais il s'est contenté de les imiter, et de les imiter à la façon des maîtres, c'est-à-dire en surpassant infiniment son modèle. » {Chanson de Roland, édition Marne, t. I, pp. XL, XLi.)

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c'était un sermon mieux écouté que tous les autres; c'était une exhortation à toutes les vertus et un manifeste contre tous les vices '.

Sans doute on a continué de chanter ces chants religieux durant tout le moyen âge et jusqu'à nos jours. Sans doute on en chante encore, et nous ne pouvons guère nous promener tout un jour dans nos villages sans entendre « Sainte Catlicrine était fille d'im roi », ou d'autres cantiques populaires. Mais les cantilènes religieuses, elles aussi, ont abouti à une sorte de petite chanson de geste. Il nous est resté trois poëmes des x" et xf siècles qui peuvent passer pour les types de ces humbles épopées. La Passion du Christ'- et la Vie de saint Léger'^

' Dans la Vie de saint Adhelme, par Guillaume de Malniesbury, ou lit que ce saint ne négligeait pas les cantilènes et chansons en langue vulgaire pour attirer ou retenir le peuple : « Adiielinus nativaj quoque linguœ non negligebat carniina, adeo ut, teste libro Elfredi, par ei fuerit poesim anglicam posse facere et cantum componere..., vel canere, vel dicere. Denique commémorât Elfredus carmen triviale quod adhuc vulgo canilur.Vdhelmum facere, adjiciens causam qua probct rationabiliter tantum viruin his quœ videantur frivola instituisse populmn eo tempore semibarbarum. » (Acta sanctorum Ordinis sancti Benedicti, V, 167.) Et l'hagiographe ajoute que ces sauvages s'enfuyaient dès que la messe commençait, mais que saint Adhelme alors les retenait par ses chants.

- La Passion est un de ces deux poëmes du x" siècle qui sont conservés dans le célèbre manuscrit de Clermout. Diez l'a. publié en 1852 {Zwei altromanische Gedichte). M. Barlscb en a donné une nouvelle édition dans sa Cltreslomathie de l'ancien français (p. 7). Mais la meilleure édition est celle de M. Gaston Paris, qui, dans la Romania (II, p. 295), en a imprimé un texte critique en regard du texte paléographique. = La Passion est le type de ces complaintes religieuses ((ue les clercs composaient pour l'instruction du peuple chrétien, et que certains chanteurs pieux colportaient de village en village. C'était, en réalité, l'un des premiers chapitres d'un catéchisme poéti(jue et populaire. = M. Gaston Paris a établi que « Pauteur de ce poëme a employé à côté l'une de l'autre des formes appartenant aux dialectes de la langue d'oïl et de la langue d'oc». = Quant aux vers, ils sont octosyllabiques et dérivent de vers latins rhythmiques qui avaient presque toujours un accent sur la troisième syllabe. Quatre de ces vers forment un couplet. = La simplicité est le caractère de toute cette œuvre austère, qui est respectueusement calquée sur PÉvangile.

^ Ce poëme du x° siècle nous a été conservé dans le manuscrit de Clermont où nous lisons la PassJOH. = La rief/esrtiH<Z,eyer a été publiée par M. Diez, en 1852 {Zwei allromanische Gedichte); puis par M. Bartsch [Chrestomathie de l'ancien français, p. 14), et enfin par M. G. Paris [Romania, II, 252). = C'est encore un type des complaintes populaires à l'époque carlovingienne ; mais, plus particulièrement, c'est le type de ces Vies de saints destinées au peuple, et que des jongleurs religieux chantaient, sans doute, devant le porche

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