‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 43 sur 180 · PASSAGE DES CANTILÈNES AUX CHANSONS DE GESTE · texte numérisé non relu

PASSAGE DES CANTILÈNES AUX CHANSONS DE GESTE

sont des complaintes, composées par des clercs à l'effet ';.V,'7„ ',;y,','- '• •de donner quelque instruction religieuse au petit peuple et aux ignorants. Mais la Vie de saint Alexis ' est un poëme, plus complet et plus épique. Il commence solennellement à la façon d'un long récit poétique; il a ces proportions savantes et ce dénoûment préparé qui sont le propre des œuvres littéraires.

La Vie de saint Alexis est à la Cantilène de sainte Eulalie ce que la Chanson de Roland est aux cantilènes des X* et xi^ siècles dont parle l'historien de saint Guillaume^

(les églises, à l'issue de rofllce. = La versification de ce poëme présente un -caractère spécial. Il est écrit en strophes de six vers, lesquels assonnent deux par deux. Ces vers sont octosvUabiques comme ceux de la Passion, et c'est presque, en définitive, le rliytlime encore usité dans nos compiaintes de 1877. = On a longuement discuté sur la langue du Saint Léger, qui n'a certainement rien de commun avec celle de la Passion. La théorie de M. Paul Meyer semble aujourd'hui la plus raisonnable, et elle peut se résumer en ces quelques mots : « Tout ce qui, dans cette œuvre, a l'apparence provençale, est bien ■certainement le fait du copiste. » M. Gaston Paris, qui a publié un excellent texte du Saint Léger, a adopté cette doctrine et ra longuement démontrée d'après les assonances. = Or, il conclut en ces termes : « C'est à Autun, suivant la plus grande probabilité, qu'un clerc a dû composer, sous les derniers carlovingiens, son récit strophiciue en roman. » Nous nous rangeons à cette opinion.

' La Vie de saint Alexis a été composée, en Normandie, vers le milieu du XI" siècle. = Ce n'est plus une complainte populaire, mais une petite Épopée hagiographique, une Vie de saint écrite selon le mode épique. = Ce poëme nous est parvenu dans un certain nombre de manuscrits. Le plus ancien « a été écrit, environ cent ans après le poëme, dans un pays oii le dialecte normand, importé en 1066, avait commencé à s'altérer». = M. Gaston Paris en a donné, après Gesner, Bartsch, etc., une excellente édition et qui est véritablement un chef-d'œuvre de critique {Bibliothèque de l'École des hautes études, in-8°, 187:2). Mais il est, je pense, le seul qui admette aujourd'hui que l'Alexis ait été originellement écrit en dialecte de France, ou, pour mieux parler, (jue les dialectes de France et de Normandie n'aient pas été nettement distincts dès le XI' siècle. = La versification ne ressemble pas à celle de la Vie de saint Léger. Ce sont de beaux couplets formés de cinq vers décasyllabiques et qui assonnent ensemble. Il est à peine utile d'ajouter que dans ces vers, comme dans tous ceux des x" et xi^ siècles, on trouve en efi'et l'assonance et non la rime. Chacun sait que l'assonance est une rime primitive, populaire, et qui atteint seulement la dernière voyelle sonore. = La Vie de saint Alexis a eu un succès considérable au moyen âge, et a été plusieurs fois remaniée. MM. Gaston Paris et Léopold Pannier ont publié, à la suite de notre vieux poëme, plusieurs de ces remaniements qui appartiennent aux xiii" et xiv° siècles.

- Suivant M. Marins Si^pet, il y a eu entre les romances populaires et les chansons de geste un genre intermédiaire, un genre de transition que l'on pourrait .appeler « la chanson épique » , et dont la Vie de saint Alexis donne une idée assez exacte. Nous adoptons volontiers cette hypothèse ingénieuse.

PART. LIVH. I.

CKAI». XIV.

Si donc nous publions ici, pour la première fois, une traduction de ces chants sur saint Léger, sur la Passion et sur saint Alexis, ce n'est point seulement parce qu'ils sont les plus anciens monuments de notre poésie nationale, et qu'ils sont contemporains de nos plus anciennes chansons de geste;

Mais c'est principalement parce qu'il semble y avoir une véritable ressemblance entre la marche des cantilènes religieuses, qui ont abouti i\u Saint Alexis^ et celle des cantilènes militaires, qui ont abouti au Roland '.

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