‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 47 sur 180 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

d'une prétendue époque intermédiaire

entre la tradition et les chansons de geste

— les chroniques latines

I l'AUT. Livn. r.

niAP. xv

« Les chansons de geste sont tantôt issues de la tra- » dition et tantôt des cantilènes » : c'est ce que nous venons de démontrer. Mais telle n'est pas encore l'opinion de tous les savants.

c( Certaines chroniques latines ont précédé les chan- )) sons de geste, et les chansons de geste en sont sor- » lies. » Il y a encore aujourd'hui quelques partisans de cette doctrine que nous croyions universellement abandonnée.

Quelques critiques se sont demandé quel pouvait bien être le sens de ce mot rjeste ou geste francor que l'on trouve plusieurs fois dans la Chanson de Roland. Ne serait-ce point, par hasard, une Chronique latine intitulée Gesta Francoruni et contenant un récit, à la fois

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pouvant s'imaginer qu'un tel crime fût demeuré impuni, la Légende raconta tour à tour les représailles de Charles contre les Sarrasins et contre Ganelon. = lels sont les cinq premiers travaux de la Légende. Mais il en est encore deux autres que nous ne saurions passer sous silence. Dès la fin du ix* siècle, les mœurs et les idées féodales s'introduisirent fort naturellement dans notre récit légendaire, dont elles changèrent la physionomie primitive. Puis, vers la fin du x" siècle, plusieurs personnages nouveaux firent leur apparition dans la tradition Rolandienne. C'est alors (pour plaire au duc d'Anjou Geotfroi et au duc de Normandie Richard), c'est alors peut-être que les personnages de Geoffroi et de Richard furent imaginés par quelque poëte adulateur. = Ce qu'il y a de certain, en ce qui concerne notre Roland, c'est que la Légende a modifié l'histoire à sept reprises et de sept façons dilTérentes. Ce grand mouvement a commencé vers la fin du viii* siècle et il était achevé au conmiencement du xi\)» (Introduction de la Chanson de Roland, 4*= édition, pp. ix-xi.)

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légendaire et clérical, de la catastrophe de Roncevaiix?

Certes, il est permis aux érudits de se livrer aux hypothèses, et même, pour le plus grand profit de la science, une certaine témérité leur est permise. Cependant il leur est rigoureusement nécessaire de s'appuyer sur un document, sur un texte. Un seul peut quelquefois suflire; mais on ne saurait vraiment se passer de cet unique et indispensable argument.

Les partisans de la préexistence des Chroniques latines allèguent le fameux fragment de la Haye, que nous avons cité plus haut. Mais, en vérité, ce fragment n'est pas autre chose, comme nous l'avons dit, qu'un misérable devoir de rhétorique, une ridicule amplification en style mythologique. Ces deux pages ampoulées sont copiées sur une chanson de geste, qu'on a extraoïdinairement délayée. C'est le « bon devoir y> d'un méchant écolier et qui travaillait sur un sommaire. Il n'y a là rien de spontané, rien d'original, rien de vivant.

Il importe ici de s'entendre. Nous accordons trèsvolontiers qu'il a pu exister un certain nombre de chroniques latines plus ou moins semblables au fragment de la Haye*. Nous admettons encore que plusieurs de ces textes ont été réellement antérieurs à notre Chanson de Roland et aux plus anciens poëmes dont le texte est parvenu jusqu'à nous. Mais nous n'admettrons rien de plus.

Et nous ajoutons que ces textes latins eux-mêmes étaient calqués sur nos plus anciennes chansons de geste,

' Sur ces vers du Mainet, de ce poëme qui a été tout récemment découvert par MM. Paul Mcyer, Gaston Paris et Léopold Pannier: « Il est esait es livres (le l'anciiene geste — Et el (jvant apolice à Ais à le Capele », M. G. Paris fait le commentaire suivant: « La valeur de ces allégations est nulle en ce qui concerne Aix-la-Chapelle; mais je n'en dirais pas autant de ce qui touche les livres (le Vanciiene geste. Les auteurs de nos vieilles chansons ont utilisé, plus qu'on ne le croit généralement et plus que je ne l'ai cru moi-même autrefois, des histoires fabuleuses de Charlemagne écrites en latin à une époque antérieure. » (Romania, 1875, p. 31i.; C'est également le sentiment que M. Marius Sepet a exposé dans un récent article de VUnion.

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