‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 48 sur 180 · I.V ClinONIQUE DE TURI'IX · texte numérisé non relu

I.V ClinONIQUE DE TURI'IX

I PAnX. MVR. t.

CHAP. XV

sur ces vieux poëmes dont nous n'avons plus le texte.

Ces chroniques n'étaient aucunement originales; elles "" '

n'étaient aucunement populaires.

En d'autres termes, il ne nous parait nullement difficile d'avouer qu'il a pu exister, sous ce titre : Gesta Francorum, une compilation, moitié légendaire et moitié historique, à laquelle l'auteur du Rûland peut faire allusion. La chose n'est pas certaine : elle est possible.

Mais si ces Gesta Framorum ont vraiment existé, ils ont eux-mêmes été calqués sur un Roland plus antique, sur un poëme de la fin du x' siècle, ou, à tout le moins, sur quelques-uns de ces chants lyrico-épiques dont l'existence n'est pas contestable.

La Vita sancii Faronis et la Vita sancli Willelmi nous prouvent qu'il a existé des cantilènes narratives, et le fragment de la Haye nous prouve qu'un clerc s'est amusé certain jour à traduire en latin classique quelqu'une de nos épopées primitives. Mais c'est tout.

Quand on nous objectera un autre document, nous répondrons.

Or, depuis la fin du x' siècle, trois textes latins, trois seulement, peuvent nous être sérieusement objectés, parce que, seuls, ils offrent un rapport plus ou moins intime avec nos chansons de geste.

C'est la Chronique de Benoît, moine de Saint-xVndré au n csi .-.'pondant mont Soracte, lequel mourut on 968. C'est la Vita Amici .'«'c^ '■'H-'f

'1 qui ont eu quelque

et Amelil. C'est enfin la trop fameuse Chronique de .^^ n" "èhanLs :

1 Urpm. la Clironique de

JNous allons successivement les passer en revue. moine du mont

Soraclo, dans

La Chronique de Benoît renferme une page qui est «es rapports avec

1 , ... le Voyarje

tout simplement une œuvre de faussaire. Ce clerc (était-il « jcmsaicm. ■ ou non le premier coupable?), ce clerc, lisant, au chapitre XVII de la Vita KaroU d'Eginhart, l'épisode fort historique des ambassadeurs que Charlemagne envoya

I PART. l:vr. I.

CHAP. XV

près du Saint-Sépulcre, eut l'idée d'appliquer à l'Em- " pereur lui-même ce que rhistorien de Charles avait dit des messagers impériaux. C'est ce que nous aurons lieu de démontrer ailleurs en plaçant sur deux colonnes le texte d'Eginhart, d'un côté, et, de l'autre, celui du moine du mont Soracte.

Voilà donc, n'est-il pas vrai, un faussaire qui est, flagrante delicfo, manifestement convaincu de faux en écriture publique; voilà un voleur pris la main dans le sac. Eh tien! cette supercherie eut un succès véritablement inespéré. Une légende latine de lOGO-1080, et qui est une œuvre anonyme, reproduisit cette fable en la défigurant. Cette erreur entra dans la circulation ; elle en vint presque, hélas! à passer pour une légende respectable. Et, durant la première moitié du xii' siècle, un poëte gouailleur s'empara de ce mensonge pour en composer la première partie du fabliau épique que l'on connaît sous le nom de Voyage de Chadcmagne à Jérusalem et à Constantuiople. Telle fut l'influence de cette falsification de l'histoire. La moitié d'une prétendue chanson de geste en fut empoisonnée. Rien de plus. \.x viia Amici La Vita Amici et Amelii a conquis, au moyen âge, iiâns"' une popularité extraordinaire dans le monde des clercs, ='^<^c et on la trouve souvent dans les manuscrits qui ren-

Dh-o Amis et ^

Amiics. ferment la Clironique de Turpin. Ce n'est certes pas l'œuvre d'un faussaire; mais c'est l'imitation fidèle et consciencieuse d'une antique chanson de geste. Ce poëme est-il celui dont le texte est parvenu jusqu'à nous, ou faut-il ici supposer une version antérieure? C'est ce que nous aurons lieu de discuter plus tard. Mais le lait qui domine ici tous les autres, que nous n'avons pas besoin de mettre en relief et qui est au-dessus de toute contestation, c'est que la Vila Amici et Amelii est empruntée à notre tradition épique. Le reste importe peu.

coin iosil;oii.

LA C.lir.OMMUl-; DE Ti:i",l'lN. 99

Donc, la Cliroiii({ue de ïiirpiii demeure seule en "'.'"i.."!,;';'' cause. Mais la question vaut la peine d'être étudiée.

T /-Il • 1 rn • p 1 1 DclaClironiiiiio

La Chroniiiue de I uiT)ni renlenne, comme chacun le 'icTunmi. sait, le récit d'une double expédition de Cliarlemagne '"',,';' l'i'^" en Espagne. On y assiste au désastre de Roncevaux, à la mort de Roland, aux terribles représailles qu'exerce le grand Empereur. C'est une manière de Chanson de Roland cléricale, rédigée en latin d'église.

La meilleure façon de nous débarrasser de la Clu'onique de Turpin, dont certains peut-être s'obstinent encore à faire la mère ou l'aïeule de nos Chansons de geste, c'est de lui demander son a^e.

Nous savons, en effet, d'une manière à peu près certaine, que nos plus anciennes Chansons de geste remontent aux x'-xi' siècles.

Eh bien! la Chronique deTurpin est-elle née avant elles?

Certes, il ne se trouverait plus personne pour avoir aujourd'hui l'audace de proclamer une telle œuvre authentique et pour la mettre sur le compte de l'archevêque Tilpin qui occupa réellement le siège de Reims, de 753 à 794'. Mais s'il restait encore quelque esprit crédule qui la voulût attribuer au ix" siècle, il suffirait de lui faire observer qu'on y trouve' le mot Lotharingia, et que, par conséquent, elle est postérieure à 855 et peutêtre même à 900. Les partisans du x' siècle n'ont pas, d'ailleurs, à faire valoir de meilleurs arguments. L'illustre historien de l'Église de Reims, Flodoard, mourut en 966. Or, il ne fait pas la plus légère allusion aux récils de celui que nous pouvons déjà nommer le faux Tur[)in.

' Telles sont les dates de la Gallia Chrixtiana. D'autres font commencci- le pontificat de Turpin en 750; d'autres le font finir en 788 ou niènic en 811. Flodoard a consacré au véritable Turpin un chapitre très-développé de son UisUïire (le VEglise de Reims (liv. II, cap. xviiji

- Cap. ir. (^f. l'un des plus anciens et des meilleurs manuscrits de la Chronirpu! deTurpin, Bibl. nat., anc. C' de N. D. 233, f" "29 r", l^col., lii;nes 32, 3;.l.

1 PAr.T. Livn. I.

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