L.V CHRONIQUE DE TUIIPIN
pour fivi'o Raiiiiniid, comte de Galice, et fit hii-mème ' '',:"'^p.''xv"; '• en 1108 un voyage ù Compostelle, dans les Etats de son frère. Puis, il occupa le siège de Vienne jusqu'en 1119.
Entre les années 11 09 et 1 119, un clerc viennois n'a-t-il pas pu avoir l'idée, pour flatter le frère de son archevêque et son archevêque lui- môme, de composer ce méchant écrit à la louange de saint Jacques? C'est tout au moins possible, sinon probable.
Une dernière hypothèse achève d'expliquer la composition de toute la Chronique de Turpin, munie de ses cinq premiers chapitres et telle enfin qu'elle est parvenue jusqu'à nous.
Peut-être le clerc viennois aura-t-il fut partie de ce cortège qui, en 11 OS, accompagna à Compostelle l'archevêque Gui de Bourgogne. Il y aura trouvé l'œuvre de cet auteur inconnu, de ce loyal écrivain dont nous parlions plus haut ; il y aura trouvé ces cinq premiers chapitres qui formaient alors une œuvre complète et dont il a foit impudemment le début de sa propre composition. Bref, il aura rapporté de Compostelle ce livre honnête et l'aura fondu avec le sien. Ce faussaire peut-être est aussi un voleur.
Telle est toute l'histoire de cette Chronique de Tur-
aJmise dans ses Reycsta Roincnwrum pontificum, nous nous permettrons de présenter ici une seule observation. Sous la date du 2 avril (Lalerani, ll!21-112i), il existe un acte très-authentique de Callixte II, adressé à l'arciievèque de Tarragone, légat du saint siège et relatif à la guerre contre les Sarrasins d'Espagne (IJullarium liomanum, édit. Cocquelines, 11, l'2',); Martène, Aniplissima Colleclio, I, GÔO). C'est une exhortation vigoureuse à la croisade. Certes, si Callixte eut jamais une occasion de citer la Chronique d(; Turpin, ce fut bien en ce cas, alors qu'il s'agissait d'une guerre, non-seulement avec les Infidèles en général, mais contre ceux d'Espagne en particulier. Or, dans la belle en queslion, il n'est aucunement question du faux Turpin. C'est déjà une grande présomption contre la doctrine de Génin, et cette présomption corrobore singulièrement les autres arguments tirés de la Diplomatique. Nous dirons plus : nous ne sommes pas éloigné de penser que la lettre authentique de Callixte a servi de prétexte et de modèle au faussaire (jui a rédigé la fausse bulle. Le connnenccment des deux ados offre des analogies frappantes.
I PART. I.I\ R, I
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pin, dont les cinq premiers chapitres doivent être attribués au milieu du xi* siècle, et dont on peut, pour tout le reste, placer la rédaction entre les années i 109 et 1119'.
Dans cette démonstration, que nous empruntons à M. Gaston Paris", il y a bien çà et là quelques arguments hypothétiques; mais ils ne semblent pas trèséloignés de la vérité, et les plus difficiles les peuvent admettre.
* Les manuscrits de la Chronique de Turpin sont très-nombreux. M. Polthast en énumère environ cinquante damsA Bibliotlieca hislorica mediiœvi. M. Gaston ' Paris en a va vingt à la Bibliothèque nationale. Les deux meilleurs, à ses yeux, sont le ms. de N. D. 133, qui est aussi le plus ancien, et celui du fonds latin, 6187 : ils ne sont pas interpolés, comme le sont presque tous les autres. = La Chronique de Turpin a été publiée pour la première fois à Francfort, en 15G6, par Simon Schard : Gennanicarum rerum quatuor vetustiores chroiwgraphi. Reuber en a donné une seconde édition à Francfort, en 1584.. Il en parut une troisième édition à Hanovre, en 1619. La quatrième est celle de Giampi (1822), et la cinquième celle de M. de Reiifemberg (1836), qui s'est borné à reproduire, sans aucune critique, le texte de Reuber à la suite de sa Chronique de Philippe Mousket (II, p. 4-89 et suiv.).= Nous devons à M. G. Paris, dans son De paeudo Turpino, une liste raisonnéc et exacte des différentes traductions du faux Turpin. La première est celle de Nicolas de Senlis (Rihl. nation, mss. fr. l21 et ^lli), qui fut, à la fin du xii" siècle, offerte au comte de Saint-Pol, Hugues de Champ-d'Avcsne, ou plutôt à sa fenmie Yolande. Cette tradurlion, qui est effroyablement interpolée par un auteur saintongeais, a été imprimée à Paris en 1527. Une seconde « translation » est celle de maître Jean. Elle est plus connue sous le nom de Michel de liâmes, et fut composée sons le patronage de Renaut, comte de Boulogne-sur-mer, en 1206. Le plus ancien maimscrit est le fr. 2464 de la Bibl. nat. (Cf. les mss. de la B. N. fr. 14i-l, 906, 573, 834, 1261 ; de l'Arsenal, B. L. F. 90; du British Muséum, Bibl. du Roi, 4, cxr, 53). La troisième traduction, qui est un modèle d'élégance et de fidélité, est l'œuvre d'un anonyme qui écrivait durant les vingt premières années du xiii'' siècle (B. N. fr. 1850). Anonyme aussi est la quatrième traduction (B. N. fr., 2137) qui est diffuse et médiocre: elle appartient à la seconde moitié du xill* siècle. Il existe au British Muséum une cinquième traduction, laquelle es en réalité anglo-normande et appartient au milieu du même siècle. Enfin, dans les Chroniques de Saint-Deuis, on a inséré une sixième translation du faux Turpin (Cf. Clianson de Roland,
V édit. LXXXVH LXXXVIIl).
' De pseudo Turpino. Paris, Franck, 1865.